lundi 26 décembre 2011

Nos racines d'un autre monde

Noël est la période rêvée pour visionner des DVD bien au chaud, en famille ou tout seul, et se plonger dans ses racines.
Fils d'agriculteurs, le photographe et cinéaste Raymond Depardon souhaitait rendre hommage aux paysans. Il a choisi de présenter des bergers ou éleveurs, sur de petites propriétés de moyenne montagne, précaires, oubliés dans leurs fermes isolées comme des hommes et des femmes en voie de disparition.
Il réalise la trilogie Profils paysans, de 2001 à 2008 : L'approche, Le quotidien, La vie moderne. Année après année, il les apprivoise, entre chez eux et les interroge : un véritable exploit auprès de ces taciturnes, méfiants, gênés ou noués devant la caméra, forcément intrusive.
Plans fixes dans les cuisines où la préparation du petit déjeuner peut être un rituel d'une lenteur rare au cinéma ou le lieu d'âpres tractations avec le maquignon. Travellings magnifiques sur les routes sinueuses des campagnes, accompagnés d'une troublante musique de Gabriel Fauré. Portraits touchants de jeunes couples courageux qui tentent de faire leur place ou de personnes âgées qui ne trouvent pas de successeurs.
Des univers d'une autre âge, d'un autre monde ? Non, c'est réel, ici et maintenant. Bien qu'éloignés de nos quotidiens, ces personnages entrent en résonance avec nos mémoires paysannes.

Osez osez Delphine

Il y a longtemps que je voulais lire le roman (autobiographique) de Delphine de Vigan : Rien ne s'oppose à la nuit. C'est chose faite, en plein week-end de Noël, captée par l'histoire, le style, le sujet...
Non seulement on a beaucoup entendu parler de ce livre, mais surtout la couverture accroche : la photo d'une femme à la beauté magnétique et le titre poétique, extrait de la chanson Osez Joséphine de Bashung. On perçoit immédiatement le drame sous la grâce. En effet, cette femme, la mère de l'auteur, disait elle-même qu'elle avait été très belle et qu'elle l'avait payé très cher.
Delphine de Vigan, après le suicide de sa mère, enquête sur sa famille, ses failles, ses morts, ses secrets... comme il y en a dans toutes les familles. Voilà sûrement pourquoi ce roman trouve un écho en chacun. Une manière de comprendre et peut-être de tenter de défaire les nœuds et d'arrêter la malédiction familiale. Une entreprise littéraire délicate, casse-gueule, douloureuse et réussie.

Éditions JC Lattès, 2011, 440 pages.

mardi 20 décembre 2011

Belles au Bois Dormant

Des vieillards, désespérés par une déchéance inéluctable, s'offrent une nuit auprès de jeunes filles endormies profondément — si profondément que rien ne les réveille.
Ce thème de la jeunesse perdue et d'ultimes plaisirs érotiques auprès de beautés inanimées est celui des Belles endormies de Yasunari Kawabata, mais aussi des Mémoire de mes putains tristes de Gabriel Garcia Marquez et de Sleeping Beauty, le film de Julia Leigh.
Seul le film de la cinéaste australienne évoque la personnalité et la vie d'une jeune fille qui accepte (mal) de ne rien savoir de ce qui se passe pendant son sommeil. Les nouvelles des deux écrivains, japonais et colombien (tous les deux lauréats du Prix Nobel de littérature), donnent la parole à ces hommes malades de leur vieillesse. Des univers érotiques, étranges et tristes, où la grâce féminine ne parvient pas à calmer la honte et les angoisses de ces messieurs.



