mercredi 20 mai 2026

Dans les pas de Pétrarque à Vaucluse

Dans Courir à ce qui me brûle, l'écrivain Jean-Pierre Suaudeau, qui réside non loin de Vaucluse, marche dans les pas de Francesco Petrarca en Provence, littéralement et littérairement. 
Il s'inspire de la vie du poète des poètes, avec un titre tiré d'un de ses sonnets, et imagine son quotidien, ses états d'âme et ses zones d'ombre, ses rencontres... 
Comme lui, il trouve dans ces paysages l'écrin idéal pour écrire.

J'ai ensuite été cet homme venu chercher ici, tout comme Francesco, le calme, une forme de sérénité pour écrire, fuir l'activité incessante, et, comme lui, oscillant sans cesse entre vie sociale et retrait.
Se retirer, trouver la protection d'un écrin, oublier un temps les sollicitations auxquelles j'étais incapable de renoncer. En même temps y trouver un supplément d'âme que je ne parvenais pas alors à m'expliquer, un élan propre à l'écriture. Marcher, se laisser envahir par ce que distillaient les collines, la nature qui deviendrait peu à peu un cadre familier, rassurant, où l'air paraît immense, à l'égal de l'air marin sétois évoqué par Paul Valéry qui ouvre et ferme le livre.
Tout semble possible ici, n'avoir ni commencement ni fin. Rien pour limiter le désir d'écrire, pas même les bourrasques de plus en plus fréquentes du mistral, grand purificateur de la terre, ni les battues des chasseurs qui me fournissent des prétextes pour rester devant l'écran à bricoler des phrases. À l'automne ou en hiver, à l'exception de la cloche qui égrène les heures, la journée peut s'écouler, comble du luxe, sans que nul bruit humain ne me parvienne.

Le roman est bien sûr parsemé de poèmes du Canzionere de Pétrarque. 
Le tout est d'une grande poésie.

Éditions Joca Seria, 2025, 180 pages. 

Après l'apocalypse avec une renarde

Rousse ou les beaux habitants de l'univers est un roman étonnant de Denis Infante : l'épopée d'une renarde. 
En effet, les phrases du récit sont notamment dépouillées d'articles. Le vocabulaire est parfois remanié, comme si le narrateur (mystérieux et non humain) s'exprimait dans un langage nouveau et poétique, puisque les Homo sapiens, rebaptisés Têtes Plates, semblent avoir disparu de la surface de la Terre. 
Notre renarde se nomme Rousse et veut découvrir le vaste monde. On devine avec elle ses découvertes chemin faisant.
Elle fait des rencontres hostiles et risque sa vie au contact des loups, des crocodiles (rebaptisés Krakodile par un corbeau), de krakens (créature fantastique de la mythologie nordique)... 
Elle sympathise avec une ourse en deuil, un corbeau savant, des sangliers organisés, un écureuil altruiste, qui lui sauvent parfois la vie et qu'elle rebaptise amicalement... 
Elle traverse des paysages parfois désolés et détruits, parfois verdoyants et giboyeux. 
Une fois passé l'étonnement du style, on entre dans cet univers à hauteur d'animal et on se passionne pour les aventures de cette sympathique, curieuse et astucieuse petite renarde ! 

Brune grogna à  son côté, façon pour elle de rompre marche monotone, de dire qu'il est bon de voyager ensemble, et Rousse se pourlécha sèches babines, car aussi immense était ce monde, invisibles blanches montagnes, inatteignable son but, dangereux inconnu, elle avait rencontré Brune, et de cette rencontre imprévue son cœur s'était agrandi.

