mercredi 30 mars 2016

L'univers tordu et tordant de Didier Tronchet

Un peu d'humour et de poésie dans ce monde de grossiers personnages.
Je m'attendais à sourire, mais pas à m'amuser autant, à la lecture de L'univers à peu près - Petit imprécis de culture approximative de Didier Tronchet.
Et rien de tel que de lire un livre humoristique dans les transports en commun : contraste assuré avec l'humeur bougonne des voisins. Plongée dans un autre univers (à peu près), je suis d'un autre voyage : au fil des pages, mon visage s'éclaire et sourit. Parfois des soubresauts silencieux secouent mes épaules.
En une centaine de textes courts, Didier Tronchet prend au dépourvu et redéfinit le monde à sa façon, farfelue, saugrenue, naïve, avec beaucoup d'humour, mais aussi de philosophie et d'émotion : certaines chroniques, tout aussi loufoques, sont plus attendrissantes et poétiques.
Certains conseils ineptes s'avéreraient désastreux si on les appliquaient à la lettre, ce qui flatte la perspicacité du lecteur, doublement réjoui et soulagé d'échapper au pire.
Mais si d'aventure des âmes crédules voyaient en Didier Tronchet un visionnaire éclairé, il se pourrait que le bac des surgelés du supermarché Casino du Chambon-sur-Lignon (Haute-Loire) devienne un haut lieu de pèlerinage. Les rayons boulangerie et des eaux vaudraient aussi leurs pesants d'or : miraculeux !
Sans parler du pouvoir de divination de certaines pizzas.
Un exemple court (de façon à le citer in extenso) : Commémoration.
Tous les magasins sont fermés le 11 novembre, jour férié, pour commémorer la guerre de 1914-1918. Toutes les boutiques, y compris les boucheries. Ce qui est idiot, car une boucherie est quand même ce qu'il y a de mieux pour évoquer le souvenir de la Grande Guerre.

Pour finir, une surprise attend les lecteurs compulsifs (visiblement, j'en suis), les mêmes qui, au cinéma, à la fin du film, lisent le générique jusqu'aux noms des laboratoires...
Bon voyage dans un cosmos sidérant et approximatif !

Éditions Les Échappés, 2016, 144 pages.
Voir le site L'univers pitoyable de Didier Tronchet.

lundi 28 mars 2016

Comprendre les flux migratoires

Après Qui est Daech ? (tristement toujours d'actualité), dans la même collection Les Indispensables et sous la direction d'Éric Fottorino, directeur de la publication de l'hebdomadaire Le 1, en collaboration avec les éditions Philippe Rey, voici Pourquoi les migrants ? Comprendre les flux de population.
Ce recueil reprend les meilleurs textes parus dans Le 1, souvent sous forme d'entretiens ou de récits, tout à fait accessibles et souvent courts.
Des spécialistes — historiens, écrivains, humanitaires, juristes, hommes politiques, politistes, journalistes, géographes, démographes, sociologues et anthropologues — s'expriment sur la situation de crise et tentent de répondre aux questions : d'où viennent les migrants, quelle est la différence entre réfugié et migrant, quels sont les chiffres, quelle est la réalité des faits, quel est leur profil, pourquoi les camps, pourquoi cette impasse, quel combat, contre qui s'indigner, quelles leçons du passé peut-on tirer, chance ou malchance, quelle solidarité, quelles solutions ?
En fin d'ouvrage, un dossier récapitulatif des questions, une carte, les chiffres clés, une chronologie, un glossaire et une bibliographie pour aller plus loin...
De quoi vraiment mieux comprendre. Indispensable.

Coédition Le 1 / Philippe Rey, collection Les Indispensables
avril 2016, 96 pages.

dimanche 27 mars 2016

Changer de vie professionnelle

En ce moment, j'entends beaucoup de personnes, autour de moi, lassées de leur travail qui ne les stimule plus autant, dont elles ont fait le tour ou bien dont l'environnement n'est plus ce qu'il était...
Mais, en milieu de carrière, comment s'y prendre ? Quel travail va nous faire vibrer encore quelques années ? Comment bien négocier son virage ?
Voilà deux livres de spécialistes des ressources humaines qui peuvent aider à débroussailler le terrain : Changer de vie professionnelle. C'est possible en milieu de carrière de Mireille Garolla et Déjouez les pièges des recruteurs de Christel de Foucault.
Quand chercher un travail est un emploi à temps complet, il faut user de méthodologie pour analyser sa situation personnelle et mettre en avant ce qui peut faire la différence. Mireille Garolla parle d'abord de ce qu'il ne faut pas faire, des réflexes automatiques qui font perdre du temps, et propose plutôt de prendre le temps de réfléchir et se poser les bonnes questions, donner du sens à son parcours, de façon à mettre toutes les chances de son côté pour réussir dans cette entreprise de changement de trajectoire. Un véritable guide : simple, pratique et stimulant.