lundi 5 décembre 2011

Éloge du noir

Éditions Ludion, 2011, 192 pages.
My dear bomb est une autobiographie aussi originale que son auteur, le couturier japonais Yohji Yamamoto. Elle a été publiée à un moment critique de sa vie, en 2010, alors que sa société était en difficulté et où il envisageait d'arrêter sa carrière (finalement non). Elle rassemble, pêle-mêle (voire de façon un peu décousue !), des récits (son enfance, son père mort à la guerre, sa mère couturière, son fils), des moments décisifs ou anecdotiques, sa façon de voir la vie, de créer des vêtements, ses collaborations avec d'autres artistes : Pina Bausch, Takeshi Kitano, Heiner Müller... mais aussi des croquis, des photos, des textes de chansons, une lettre de son ami Win Wenders (qui a réalisé le documentaire "Carnet de notes sur vêtements et villes" sur son travail)...
Éditions Verdier, 2011, 96 pages.
Enfin, un texte du professeur Seigow Matsuoka, spécialiste de la culture et de la société japonaise, révèle ce qu'il y a de traditionnellement japonais dans l'esthétique d'un créateur aussi avant-gardiste que Yamamoto et notamment son utilisation du noir. Le couturier travaille, en effet, le noir à la façon des bols du céramiste Oribe : jamais figé, toujours en évolution.
À rapprocher de L'éloge de l'ombre de l'écrivain Junichiro Tanizaki, l'essai culte sur l'esthétique et la culture japonaises traditionnelles, qui vient d'être réédité.

samedi 26 novembre 2011

Miscellanées millénaires

Si j'ai un livre de chevet, ce sont justement les Notes de chevet
de Sei Shônagon. Il s'agit d'un recueil de textes d'une femme de lettres et d'esprit de la Cour impériale japonaise des années 1000. Au fil du pinceau, elle écrit ses pensées pêle-mêle : poèmes, courts récits, listes de choses... qui gagnent
à être peintes, qui émeuvent profondément, qui paraissent pitoyables, qui donnent une impression de chaleur, qui font honte, sans valeur, embarrassantes, qui emplissent l'âme de tristesse, qui distraient dans les moments d'ennui... et mille détails des choses du monde.
Avec délectation, je me replonge régulièrement dans cette ambiance raffinée de l'époque Heian (qui signifie paix) à Kyoto, où les nobles passaient du bon temps temps et profitaient des plaisirs de la vie : manger, boire du saké, contempler la nature, écouter de la musique, s'envoyer des poèmes et des mots d'esprit par messager, quand le téléphone portable n'existait pas.
Bref, comme aujourd'hui... ou presque.

Éditions Gallimard, Première parution en 1966, Traduit du japonais par André Beaujard, Collection Connaissance de l'Orient, n° 5, Série Japonaise, 378 pages. 

jeudi 24 novembre 2011

Bouquiner, dit-elle

L'édition chinoise.
"En matière de livres, il y a mille approches, mille accroches : un auteur, un pays, une rencontre, un genre, des circonstances, un format, une humeur, une saison, une maison, etc. Tant de choses. Tout est prétexte. Rien n'est indifférent."
Personnellement, j'ai trouvé ce livre d'Anne François en cherchant Franzen dans les rayonnages de la bibliothèque. Et je suis tombée par hasard sur ce titre, Bouquiner, et ce sous-titre encore plus amusant : Autobiobibliographie. Cet essai passionnant et personnel d'une grande lectrice, présenté en une multitude de brefs chapitres, fait réfléchir à notre propre façon de vivre la lecture. Car nos manies et nos goûts en matières de livres en disent long sur notre propre vie, pas seulement de lecteur.

Éditions Points n° 1045, 2002, 224 pages.

samedi 12 novembre 2011

David Vann, je suis fan

L'édition espagnole.
Sukkwan Island a été écrit avant Désolations par David Vann (voir chronique ci-dessous). Encore un suspens terrible qui force à poursuivre la lecture. Encore l'univers glacial de l'Alaska : sa nature sauvage et hostile. Encore une cabane sur une île déserte. Encore des rapports familiaux tendus à l'extrême jusqu'au drame. On retrouve aussi des prénoms (Jim, Rhoda) et le métier de dentiste de l'un des personnages, comme un lien entre les deux romans (qui portent tous les deux des noms d'îles dans leur version originale). Bref, c'est toujours aussi monstrueux, mais efficace !