Éditions Tristram, 2024, 132 pages (existe aussi en Points poche).

lundi 27 avril 2026

Des nouvelles à propos de Duras

Pauline Delabroy-Allard, Thierry Magnier, Jane Sautière, Christine Montalbetti et Virginie Poitrasson proposent des nouvelles dans ce volume consacré à Marguerite Duras. Ils dévoilent ainsi leur relation à la bibliothèque inter-universitaire de la Sorbonne.
C'est le septième et dernier recueil de la série Des écrivains à la bibliothèque de la Sorbonne.
Thierry Magnier, grand admirateur de Marguerite Duras, dans sa nouvelle intitulée Bibliothèque sublime, forcément sublime, à travers le narrateur, veut retrouver Ernesto à travers les rayons de la mythique bibliothèque et rencontre d'autres enfants, héros emblématiques de contes. 
Il fait ainsi référence à Ah ! Ernesto (1971), le conte pour petits et grands enfants méconnu de Duras que Thierry Magnier a réédité en 2013 avec des illustrations de Katy Couprie, accompagné de l'album Ah ! Marguerite Duras qui retrace l'aventure éditoriale de ce texte.  

Éditions de la Sorbonne, collection Brèves, 2025, 144 pages. 

Thierry Magnier est un des fondateurs du festival Écoute & Goûte qui se déroulera les 13 et 14 juin 2026, au Barroux. 
Illustration de l'affiche de Thomas Baas


lundi 20 avril 2026

Le livre est bien plus qu'une marchandise

Frantz Olivié est, entre autres, historien et éditeur. Il a co-fondé avec Charles-Henri Lavielle les éditions Anacharsis. 
Dans cet essai passionnant sur l'Édition, il nous en brosse l'univers prolifique et impitoyable (comme l'actualité nous le prouve au moment où une grande maison voit son directeur viré du jour au lendemain.
Comme entrée en matière, l'auteur nous raconte son aventure éditoriale hors-norme, celle du roman catalan du XVe siècle et de près de mille pages : Tirant le Blanc (aux éditions Anacharsis).
Puis, chapitre après chapitre, il nous détaille ce qu'est un livre, quelles sont les pratiques du monde de l'édition, comment se passe chaque étape de la fabrication jusqu'à la mise en librairie, en passant par les diffuseurs et distributeurs, les traducteurs, les bibliothèques, etc. 
Il aborde de nombreux points : qui gagne quoi, à quoi servent les salons, pourquoi les catalogues disparaissent, etc.
Il faut différencier, bien sûr, les éditeurs de création, indépendants et souvent précaires, et les gros groupes avec leur surproduction et leur concentration éditoriale.
En tant que "petit éditeur", Frantz Olivié détaille ce qui fait sa mission, ce qu'est "faire un livre" : la lecture des manuscrits et leur évaluation, le choix de l'apparence du livre en fonction de son contenu, etc.
Il regrette que, dans les relations éditeur/auteur, la longueur des contrats soit proportionnelle au manque de confiance. 
Malgré la crise de la lecture, le livre continue de fasciner et certains éditeurs passionnés s'efforcent de défendre et publier des auteurs.
L'auteur finit le livre par le récit d'un souvenir : la première fois où on lui a confié la lecture de manuscrits et l'euphorie qu'il en a ressentie : 

J'avais l'impression d'avoir plongé dans une mer tiède dont je n'aurais jamais voulu sortir : l'océan infini de la littérature, de la chose écrite. J'étais là où il fallait que je sois.

Car s'il a envie de faire des livres, c'est avant tout parce qu'il est un lecteur. 

Anamosa, 2026, collection Le Mot est faible, 120 pages. 
Les éditions indépendantes Anomosa fêtent leurs 10 ans : consulter leur site.

Lire mes chroniques sur d'autres titres de la collection : Nature et Féminisme

samedi 18 avril 2026

Des chambres à soi

Inventer sa chambre à soi de Chantal Thomas fait évidemment référence à Virginia Woolf, mais aussi à Colette et Patti Smith, trois femmes écrivains de nationalités, de langues et d'époques différentes. 
L'autrice évoque aussi ses chambres de jeunesse et d'oisiveté.