Ensuite, si, comme moi, vous perdez tous vos moyens et devenez complètement amnésique et inepte en entretien : le guide de Christel de Foucault devrait aussi vous encourager. Partant du principe que les recruteurs "jouent avec les candidats", l'autrice donne les règles du jeu et incite les postulants à jouer aussi, dans un certain cadre, en sachant quels sont les objectifs de l'autre, les pièges à éviter, etc.
L'objectif est d'être le mieux préparé psychologiquement, mais aussi concrètement, avec de bonnes méthodes, un CV percutant, un discours clair, un réseau efficace, etc. Une excellente boîte à outils pour mieux s'en sortir en entretien.
Au travail !

Lire aussi l'entretien de Christel de Foucault par Bernard Martinez sur son blog Emploi 2.0.

Éditions Eyrolles, Collection Emploi et carrière
- Changer de vie professionnelle, 2016, 200 pages. 
- Déjouez les pièges des recruteurs, 2016, 180 pages.

mercredi 23 mars 2016

Itinéraires littéraires au salon du livre

Beau succès pour les conférences itinérantes sur le dernier salon du livre de Paris, organisées pour la première année et joliment intitulées : En marchant, en écrivant ou les flâneries intérieures de l'édition.
Des parcours littéraires d'une heure, commentés par un(e) spécialiste, étaient proposés aux visiteurs sur différents thèmes, dont la littérature jeunesse, l'histoire du poche, les éditeurs contestataires, les icônes de l'édition, le Nouveau roman ou les livres interdits...

J'ai eu la chance de suivre Louise de Crisnay, critique littéraire à Libération, qui s'aventurait hors des sentiers battus, et avec passion, sur le thème Littératures et photographies via quelques livres inclassables.
Nous avons commencé par une halte sur le stand des éditions du Seuil avec l'évocation, entre autres, de Denis Roche, qui a créé la collection Fiction & Cie dans cette maison, et écrit plusieurs ouvrages sur la photographie, comme Le Boîtier de mélancolie ou La photographie est interminable.
La déambulation s'est poursuivie chez Actes Sud autour de W. G. Sebald et son Austerlitz où un statut mystérieux de la photographie sème le trouble dans l'esprit du lecteur.
Enfin, sur le stand de Gallimard, Louise de Crisnay a abordé un premier auteur, Hervé Guibert, également critique photo au journal Le Monde, et son livre hybride, entre fiction et réalité, avec textes manuscrits photographiés répondant aux photos de ses grand-tantes, Suzanne et Louise (Roman-Photo).
Puis, ce fut le tour d'Annie Ernaux et Marc Marie pour leur projet commun, L'usage de la photo, sur un rituel de photos de vêtements tombés à terre et des textes écrits par chacun d'eux.
Annie Ernaux a dit à propos de ce livre : Je n'attends pas de la vie qu'elle m'offre des sujets, mais des organisations nouvelles d'écritures. Nous pourrions nous en inspirer en attendant des "organisations nouvelles de visites guidées de salon" ; ce qui était le cas pour cette expérience car Louise de Crisnay a littéralement conquis son public.
Les échos sur les dix autres flâneries étaient également dithyrambiques, avec près de 800 participants sur quatre jours, ce qui laisse espérer une reconduite de l'opération.
Elle était organisée par Marie-Rose Guarniéri, libraire aux Abbesses, présidente de l'association Verbes et fondatrice du prix Wepler et de la fête de la librairie indépendante, ainsi que Philippe-Louis Coudray, directeur du MOTif (Observatoire du livre et de l'écrit en Ile-de-France), mais aussi Bruno Fresne et Guillaume Gandelot de l'INFL (Institut national de formation de la librairie) et Vincent Montagne, président du SNE (Syndicat national de l'édition).
À la prochaine édition de ces flâneries !

lundi 14 mars 2016

Quand Christian Garcin écrit pour la jeunesse, mais pas que...