Éditions Gallmeister, 2011, 208 pages.


mercredi 9 novembre 2011

Désolant, mais réjouissant

On peut dire qu'il y a un climat dans ce roman ! Le titre original est Caribou Island. Le titre français est Désolations (au pluriel, tant qu'à faire). Rien à voir, mais bien plus proche de l'histoire de David Vann qui, en plus, se déroule en Alaska. Brrrr... Rien qui ne m'aurait a priori attirée. Or, on m'a offert et recommandé ce livre. Je m'y attaque avec appréhension.
Dès la première page, le climat s'installe : une mère raconte à sa fille comment elle a trouvé sa propre mère pendue. Ça commence bien.
La suite est tendue : la construction d'une cabane sur une île — une activité qui devrait être sympathique — s'engage dans une atmosphère glaciale. Comment peut-on s'entêter à ce point et pourquoi ? Impossible de lâcher ce livre désolant, au suspens réjouissant. Les histoires de plusieurs couples s'emmêlent et s'en mêlent. Ça sent les dérapages pas du tout contrôlés. Au contraire, on dirait que tout le monde fonce dans le mur. Même la météo s'y met : c'est l'été, mais le froid est précoce (on est quand même en Alaska). Une tempête se lève. Bref, il y a un climat dans ce roman de Désolations tout à fait glaçant et jubilatoire !

Éditions Gallmeister, 2011, 304 pages.

mercredi 2 novembre 2011

Regarde d'où tu viens

Encore une pièce de théâtre (voir chronique ci-dessous) qui donne envie de lire l'œuvre : Quartier lointain. La manga de Jirô Taniguchi a été mise en scène par Dorian Rossel. Belle réussite de transposition, d'autant que l'histoire est fascinante : un homme de 48 ans se retrouve dans la peau du garçon de 14 ans qu'il a été. Le procédé fantastique du voyage dans le temps permet un retour sur son adolescence et l'histoire de ses parents, notamment la disparition de son père. Sa réflexion sur ce départ inexpliqué l'aide à comprendre et "réparer" son passé. Passionnant et universel.
Et même si je connaissais l'histoire (ayant vu la pièce), la manga — subtile et tendre — m'a captivée*. Située au Japon, elle est universelle et me rappelle le proverbe africain : Quand tu ne sais plus où tu vas, retourne-toi et regarde d'où tu viens.

*La préface de la manga est écrite par Sam Garbarski, réalisateur belge qui a adapté l'histoire à l'écran et l'a transposée dans la France de la fin des années 60. Décidément, elle inspire ! 

Éditions Casterman, 2006, 410 pages.

lundi 31 octobre 2011

Inconsolable Louise

Un spectacle de théâtre "Madame de... Vilmorin" de Annick Le Goff, interprété par Coralie Seyrig, m'a donné envie d'en savoir plus sur la femme de lettres Louise de Vilmorin dont j'ignorais tout et dont le nom m'évoquait plutôt le marchand de graines ! 
La biographie de Françoise Wagener, Je suis née inconsolable, est plus que partisane et passionnée. Mais, très détaillée, elle donne un bel aperçu de ce que fut cette dame et sa place privilégiée dans le monde des arts et des lettres, et de la haute société de l'époque, c'est-à-dire des années 50 et 60. Mondaine, femme de goût, séductrice compulsive, elle charmait tout le monde avec son art de la conversation, de la fantaisie, de l'élégance... Romancière, poète, épistolière, scénariste, elle avait pour amis (et parfois fiancés) Antoine de Saint-Exupéry, Jean Cocteau, Roger Nimier, Jean Hugo, Orson Welles, André Malraux...
Inconsolable ? peut-être parce que, comme elle l'écrivait elle-même, "beaucoup d'amants, c'est beaucoup de malchance".
Quant à sa devise, pour le moins originale et désespérée, gravée sur sa tombe : "Au secours !"

Éditions Albin Michel, 2008, 560 pages.

vendredi 14 octobre 2011

J'aime les histoires d'amour

Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'aime les histoires d'amour.
En voilà deux lues pendant l'été. Je fais une exception dans ce blog car les styles de ces deux livres ne m'ont pas emballée, mais les histoires sont belles.
La vie d'une autre de Frédérique Deghelt est l'histoire de Marie, qui se retrouve subitement amnésique : elle se réveille un matin épouse et mère de famille alors qu'elle s'était endormie la veille au soir célibataire avec un jeune homme fraîchement rencontré. Que signifie cet énorme refoulement ?
Un film est en préparation avec Sylvie Testud à la réalisation et Juliette Binoche dans le rôle de Marie. Il devrait sortir en décembre.
Quant à La délicatesse de David Foenkinos, c'est le triomphe de l'amour et l'apologie de la bienveillance et de la simplicité : parce qu'il n'y a pas que les beaux types brillants qui pourraient séduire de belles femmes intelligentes... J'en ai un peu trop dit, là, non ?