Tout ce temps vivace et inventif, ce temps pour rien, consacré, selon la belle formule de Dany Laferrière, à l'art presque perdu de ne rien faire. Ce flottement, la chambre d'écriture et le coin bien à soi, juste pour faire une pause, reprendre contact avec soi-même, était là dans le texte de ma conférence. Il est toujours présent dans cet essai. J'interroge Virginia Woolf, Colette et Patti Smith sur leur conquête d'un espace à soi qui permette de se réaliser en tant qu'écrivaine et artiste. Mais, plus largement, j'attends de leurs exemples qu'elles nous suggèrent des voies vers la fixation intime, à chaque fois singulière, d'un point d'ancrage sûr, “d'un espace en soi, imprenable” d'où vivre sa vie. 

À l'origine de cet essai, il y eut une invitation du Département de Français de l'Université de Yale en 2024 pour une conférence.
Un essai très inspirant.

Éditions Rivage Poche, 2026, 108 pages.

vendredi 17 avril 2026

Marseille en compagnie de Christian Garcin


Le bandeau rouge sur le livre annonce "Un guide à dévorer comme un roman", et c'est vrai. 
Mais ce n'est pas le roman de Marseille avec ses clichés persistants et sa mauvaise (ou fausse) réputation.
J'ai vécu à Marseille et j'apprécie particulièrement l'écrivain Christian Garcin*, ce qui fait au moins deux bonnes raisons de lire cette promenade commentée : se balader dans la ville en sa compagnie, guidée, et embarquée par son style. 
C'est passionnant : j'ai appris des choses sur Marseille (je ne prétendais pas tout connaître), mais c'est aussi un récit personnel, une histoire intime, dans une ville que l'auteur connait très bien, puisque il y est né et la fréquente régulièrement. 
Ce grand voyageur a un talent particulier pour décrire les paysages, du bout du monde comme du coin de la rue, qu'ils soient urbains ou bucoliques (parce qu'il y a du bucolique dans les quartiers Nord) et cette visite de Marseille est comme un voyage aux confins de la ville. 
Christian Garcin nous emmène aussi dans l'histoire de la ville, très ancienne, et dont la mémoire est encore palpable aujourd'hui. Il nous fait découvrir quelques particularités et curiosités. 
Il aime sa ville mais ne l'adule pas et ne cache pas ses défauts. Et en effet, Marseille peut être détestable, rude et hostile, résistante et grouillante, et à la fois admirable, lumineuse et ouverte sur la nature, selon où l'on se situe.

À Marseille, les couleurs cohabitent avec la grisaille, le mistral glacial avec la chaleur sèche et brûlante, la légèreté des rires avec l'intensité noire des regards, le goût de la galéjade avec une susceptibilité toute méditerranéenne.

L'ouvrage est aussi un vrai guide "touristique", avec des cartes, des repères historiques et géographiques, des itinéraires, des adresses, etc.
À lire, que l'on connaisse ou pas Marseille, qu'on ait l'intention d'y aller ou pas, qu'on en rêve ou qu'on la déteste.

L'arbre qui marche, collection Premier voyage, 2026, 192 pages. 

* Il suffit d'écrire "Garcin" dans le moteur de recherche de la colonne de droite de ce blog pour découvrir toutes mes chroniques et entretiens avec l'écrivain.

Et pendant que vous y êtes, vous pouvez aussi chercher "Marseille" et trouver d'autres livres sur la ville, dont ce recueil de nouvelles vraiment excellent