L'aigle Lelio Lodoli.
Ah ! les magnifiques estampes de Hiroshige en couverture des romans de Christian Garcin pour la jeunesse !
Bien que ces livres soient destinés avant tout aux ados, je n'ai pas résisté pas à l'envie de les lire avec mon neveu (onze ans).
Nous voilà partis en voyage au fin fond de la Russie, Au bord du lac Baïkal, et sur les rives d'un fleuve long de plus de 4 000 km avec Les papillons de la Léna et enfin en Patagonie, avec La perspective du Condor.
S'ils sont destinés aux jeunes lecteurs, c'est probablement parce qu'il s'agit de contes animaliers ou de fables fantastiques et drôlatiques où les animaux s'expriment, rêvent, se comportent comme des humains (ce qui leur vaut parfois d'être totalement inadaptés à leurs milieux) et portent des noms à coucher dehors.
Ce sont des romans d'aventures où règne la loi de la nature et de la condition animale où, pour survivre, il faut manger l'autre, et où l'on est soit une proie soit un prédateur.
En fait, ces romans et nouvelles sont d'une telle richesse et d'une telle subtilité que de moins jeunes lecteurs — mais l'esprit n'a pas d'âge — y trouvent aussi grand plaisir.
On y retrouve notamment ce goût de Christian Garcin pour les histoires croisées, labyrinthiques, qui s'emboitent les unes dans les autres ou se répondent, les jeux de miroir avec d'autres livres de son œuvre et un double de l'auteur (le fameux Chen Wanglin, personnage qui signe certains de ses romans), mais aussi ce goût des voyages, de la nature et des animaux, bien sûr, des grands espaces, de l'Extrême-Orient ou de la Patagonie, d'un autre regard sur le monde et les choses invisibles et mystérieuses, etc.
Autant de points que l'on retrouve avec jubilation ou que l'on peut découvrir pour la première fois, car nul besoin d'avoir lu toute l'œuvre pour s'y retrouver et apprécier.
On sent que l'auteur s'est beaucoup amusé — un plaisir des mots et des noms communicatif — à écrire ces histoires et à trouver aux personnages des noms qui sont de véritables exercices de diction : Lelio Lodoli, Nastiouchka Pilipili, Opatija Domoul, Malmousque Gourbi, Mitrofane Stakhanov, le fantôme Shukukurhtumahgoon, Gonzalo Potopodo ou le condor Juan Pablo Ignacio IV de la Cruz.
Ne passez pas à côté de ces trésors sous prétexte que cela n'est soi-disant plus de votre âge.

Ces trois livres sont édités à L'école de Loisirs, dans la Collection Médium :
- Au bord du lac Baïkal, 2011, 140 pages.
- Les papillons de la Léna, 2012, 146 pages.
- La perspective du Condor, 2016, 128 pages.

 D'autres chroniques sur les livres de Christian Garcin à lire dans ce blog :
- Selon Vincent et un entretien sur Selon Vincent, avec de superbes photos de Patagonie, mais pas que...
- Vétilles
- J'ai grandi
- Labyrinthes et Cie, La jubilation des hasards et Carnet japonais
- La neige gelée ne permettait que de tout petits pas
- Sortilège- Des femmes disparaissent
- Les nuits de Vladivostok
- Les vies multiples de Jeremiah Reynolds

dimanche 13 mars 2016

Du divan à la plume du Dr Grosz

Illustration de couverture : 
René Magritte, L'empire des lumières.