jeudi 13 octobre 2011

Encore une histoire d'amour improbable

Quand on aime, on ne s'arrête pas... de lire Katarina Mazetti. Encore elle ! Oui. (lire l'autre chronique) D'ailleurs, un de mes fidèles lecteurs a découvert l'auteur suédoise grâce à ce blog et a ensuite acheté tous les livres qu'il trouvait d'elle et c'est lui qui me fournit. Voici encore deux autres romans : Entre le chaperon rouge et le loup, c'est fini et Les larmes de Tarzan. Le premier est l'histoire d'une adolescente qui découvre la vie et les loups (en même temps qu'elle a vu le loup). Il m'a semblé un peu brouillon, avec un parler ado un brin crispant, mais c'est une belle fable.
J'ai nettement préféré Les larmes de Tarzan qui fonctionne comme l'excellent Mec de la tombe d'à côté : les personnages prennent la parole à tour de rôle. Mariana, presque mère célibataire puisque son mari foldingue a disparu, se bat pour joindre les deux bouts avec ses deux enfants. Heureusement, elle est pleine d'idées pour épater la galerie. Elle va même attirer l'attention d'un jeune cadre dynamique et plein aux as qui s'ennuie avec ses jeunes et jolies conquêtes pas vraiment habitées. Mais Mariana ne veut pas jouer les Pretty Woman à la suédoise et attend son mari évaporé qu'elle aime toujours...
Encore une histoire d'amour improbable qui se fraie un chemin entre obstacles et rebondissements !

Éditions Actes Sud, 
Collection Babel n° 986 et 1064.

Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou

Cet été sur France Inter, j'ai écouté une émission avec Gérard Garouste, peut-être une rediffusion. J'avais déjà été sidérée de la façon plutôt tranquille dont il parlait des sujets douloureux de sa vie : la violence de son père et ses activités de collaborateur pendant la guerre, ses secrets de famille, sa folie...
Il avait l'air de tout assumer, probablement grâce à l'analyse : "Mot par mot, il m'a fallu démonter cette grande duperie que fut mon éducation". Cette façon tranquille n'est qu'une apparence, bien sûr, qui cache une lutte permanente. D'ailleurs, son livre autobiographique est intitulé L'intranquille, bien que d'un style tout aussi calme et lucide.
Cet Autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, écrit avec Judith Perrignon, aborde aussi des sujets magnifiques comme sa peinture, sa rencontre avec Leo Castelli, son apprentissage de l'hébreu, sa fondation La Source, et surtout sa belle histoire d'amour avec Élisabeth...
Des confessions pudiques où il transmet "ce qu'il a compris". Passionnant.

Éditions Le Livre de poche, Collection Littérature & Documents, 2011, 
160 pages.

mercredi 28 septembre 2011

Sexe, drogues et punkitude

Je dois dire que je suis assez fière de la notoriété de mon blog au bout d'une seule année d'existence : depuis quelque temps, les maisons d'éditions m'envoient régulièrement leurs communiqués sur les prochaines parutions. Un livre a attiré mon attention : la réédition de Paradoxia, Journal d'une prédatrice de Lydia Lunch, qui avait déjà été publié à la Musardine, spécialisée en littérature érotique. Je me suis dit : mettons un peu de piment dans L'avis Textuel...
La préface est de Virginie Despentes et quelque chose me disait que ce ne serait pas de l'érotisme à l'eau de rose. En effet, Lydia Lunch (c'est un pseudo) n'y va pas avec le dos de la cuiller.
Et pour cause ! On se demande parfois pourquoi les autres sont parfois si différents de nous, mais notre chanteuse punk (peut-être plus connue sur les scènes underground) nous donne rapidement une raison : "New York ne m'a pas corrompue. J'y suis allée parce que je l'étais déjà. Dès l'âge de 6 ans, mes tendances sexuelles étaient encouragées par un père qui n'avait aucun contrôle sur ses fantasmes, ses penchants ou ses pulsions criminelles".
Je vous aurais prévenus : c'est trash, version hard. Mais son récit aide à comprendre comment on peut devenir ainsi.