jeudi 16 avril 2026

Voyage en Moldavie

La Moldavie est un pays dont on parle peu*, donc Lionel Duroy, ancien journaliste à Libération, s'y intéresse et nous raconte son actualité et son histoire dans Une journée dans la vie de Maria Ivanova
Ce roman est donc une sorte de long reportage sur la situation géopolitique de ce pays, qui est construit comme un roman et une mise en abîme puisque Maria, la narratrice, guide un écrivain français, Marc, qui ressemble fort à Lionel Duroy, surtout sur les photos qui illustrent le livre. 
C'est donc avec une pointe de malice, et un style limpide et agréable à lire, que l'auteur nous entraîne dans un récit passionnant. 
Les rencontres — un repas de famille, une visite à un ex-amoureux ou un auto-stoppeur — permettent d'aborder différents points de vue et les enjeux tendus. 
En effet, l'histoire se passe pendant les élections présidentielles d'octobre 2024 et un référendum pour le rattachement du pays à l'Union européenne. Les générations et les camps s'affrontent : certains sont nostalgiques de l'ex-URSS, d'autres trouvent avantageux de se faire payer pour voter pour le candidat pro-Poutine. 
Comme dans de nombreux autres romans de Lionel Duroy, il est question de secrets, ici de l'histoire (ailleurs de secrets de famille), et des origines (ou de l'enfance) qui constituent les personnes. 

Flammarion, 2026, 176 pages.

Lire également ma chronique sur Un mal irréparable qui plonge dans le passé trouble de la Roumanie

* (Je suis allée vérifier sur une carte : la Moldavie est enclavée entre l'Ukraine et la Roumanie).  

mercredi 15 avril 2026

Pour les petits explorateurs naturalistes

C'est l'ouvrage dont on aurait rêvé enfant : Mon Larousse de la nature. Le guide des petits curieux. 
Écrit par Sandra Lebrun et agréablement illustré par Mary Gribouille, c'est un joli guide pratique pour explorer son jardin et mieux connaître toutes les espèces animales et végétales qui nous entourent. 
Chaque espèce fait l'objet d'une fiche (120 fiches d'identification en tout, et autant d'autocollants) avec des informations passionnantes. 
En plus, des fiches bricolage ou documentaires permettent de fabriquer un nichoir ou connaître la migration de la cigogne, ou donnent des conseils si on trouve un oiseau blessé, etc. 
Il est interactif : on peut écrire sur les fiches la date à laquelle on a rencontré l'espèce en vrai, et coller l'autocollant correspondant, qu'il s'agisse d'insectes, de batraciens, d'un oiseau (merle noir, hirondelle, rouge-gorge...), d'une fleur (pissenlit, jasmin, crocus, hortensia...), d'un arbre (noisetier, figuier, cèdre...). 
On peut écouter le chant de l'oiseau ou de l'animal sauvage (écureuil, sanglier, marmotte...) grâce à des QR-codes.

C'est parfait pour les naturalistes en herbe !

Larousse Jeunesse, 2026, 274 pages. 

samedi 21 février 2026

Dévorer Duras

Marguerite Duras fascine ou excède. Personnellement, elle m'inspire. Je dévore même les livres sur elle. 
Dans Marguerite Duras. Dévorer, tout, la journaliste du Monde Béatrice Gurrey se base sur des entretiens exclusifs et archives pour dresser un portrait sensible et honnête, c'est-à-dire sans occulter les défauts et contradictions de l'écrivaine qu'elle compare à une ogresse qui dévore tout et tous. 
Duras gardait tout, surtout certains secrets et mystères, et transformait en œuvres littéraires, pièces de théâtre ou films, transposait, brouillait les pistes. Béatrice Gurrey rétablit aussi quelques vérités. 
Aujourd'hui encore, Marguerite Duras est toujours lue, jouée, vue au cinéma. Pourquoi ? L'autrice le résume fort bien, page 57 :

Pourquoi, trente ans après sa mort, Duras fascine-t-elle autant ? Sans doute pour sa vie romanesque, faite de contradictions, de zones d'ombre, d'amours sublimes et contrariées, de liberté, de sexe, d'alcool, de dépressions et d'une envie de vivre à toute épreuve. Celle d'une petite femme rieuse et autoritaire, d'une liberté folle, élevée au rang de mythe à la force de l'écriture. et bien sûr pour son œuvre magnétique et dense, reconnaissable entre mille — autant objet de sarcasmes que d'une inaltérable admiration. En son noyau, l'enfance, dont elle a gardé une approche enchantée et douloureuse.