La vie des autres est fascinante. C'est un peu pour cela qu'on lit : pour tenter d'explorer la conscience des autres, ce qui, en passant, pourrait aussi aider à notre propre compréhension.
Sans compter que nos vies sont des fictions, ces histoires qu'on se raconte et qu'on raconte aux autres. 
Parmi ceux qui écoutent les histoires des autres, avec l'objectif de trouver du sens au chaos intérieur et extérieur, certains en ont fait leur métier, comme le psychiatre et psychanalyste Stephen Grosz.
Dans Les examens de conscience, il révèle, non pas d'indigestes rapports cliniques truffés de jargon, mais de passionnantes histoires, aussi romanesques que vraies, transposées pour mieux brouiller les pistes et respecter l'anonymat de ses patients.
Ces récits suivent le schéma classique d'une fiction : au début, une intrigue avec le problème du patient, puis les péripéties pour trouver la solution qui peine à venir, jusqu'au climax et au dénouement final. On peut donc s'en délecter comme de véritables nouvelles : fantastiques, étonnantes, touchantes ou drôles.
Or, vues à la lumière d'un professionnel, elles présentent également l'avantage de nous éclairer dans la compréhension de ce qui se joue et ce qui se cache derrière, par exemple, les mensonges, les contradictions de l'amour (et du reste), la difficulté à changer ou à se sauver par la porte de secours, ainsi que notre plus grande angoisse, celle affronter la mort.
Et forcément, il reste quelque chose de plus lorsqu'on a terminé ce livre captivant.
Les psychanalystes aiment beaucoup souligner à quel point le passé est encore vivant dans le présent. Mais l'avenir, lui aussi, est là, dans nos vies. L'avenir, ce n'est pas un endroit vers lequel on se dirige, c'est une idée qui nous accompagne en permanence. C'est quelque chose que l'on crée et qui, à son tour, nous crée. L'avenir est un fantasme qui donne forme à notre présent.
Ces histoires ont d'abord été publiées dans le supplément littéraire du Financial Times et certaines dans la prestigieuse revue Granta, avant d'être rassemblées dans ce livre, déjà paru dans près de 30 pays et qui vient d'être édité en France par Slatkine et Cie — l'antenne parisienne des éditions suisses Slatkine créée en mars 2016 avec l'éditeur Henri Bovet.

Éditions Slatkine & Cie, 2016, 240 pages.

vendredi 11 mars 2016

Libé, ration de titraille !

Le style du journal Libération est célèbre pour ses trouvailles de titrailles, aux jeux de mots souvent polysémiques, fantaisistes, réjouissants, qu'ils soient colorés d'humour noir ou d'émotion.
"Agaçant est l'adjectif le plus souvent employé pour qualifier les titres de Libération. On pourrait dire aussi : marrant, désinvolte, cruel, bigarré, délirant, pertinent ou impertinent."
Hervé Marchon, journaliste web et ancien de Libé, en a extrait les plus brillantes pépites dans Libé, les meilleurs titres, et en profite pour retracer la longue histoire du journal, son esprit d'équipe, l'inventivité de ce style si particulier — jusqu'à l'absence de titre quand l'actualité se passe de mots.
"Au commencement, Libération n'était pas drôle. En feuilletant les numéros des premières années, on lit des titres raides comme des hampes de drapeau rouge (...)". "Liberté et insolence, un style s'affermit au fil des années." 
Et après des tentatives de retour au sérieux, le naturel rebelle revient de plus belle : "L'art de la titraille a encore de beaux jours devant lui à Libération."
Contrairement à la légende, il n'y a pas de titreur spécialisé qui chercherait à longueur de journée "une formule digne de la légende du journal", c'est un exercice quotidien de toute l'équipe, comme le précise dans l'avant-propos Laurent Joffrin, actuel directeur de la rédaction qui évoque également quelques souvenirs marquants de recherche de titres.
Hervé Marchon témoigne de ce "boulot colossal, mais invisible, en bout de chaîne de fabrication du journal. Entre la rédaction et l'imprimerie, le service édition encaisse le stress. Bien loin de l'image cool que peuvent s'en faire les lecteurs qui s'amusent le matin à la lecture des titres chamarrés du journal. Pourtant, le mythe n'est parfois pas loin de la réalité."
Et oui, l'humour et la fluidité des phrases résulte souvent d'un travail acharné et surtout collectif. "Sans collectif, pas d'énonciation, pas de lapsus, disent les psychanalystes. Et sans collectif, pas de titre."

La préfarce signée Stéphane De Groodt s'intitule Titres de noblesse et rivalise de pirouettes et jongleries éblouissantes :
"Ici on se joue des maux pour mettre en joue les mots, avec en-tête d'accrocher le lecteur sur quelques destins animés ou desseins abîmés".
Quant à la transition numérique, les moteurs de recherches et les règles du référencement manquent totalement de subtilité et d'humour. La titraille répond à d'autres codes et doit rester dans les rails : informative. Du coup, le style Libé fait la valeur ajoutée de la version papier.
"Raconter le monde en trois mots : l'art est difficile. C'est cette difficulté qui fait un style. Et sans style, point de journal."
Éditions de La Martinière, 2016, 224 pages.