Éditions Au Diable Vauvert, 2011, 238 pages.

mardi 27 septembre 2011

La belle vie à New York

Dans la série des "catastrophes", j'ai été servie cet été ! Après le tremblement de terre à Haïti, avec Dany Laferrière (voir ci-dessous), je me suis lancée dans la lecture de La belle vie de Jay McInerney. De cet auteur américain, j'ai déjà parlé aussi, pour dire le plus grand bien de Moi tout craché (voir ma chronique). Dans le roman La belle vie, nous côtoyons des New-yorkais avant, pendant et après le 11 septembre 2001. Comment ils réagissent face à des événements aussi radicaux : est-ce que la vie peut continuer comme avant ? Quelles questions cela soulève au sein du couple, de la famille ? Qu'est-ce qui explose ? Qu'est-ce qui se consolide ? C'est passionnant.
J'ai lu ce livre juste avant le 11 septembre 2011. Je trouvais que c'était le bon moment, la bonne distance, surtout après un voyage dans cette ville en mai, où, dix ans plus tard, le site de Ground Zero, en pleine reconstruction, m'a semblé plein d'énergie et d'optimisme.

Éditions de l'Olivier, 2007, 432 pages.

Stupeur et tremblements

Tout bouge autour de moi est le dernier livre de Dany Laferrière (un auteur que j'apprécie beaucoup et dont j'ai déjà évoqué l'œuvre). Il a écrit ce récit sur le tremblement de terre du 12 janvier 2010 à Haïti dans son style le plus pur, c'est-à-dire celui que j'aime. Pas de pathos, pas d'ostentation. Sobriété, sensibilité.
Il se trouve qu'il était à Port-au-Prince quand la terre a tremblé et il nous raconte son point de vue sur l'événement, et surtout sur Haïti.
Du coup, on ne peut pas s'empêcher de penser à d'autres pays où la stupeur et les tremblements sont quasi quotidiens : le Japon notamment. Et je pensais aussi à ma famille de Lorca, en Espagne, qui a été bien secouée le 11 mai 2011...

Éditions Grasset, 2011, 192 pages.

jeudi 18 août 2011

La vie est triste et le désir une fin

On m'a offert ce livre de Patrick Lapeyre pour le titre : La vie est brève et le désir sans fin. Tout un roman. Comme quoi, dans une librairie, souvent, on achète un livre parce que le titre nous parle déjà, parce que la couverture est jolie ou parce que l'éditeur est sérieux, en l'occurrence P.O.L.
Le roman a reçu le Prix Fémina, ça aide aussi à choisir.

Au début, j'ai eu du mal à accrocher à l'histoire : deux doubles vies imbriquées, c'est-à-dire un homme et une femme qui en trompent deux autres. Si encore les histoires d'amour se passaient dans la joie et la bonne humeur, mais non, aucun des personnages n'est heureux mais ils poursuivent quand même, portés par un désir plus fort. Le titre pourrait être plus explicite sous cette forme : La vie est triste et le désir une fin. C'est un peu déprimant, je vous préviens.
Ce qui rend le roman intéressant, c'est bien sûr le style délicat : des métaphores surprenantes, donc amusantes, et une certaine distance qui traduit bien la mélancolie et le fatalisme des narrateurs. Les dialogues aussi sont très justes. Et voilà comment on arrive à la fin du roman, dans une légèreté ouatée et engourdie. Finalement, la poésie va bien au spleen.

Éditions P.O.L, 2010, 352 pages. 

mardi 9 août 2011

Livres en randonnée

Faute de partir en randonnée à cause des chaleurs excessives de l'été, ce sont les livres qui se baladent et sortent librement des bibliothèques. C'est le principe de Livres en randonnée, comme celui de Passe-Livre ou BookCrossing ou celui de Lire à la plage.
Cet été, à Vaison-la-Romaine, comme ailleurs dans le monde, des livres sont mis à la disposition des passants, en divers points de la ville, dans la rue, sur un banc ou un muret. Une petite étiquette indique le mode d'emploi : on emprunte, on lit, on remet en circulation l'ouvrage et on le fait voyager.
Plutôt que de jeter ses livres, autant en faire profiter des vacanciers oisifs... L'initiative est belle mais j'ai eu du mal à trouver un titre intéressant jusqu'à ce que je tombe sur Le journal d'une femme de chambre d'Octave Mirbeau.
Et voilà comment "La femme de chambre", rencontrée près d'une fontaine de la vieille ville de Vaison, trouvera peut-être un nouvel emploi sur la plage des Catalans à Marseille, à moins qu'une copine la recueille quelques jours chez elle avant de la confier à quelqu'un d'autre...