Éditions de l'Aube et du Monde, 2026, 224 pages. 

Frida pour Diego

Dans ce recueil intitulé Lettres à Diego Rivera, écrites par Frida Kahlo, se trouvent également 
- une préface de Roland Béhar sur le contexte biographique des deux artistes mexicains ; 
- un portrait de Diego écrit par Frida pour le catalogue d'une exposition ; 
- une sélection de lettres ; 
- des extraits du journal qui sont souvent des poèmes ; 
- un texte de Patrizia Cavalli sur la peinture de Frida ; 
- une bibliographie choisie
 et des notes passionnantes. 

Bref, un ensemble qui donne une idée de la vie et des relations tumultueuses entre les deux artistes, néanmoins un grand amour, ou plus exactement une passion aussi destructrice que créatrice, surtout vu du point de vue de Frida. Aujourd'hui, on parlerait d'emprise...

"J'ai eu deux accidents graves dans ma vie. L'un, ce fut celui du bus, l'autre, ce fut Diego. Diego fut de loin le pire."

La peinture colorée et la figure de Frida sont devenues de véritables icônes de notre époque, de la mode et du féminisme, mais on ne connaît pas toujours la réalité de la légende.
Poignant.

Rivages poches, 2026, 96 pages. 

mardi 17 février 2026

L'aventure des groupes d'écriture

L'écriture est une île est l'histoire d'une romancière qui se jette à l'eau en acceptant d'animer un atelier d'écriture sur la charmante île de Groix. Elle n'imagine pas ce qui va lui arriver...
Le roman de Lorraine Fouchet est totalement invraisemblable — tellement idyllique et romanesque ! — et justement il est beaucoup question d'écriture et de fictions (c'est ce qui m'intéressait au départ). 
Donc au début, on peut être dubitatif, mais ensuite on est tellement pris par l'histoire qu'on ne lâche plus le livre. 
En effet, une belle galerie de portraits nous fait passer d'un point de vue d'un personnage à l'autre. 
Chacun est venu dénouer quelque chose, un secret, un drame, une situation... et le suspense est à son comble, même si nous savons qu'il y aura un happy end. C'est donc super bien ficelé.

C'est ce soir-là qu'Alix reçut cette offre absurde qu'évidemment elle aurait dû refuser. 
Elle pensa le sujet clos, l'histoire terminée.
Au contraire, cela ne faisait que commencer.
Et rien ne serait plus comme avant...

S'il est question d'écriture et d'ateliers, côté paysages, il est beaucoup question d'îles (Groix, Angleterre, Corse, Venise... ) et de bonnes recettes gourmandes et bretonnes ! 
Du pur roman feel-good !

Éditions Héloïse d'Ormesson, 2024, existe en poche Pocket et en audio.

dimanche 15 février 2026

Les pouvoirs du repos

L'époque n'est pas au farniente. On aurait plutôt tendance à culpabiliser ou, pire, à grignoter bêtement ses heures de sommeil. 
Grave erreur ! nous explique Anaïs Gauthier dans son ouvrage La Stratégie du repos. Le sous-titre est explicite : Apprendre à se régénérer dans un quotidien surchargé
En effet, notre agitation permanente (y compris la sollicitation continue de notre cerveau par les écrans) mène à une recrudescence de burn-out et de mal-être au travail, assortis d'un déficit de sommeil. 
Or, sans repos, nous passons à côté de choses précieuses (et gratuites) comme le temps, l'énergie et la présence. Et par conséquent, nous négligeons notre santé, notre bien-être, notre créativité et notre performance.
L'autrice est la fondatrice de l'École d'Écologie personnelle, qui propose des accompagnements pour explorer son être et sa relation au Vivant. 
Elle nous invite à développer l'art du repos au quotidien, à auto-réguler notre système nerveux et donc aider notre cerveau et notre corps à se régénérer avec des habitudes et exercices simples à adopter : respiration, massages, chant. 
Le livre sera en bonne place sur la table de chevet avec une méthode pour lutter contre l'insomnie.
Elle propose également à découvrir notre rythme intime et déployer notre sensorialité : car les sens donne du sens !
Dans la dernière partie du livre, intitulée "Se reposer, un acte politique", Anaïs Gauthier nous fait réfléchir à notre rapport au repos, à notre aliénation par la société de consommation et à ce qu'est une vie réussie. Car "la bonne vie ne vient pas après le travail", a écrit Geneviève Pruvost.Voilà de quoi instaurer un autre rapport au temps et au repos. 
Je pense également à Françoise Sagan (qui n'était pourtant pas un modèle de zénitude) : "Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre du temps, perdre du temps, vivre à contretemps."

