lundi 9 février 2026

Forcément

Les Forces de Laura Vazquez est un roman totalement original, érudit et familier, loufoque, intense et facile à lire tant les mots et les phrases s'enchaînent avec une logique surprenante qui tient en haleine. 
C'est aussi un texte difficile à identifier, mouvant, vivant. 
C'est un rythme, un flot de pensées, un long poème à lire à voix haute ou à se prononcer en silence.
La narratrice s'insurge contre la fausseté du monde, les croyances et les mensonges de la famille, des groupes, de la société. 
Elle fait des rencontres et des expériences pour le moins étonnantes, parfois dérangeantes.
Certains chapitres sont émaillés de citations en italiques avec le nom de l'auteur dans la marge. 
Poésies pures.

Les heures étaient longues dans mon enfance, mais je ne me suis pas tuée. J'ai l'air calme. Plus jeune, je cherchais tout. Et je pouvais rester devant les fleurs à la recherche de la scène : un pétale en train de tomber. Je voulais des scènes. Je ne me comprenais pas moi-même mais, à l'intérieur, dans les parties sans paroles j'avais une connaissance et sans arrêt je la touchais. Je suis bizarre. Si mon regard se pose au marché sur des œufs de poissons, je m'arrête et je pense les œufs de poissons possèdent une beauté proche du ciel le soir, des visages d'enfants, ou des beaux arts. 
 

Éditions du Sous-Sol, 2025, 304 pages. 


Un splendide roman à redécouvrir

Il n'est jamais trop tard pour découvrir des écrivains formidables. 
C'est grâce à la maison d'édition Au Vent des Îles, fondée à Tahiti il y a 35 ans, que nous découvrons ce roman exceptionnel et inédit en France : L'Arbre de l'homme de Patrick White (1912-1990). 
Publié en 1955, il est considéré comme son chef d'œuvre. Sinon, toute son œuvre est éditée par Gallimard. 
Patrick White a reçu le Prix Nobel de littérature en 1973. Né à Londres, il s'est installé en Australie où il est décédé en 1990. 
L'Arbre de l'homme est un roman à l'écriture ciselée, sensible, époustouflante, où la beauté et la poésie se cachent dans les détails, le mystère et parfois dans le silence. 
C'est l'histoire d'un couple de pionniers qui s'installe dans le bush australien, autant dire dans un no man's land, qui se peuple peu à peu, et que nous suivons toute leur vie. 
Il y a du Faulkner dans la violence de la nature et la cruauté des hommes. 
L'arbre du titre est aussi généalogique : il est question de la sève qui circule entre les membres d'une famille, même si les enfants fuient ce bush sans pouvoir se couper de leurs racines et ancêtres.
Une immense (re)découverte !

Autour, le bush était en train de disparaître. Dans cette lumière de nuit tombante, sous le ciel blanc, les ramures noires des arbres, les broussailles sombres et menaçantes se repliaient jusqu'à ne faire plus qu'un. Seul le feu tenait bon. Et dans le cercle de sa lumière, les traits de l'homme étaient inébranlables tandis qu'il effilochait du tabac entre les paumes endurcies de ses mains, un carré de papier grelottant collé à sa lèvre inférieure. 

 Au Vent des Îles, 2025, 576 pages.