dimanche 7 août 2011

L'écrivain analphabète

Agota Kristof, écrivain hongroise, est décédée le 27 juillet 2011, dans son pays d'exil, la Suisse.
La vie de cette femme a été marquée par la lecture, l'écriture, les langues... à contre-cœur parfois.
Alors qu'elle sait lire en hongrois à l'âge de quatre ans, le russe devient la langue officielle après la guerre dans son pays, qu'elle fuit à 21 ans avec son mari et son bébé. Réfugiés en Suisse, il faut apprendre encore une autre langue, le français, qui sera celle de son écriture.

Éditions Zoé, 2004, 60 pages.
Dans son récit autobiographique L'analphabète, elle raconte ces années d'enfance, d'adolescence et d'exil qui la coupera à jamais de son pays et surtout de sa famille. Elle raconte que, sur le groupe qui fuit clandestinement la Hongrie occupée, beaucoup ne supporteront pas cette fausse liberté, déracinés, coupés à vie de leurs racines et des leurs. Les autres survivent, dans le déchirement et la solitude qui empêchent à jamais le bonheur.
La lecture de la trilogie — qui commence par Le grand cahier, se poursuit par La preuve et se termine par Le troisième mensonge — a été un véritable choc. L'univers est effrayant : noir, cinglant (cinglé aussi), cru, politiquement incorrect.
Éditions Points, 2014, 192 pages.
Si vos vacances sont gâchées par le mauvais temps ou un quelconque contretemps, le sombre destin d'Agota Kristof vous permettra de relativiser...

Éditions Points, 1995, 192 pages.

mardi 19 juillet 2011

Une inquiétante étrangeté

Au fil de son œuvre, principalement des nouvelles et de courts romans, Yôko Ogawa, écrivain japonaise née en 1962, a créé un univers étrange et inquiétant.
Son écriture simple et réaliste nous fait lentement glisser vers des situations surréalistes et dérangeantes... des rencontres inattendues, des personnages ou des situations perverses, des modes de vie cachés, juste derrière cette porte ou dans cette maison apparemment abandonnée au bout d'une impasse.
Rien d'étonnant qu'elle se sente proche de Junichirô Tanizaki ou de Paul Auster.
On peut commencer à l'aborder par Les paupières ou le recueil comprenant La piscine, Les Abeilles et La grossesse.

Toute son œuvre parue en français est publiée aux éditions Actes Sud.

lundi 18 juillet 2011

Autobiographie, mode d'emploi

Après la lecture de Joyce Maynard (chronique précédente), j'ai envie de parler du genre autobiographique, un sujet qui me passionne.

En France, Philippe Lejeune est le grand spécialiste de l'écriture autobiographique. Il a passé toute sa carrière universitaire à la définir et l'étudier sous toutes ses formes : récits, lettres, journaux personnels... Il a publié divers essais : Le Pacte autobiographique, Signes de vie, Un journal à soi, Le journal intime (histoire et anthologie), Cher cahier, Cher écran (Journal personnel, ordinateur, Internet), Les brouillons de soi... Il s'est aussi bien intéressé aux œuvres littéraires d'écrivains reconnus qu'à celles des particuliers, notamment les diaristes qui seraient près de 8 % en France à tenir un journal ou prendre des notes sur leurs réflexions et impressions. D'ailleurs, les blogs, moyen d'expression personnelle par excellence, sont des formes dérivées des journaux intimes, directement publiables et interactifs.
Philippe Lejeune propose un site Internet, L'autopacte, très complet sur ces questions.
Il est co-fondateur de l'APA (association pour l'autobiographie et le patrimoine autobiographique) qui édite des publications spécialisées, organise des conférences et ateliers, collecte les journaux et récits autobiographiques, sauvegarde l'écriture en ligne, etc.
On peut donc confier à l'APA tous nos écrits personnels, disponibles ou non au public et aux chercheurs.