Eyrolles, 2026, 288 pages, avec une préface de Satish Kumar. 

lundi 9 février 2026

Forcément

Les Forces de Laura Vazquez est un roman totalement original, érudit et familier, loufoque, intense et facile à lire tant les mots et les phrases s'enchaînent avec une logique surprenante qui tient en haleine. 
C'est aussi un texte difficile à identifier, mouvant, vivant. 
C'est un rythme, un flot de pensées, un long poème à lire à voix haute ou à se prononcer en silence.
La narratrice s'insurge contre la fausseté du monde, les croyances et les mensonges de la famille, des groupes, de la société. 
Elle fait des rencontres et des expériences pour le moins étonnantes, parfois dérangeantes.
Certains chapitres sont émaillés de citations en italiques avec le nom de l'auteur dans la marge. 
Poésies pures.

Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée. J'ai l'air calme. Plus jeune, je cherchais tout. Et je pouvais rester devant les fleurs à la recherche de la scène : un pétale en train de tomber. Je voulais des scènes. Je ne me comprenais pas moi-même mais, à l'intérieur, dans les parties sans paroles j'avais une connaissance et sans arrêt je la touchais. Je suis bizarre. Si mon regard se pose au marché sur des œufs de poissons, je m'arrête et je pense les œufs de poissons possèdent une beauté proche du ciel le soir, des visages d'enfants, ou des beaux arts. 
 

Éditions du Sous-Sol, 2025, 304 pages. 


Un splendide roman à redécouvrir

Il n'est jamais trop tard pour découvrir des écrivains formidables. 
C'est grâce à la maison d'édition Au Vent des Îles, fondée à Tahiti il y a 35 ans, que nous découvrons ce roman exceptionnel et inédit en France : L'Arbre de l'homme de Patrick White (1912-1990). 
Publié en 1955, il est considéré comme son chef d'œuvre. Sinon, toute son œuvre est éditée par Gallimard. 
Patrick White a reçu le Prix Nobel de littérature en 1973. Né à Londres, il s'est installé en Australie où il est décédé en 1990. 
L'Arbre de l'homme est un roman à l'écriture ciselée, sensible, époustouflante, où la beauté et la poésie se cachent dans les détails, le mystère et parfois dans le silence. 
C'est l'histoire d'un couple de pionniers qui s'installe dans le bush australien, autant dire dans un no man's land, qui se peuple peu à peu, et que nous suivons toute leur vie. 
Il y a du Faulkner dans la violence de la nature et la cruauté des hommes. 
L'arbre du titre est aussi généalogique : il est question de la sève qui circule entre les membres d'une famille, même si les enfants fuient ce bush sans pouvoir se couper de leurs racines et ancêtres.
Une immense (re)découverte !

Autour, le bush était en train de disparaître. Dans cette lumière de nuit tombante, sous le ciel blanc, les ramures noires des arbres, les broussailles sombres et menaçantes se repliaient jusqu'à ne faire plus qu'un. Seul le feu tenait bon. Et dans le cercle de sa lumière, les traits de l'homme étaient inébranlables tandis qu'il effilochait du tabac entre les paumes endurcies de ses mains, un carré de papier grelottant collé à sa lèvre inférieure. 