PS : La bibliographie sur Libé abonde, et j'ai le souvenir tout aussi facétieux d'un autre condensé d'une mystérieuse Nicole S., plein d'humour, aujourd'hui épuisé, concernant ses petites annonces, joliment intitulé Allo Libé, bobo... 

mardi 8 mars 2016

Dans les petits papiers de l'édition

Photo Astrid di Crollalanza © Flammarion
17 % des Français auraient écrit un roman. Chaque année, les maisons d'édition reçoivent des milliers de manuscrits. Certains ont la chance d'être publiés, d'autres restent dans les tiroirs. 
On fantasme beaucoup sur le mode de vie des écrivains, un métier romantique — romanesque — par excellence. Pourtant la réalité des coulisses de l'édition est souvent loin du mythe.
Jean-Baptiste Gendarme propose d'éclairer l'écrivain débutant dans son essai aussi réaliste que drôle — dans l'esprit de la revue Décapage qu'il a fondée (lire la chronique) : Splendeurs et misères de l'aspirant écrivain : conseils à l'usage de ceux qui souhaitent publier un premier roman [et qui pourraient bien y parvenir].
Avec sept livres publiés, dont cinq romans chez Gallimard, l'auteur connaît bien les rouages de ce marché, voire de cette industrie, où quelques irréductibles maisons plus artisanales s'évertuent à promouvoir une littérature de qualité et ne trouvent pas toujours le nombre de lecteurs qu'elles mériteraient. Le talent ne faisant pas obligatoirement les plus grosses ventes.
Toutes les étapes, avant et pendant la vie littéraire, sont passées en revue, nourries de judicieux conseils et de nombreuses citations et anecdotes bien senties : l'écriture, l'envoi du manuscrit, les déceptions, la signature du contrat et les droits dérivés, la mise en place en librairie et les retours, les critiques et les prix littéraires, la rencontre avec les lecteurs et leurs questions rebattues, etc.
Et autres désillusions et situations cocasses, hilarantes, pitoyables et malheureusement véridiques, notamment les signatures dans les salons littéraires alors que l'écrivain est inconnu. Pour finir, en annexe, des extraits de témoignages, parus dans la revue Décapage ou ailleurs, sur la manière dont les écrivains écrivent.
Voilà qui décape, couche après couche, le vernis d'une activité très variée, redoutable, injuste et néanmoins passionnante !

Éditions Flammarion, 2014, 173 pages.

samedi 5 mars 2016

Revue littéraire et décapante

Décapage est une revue littéraire décalée et néanmoins sérieuse, créée en 2001 par Jean-Baptiste Gendarme, rédacteur en chef et par ailleurs écrivain et essayiste (bientôt sur ce blog une chronique sur Splendeurs et misères de l'aspirant écrivain). Depuis 2012, elle est désormais publiée par Flammarion.
Le titre de la revue annonce un produit corrosif. De plus, une étymologie maison est proposée : DÉCAPAGE, n, m. - 2001 ; de déca- du gr. Deka "dix" et de page du lat. pagina "feuille de papier". En effet, à l'origine le fanzine ne comptait que dix pages contre 172 aujourd'hui.
Sur ce ton plein d'humour — qui détend l'atmosphère parfois guindée ou élitiste de la littérature ou de l'idée que l'on s'en fait — la revue aborde toutes sortes de sujets littéraires avec des auteurs contemporains de talent : des chroniques, des exercices de style (journal littéraire ou lettre à une idole), des interviews imaginaires d'écrivains n'étant plus de ce monde, des thématiques ("Le jour où je n'ai rien foutu" ou "Le jour où mon manuscrit a été accepté"), des portraits d'écrivains par eux-mêmes avec commentaires de leurs livres et autres anecdotes, ainsi que des nouvelles inédites. Le tout est agréablement présenté, avec de nombreuses photos et illustrations originales.
Cela donne une revue tout à fait originale et sympathique à lire pour découvrir les talents d'aujourd'hui et de demain.

Éditions Flammarion, revue semestrielle, 174 pages, 15 euros.
Le site très détaillé de Décapage pour en savoir plus et s'abonner.