samedi 16 juillet 2011

Se retourner sur sa vie

Et devant moi, le monde est une autobiographie, un beau récit de vie doublé d'une analyse honnête sur un parcours de femme.
Joyce Maynard, journaliste et romancière américaine, s'est fait connaître, alors qu'elle était encore étudiante, en publiant, en 1972, un long article dans le New York Times Magazine sur sa génération : "Une fille de dix-huit ans se retourne sur sa vie" (l'article est repris à la fin du livre).
À l'époque, ce texte a un grand retentissement auprès des lecteurs. La jeune fille reçoit un courrier abondant, dont une lettre de l'écrivain culte J. D. Salinger qui sera le début d'une correspondance, puis d'une liaison. Un coin du voile est levé sur le mystérieux personnage, intègre mais misanthrope, qui a décidé de vivre reclus et finit par lui reprocher d'aimer le monde.
Un passage de sa postface résume bien son intention :

"Libérée de la peur de déplaire à un homme dont l'opinion a compté plus que tout autre à un moment donné, je me suis enfin sentie capable de parler avec franchise, non seulement de la partie de mon histoire qui concerne Jerry Salinger, mais des innombrables autres choses qui m'avaient amenée où j'en étais ce jour-là.
Pour l'essentiel, ce livre parle de la vie d'une femme, ainsi que de la honte et du secret."

Éditions Philippe Rey, 2010, 464 pages.

vendredi 1 juillet 2011

Les vaches et les enfants d'abord !

Après Le mec de la tombe d'à côté (voir ma chronique), notre allumée Suédoise, Katarina Mazetti, revient avec Le caveau de famille. On craint le pire, avec un titre pareil, et on n'en passe pas loin.
D'abord, on est contents parce que Benny et Désirée se retrouvent.
Ah ! une si belle passion ne pouvait pas s'arrêter aussi bêtement !
De rebondissement en rebondissement, l'histoire nous emporte dans le tourbillon du quotidien improbable entre le fermier et l'intellectuelle. Katarina Mazetti sait de quoi elle parle : elle a vécu vingt ans dans une ferme avec son mari et ses quatre enfants ! D'ailleurs, ça sent le vécu de l'élevage des vaches et de la condition féminine en milieu rural. Voilà un beau plaidoyer en faveur des paysans dont le travail n'est plus rentable et du quotidien des mères au foyer dont le travail ne se voit que lorsqu'il n'est pas fait...
Heureusement que l'amour et l'humour illuminent ce roman noir, parce qu'on ne sait plus s'il faut rire ou pleurer...
J'attends la suite. Je suis sûre que Le Caveau de famille n'est pas la fin. En tout cas, elle m'a laissée sur ma faim, comme le premier.
Allez Katarina, au boulot ! prends ton stylo et raconte-nous vite la suite !

Éditions Actes Sud, Collection Babel n° 1137, 2012, 272 pages.

mardi 21 juin 2011

Dans le dragon de Cortazar

Julio Cortazar, avec Épreuves, nous invite dans sa cuisine, c'est-à-dire dans sa Volkswagen rouge qui lui sert de bureau ambulant et qu'il a surnommé "le dragon Fafner". Ce court ouvrage est un livre sur "Livre de Manuel", que je n'ai pas lu, d'ailleurs, mais cela n'a aucune importance car le rapport à ce livre en particulier n'est qu'un prétexte. En effet, il évoque son travail de relecture et réécriture des épreuves, les bien nommées (en espagnol, on les appelle galeras, ce qui n'est pas mieux).
Le travail de création reste un mystère et j'espère toujours que les écrivains sauront, mieux que les peintres ou les musiciens, commenter la préparation, la maturation de leurs textes et leur élaboration jusqu'au point final.
En fait, Épreuves est une sorte de journal des vagabondages géographiques et littéraires d'un écrivain en exil — Argentin qui vit en Provence — et qui travaille à distance sur son œuvre et avec ses typographes argentins.
Il se trouve que je connais bien les paysages où il fait étape (Avignon, les Baux de Provence, Malaucène, Vaison-la-Romaine, les Dentelles de Montmirail...), ce qui me rend son journal encore plus familier.