 Au Vent des Îles, 2025, 576 pages.

jeudi 15 janvier 2026

Nouvelles mexicaines fantastiques

Gabriela Damian Miravete est une jeune autrice mexicaine. 
Ce recueil de nouvelles, Elles rêveront dans le jardin, a reçu plusieurs prix littéraires et il les vaut bien ! 
Ses histoires sont fantastiques dans tous les sens du terme : à la fois magiques, surnaturelles, tragiques, poétiques, politiques et réalistes. 
C'est aussi un livre-hommage aux femmes, inscrit dans la lignée d'Ursula K. Le Guin.
On y rencontre des fantômes, des enfants traumatisés, une Blanche-Neige revue et corrigée, un écrivain revenant, le procès d'une nonne du XVIIIe siècle, la dernière survivante d'un engin spatial, une fleur inconnue aux pouvoirs puissants, des hologrammes de femmes victimes de féminicides dans un jardin futuriste... 
Des nouvelles intenses qui touchent au cœur.

Les orangers crouleront sous les fruits, et leurs fleurs embaumeront l'humidité du jardin ouest. Une brume soyeuse rafraîchira les brins d'herbe qui poussent dans cette priaire. Le soleil se lèvera toujours derrière l'amandier et les branches du plus vieil arbre, un corpulent cyprès de Montézuma, s'étendront d'abord vers ses rayons, s'étirant comme une jeune fille qui se réveille. vers 9 heures, le jardin se peuplera de silhouettes. Certaines se diront bonjour. D'autres sursauteront à la chute d'une orange et s'éloigneront en riant vers l'ombre d'autres feuillages. Certaines regarderont la mer qui, en contrebas du jardin ouest dominant la plage, rugira et s'étendra jusqu'à grimper dans le gris-bleu du ciel. 

(Extrait de la nouvelle Elles rêveront dans le jardin)

Rivages, 2026, 220 pages.

mardi 23 décembre 2025

Nouvelles pour rire et frémir

Notre ami Robert Forniés nous a quittés cette année, en 2025. 
Heureusement, il nous reste ses écrits, dans Les Carnets du Ventoux sous la forme de Ministoires ou de billets d'humeur de la Mamette, mais aussi dans ses recueils de nouvelles où se révèle tout son talent. 
Il y avait déjà les nouvelles si appréciées du recueil Les Chemins de trébuche et voici Frêles histoires tombées du nid au titre poétique.
Je pourrais répéter, comme je le disais pour ce précédent recueil, que ces histoires sont "inattendues, comiques ou dramatiques, réalistes ou loufoques, mais toujours poignantes ou percutantes". 
Riches en clins d’œil malicieux, qu'elles soient mordantes ou tendres, ces 39 nouvelles sont toujours magistralement bien écrites, avec un sens du détail inouï dû à un sens de l'observation et à l'érudition de Roberto. 
Un vrai régal de lecture !

Autoédition, 2025, 224 pages. 
Dessin de couverture de Luc Bannes.

En vente dans les bonnes librairies autour du mont Ventoux.

vendredi 5 décembre 2025

Rêver le Japon

Il y a quelques décennies, on trouvait très peu de guides touristiques sur le Japon. 
Peut-être que le succès de la gastronomie et des mangas ont donné envie de découvrir ce pays : le tourisme a explosé. 
Mais où aller et comment s'y prendre dans ce pays où la langue orale et écrite peuvent être une barrière ?
Avec le guide Japon, 25 itinéraires de rêve, les photos et les inspirations proposent des idées de parcours pour tous les goûts :
- les classiques et grands tours du Japon pour découvrir les lieux emblématiques en quelques jours, ou se cantonner à la région du mont Fuji ou partir en croisière pour faire le tour du Japon par la mer... ; 
- les explorations urbaines à Tôkyô ou Kyôto ; 
- d'îles en régions : Hokkaidô, Okinawa, Shikoku... ; 
- en douceur avec des itinéraires à pied et à vélo à Tôkyô et ailleurs ; 
- culture et art de vivre : architecture, jardins, gastronomie, festivals... 
Bon voyage !

Ulysse, 2025, 23 x 27,5, 166 pages. 

Fenêtres sur Compostelle

101 expériences sur les chemins de Compostelle est, tout d'abord, un magnifique album de photographies qui donne envie de partir marcher sur les différents chemins, caminos et voies de France, du Portugal et d'Espagne. 
Si cet ouvrage n'est pas tout à fait un guide pratique, il fournit aussi des conseils et présente des témoignages de pèlerins et pèlerines.
Le collectif d'auteurs, qui fait partie de l'Association du Québec à Compostelle*, a composé cette belle sélection emblématique. 
Il propose un bel éventail de ce que peut être cette aventure nomade : 
- 10 moments d'un quotidien réinventé ; 
- 18 liens privilégiés avec la nature ; 
- 18 moments et espaces porteurs de sens ; 
- 39 joyaux du patrimoine bâti ;
- 16 trésors du patrimoine immatériel.
Ces chemins de pèlerinage, autrefois religieux, sont aujourd'hui l'occasion de transformer ce parcours en expérience personnelle. On part avec des a priori, des rêves, des défis... on se prépare, puis on marche, pas après pas, jour après jour. 
Enfin, on revient avec un autre état d'esprit façonné par les rencontres sur le chemin et pendant les repas partagés, les moments d'émerveillement et de découragement, la météo traversée et bien sûr les épreuves physiques. 

* Les guides Ulysse ont commencé leur long périple au Québec en 1980 dans une librairie qui a complété son activité en maison d'édition.

Ulysse, 2025, 23 x 27,5, 206 pages. 

mercredi 3 décembre 2025

Tragédie futuriste à La Réunion

Dans la revue Kanyar n°8, Julie Legrand avait publié la nouvelle futuriste L'offrande, tragique et poétique. 
Elle s'en est inspirée pour la déployer et l'enrichir superbement pour le roman graphique du même nom (et même format que Kanyar), brillamment mis en image et en couleurs par la dessinatrice Natacha Eloy
L'intrigue se passe à La Réunion : l'île est évacuée à cause d'une pandémie. Une mère et son fils sont restés sur place où la nature exubérante occupe une place essentielle et se métamorphose. Ils fuient dans la montagne où les esprits règnent...
Les deux autrices ont étroitement collaboré pour créer un univers inquiétant, fantastique et baroque. Ce récit d'anticipation écoféministe est également ancré dans les mythes et légendes de La Réunion.

Une lecture qui ne laisse pas indemne. 

Éditions Centre du Monde, 2025, 18 x 24 cm, 110 pages. 

Si vous voulez en savoir plus sur la façon dont elles ont travaillé ensemble, et leurs sources d'inspiration, pour créer ce roman graphique, une passionnante interview croisée se trouve dans Le Cri du Margouillat n°39. 

Julie Legrand est aussi éditrice, notamment de la revue Fan(m)zine. Lire l'entretien, ainsi que celui sur son écriture en général.


Les couvertures de Kanyar n°7 
et de Fan(m)zine n°1 
illustrées par Natacha Eloy.

La poésie du ciel

Ce recueil de 60 courts poèmes japonais accompagnés d'estampes a pour thème les cieux. 
Leurs métamorphoses continuelles et éphémères invitent à la contemplation, à la rêverie et à la poésie. 
De grands noms japonais du haïku — Bashô, Ryôta, Sôseki... — nous font voir, entendre, sentir la nature et l'univers en évoquant les infinies variations du jour et de la nuit, du soleil, de la lune, des étoiles, des nuages...
Le principe de ces poèmes est de saisir un instant fugitif, une image, une émotion... et de les exprimer en quelques mots.
Une source de sérénité et d'inspiration.

La lampe éteinte
les étoiles fraîches
se glissent par la fenêtre

Bashô 

Vent d'hiver
qui précipite dans la mer
le soleil couchant

Sôseki 

Seuil, 2025, 128 pages.