Éditions de La Différence, Collection Les Voies du Sud, 1991.

lundi 6 juin 2011

C'est le lecteur qui fait le livre

Alberto Manguel a connu Jorge Luis Borges lorsqu'il était jeune homme, d'abord pour lui avoir vendu des livres alors qu'il travaillait dans une librairie de Buenos Aires, puis plus intimement pour lui avoir fait la lecture chez lui, alors qu'il était devenu aveugle. C'est donc un écrivain qui parle d'un autre écrivain, et surtout de sa vision des livres.
"Pour Borges, l'essentiel de la réalité se trouvait dans les livres ; lire des livres, écrire des livres, parler de livres."
Dans Chez Borges, on rencontre aussi des amis, comme Adolfo Bioy Casares et Silvina Ocampo. "Borges se définit moins comme l'ami des écrivains qu'il fréquente que comme leur lecteur, comme s'ils n'appartenaient pas à l'univers quotidien mais à celui de la bibliothèque."
Son monde était celui de la littérature, mais Borges se considérait comme "éminemment oubliable" et les grands absents de sa bibliothèque étaient ses propres livres. "Il y a des écrivains qui tentent de mettre le monde dans un livre. Il y en a d'autres, plus rares, pour qui le monde est un livre, un livre qu'ils tentent de lire pour eux-mêmes et pour les autres. Borges était de ceux-là", affirme Alberto Manguel.
"Après Borges, après la révélation du fait que c'est le lecteur qui donne leur vie et leur titre aux œuvres littéraires, la notion de littérature comme création exclusive de son auteur devient impossible."
J'aime bien l'idée que ce soit le lecteur qui fasse le livre.

Éditions Actes Sud, Collection Babel n° 683, 2005, 96 pages.

mardi 31 mai 2011

Je peux tout vous dire

Cécile Sales raconte son itinéraire de psychanalyste dans Vous êtes sale... je peux tout vous dire. Ce titre étrange lui a été inspiré par des paroles d'analysants, jouant sur son nom.
Elle évoque d'abord sa propre histoire, ses années d'enfance, d'adolescence et de jeune adulte, jusqu'à l'épreuve qui bouleverse sa vie et la dirige elle-même vers la psychanalyse. Elle raconte ensuite son expérience d'analyste lorsqu'elle passe de l'autre côté du divan ou du fauteuil. Enfin, elle retrace quatre cas de cures, qu'elle appelle "Histoires de séparation".
Elle ouvre une fenêtre vers la compréhension de cette pratique en rapportant la manière dont elle a exercé ce métier, avec ses réussites et ses échecs. C'est une démarche honnête et claire, mais qui ne donne pas forcément envie de s'engager dans une psychanalyse, quand on prend conscience de la durée d'une cure et des souffrances qu'elle soulève...
C'est simplement écrit et on lit ce livre comme un roman, le roman de la vie, avec ses bas et ses hauts. L'auteur parle de voyages à travers les autres. Elle conclut : "Oui, immobile et le plus souvent silencieuse, j'ai beaucoup voyagé".

Éditions du Félin, Collection Les marches du temps, 2010, 176 pages.

dimanche 15 mai 2011

Lectures sur le divan

Voilà un auteur aussi sympathique que singulier. Chez lui, aux États-Unis, il est considéré comme une star.
Irvin D. Yalom, psychiatre et écrivain, passionné de philosophie et de littérature russe, écrit dans plusieurs genres (romans, contes, essais) avec l'objectif d'apporter plus de liberté et de sérénité à ses lecteurs.
Mensonges sur le divan est un roman dont David Lodge a dit qu'il est
« captivant, spirituel et extrêmement amusant ». Je suis bien d'accord avec lui, d'autant que leurs styles et leurs humours me semblent proches.
La malédiction du chat hongrois est une série de contes de psychothérapie.
Thérapie existentielle est un essai où il aborde les quatre enjeux ultimes de l'existence qui reviennent le plus souvent sur le tapis (enfin, sur le divan) en psychothérapie : la fatalité de la mort, la solitude, l'angoisse de la liberté et le sens de la vie.
À lire confortablement allongé sur un divan.


mercredi 27 avril 2011

D'où vient ce désir ardent ?

Wim Wenders a réussi a faire revivre l'esprit de Pina Bausch et la magie de ses spectacles dans le sublime film qui rend hommage à son amie, la chorégraphe magicienne, qui ne pensait qu'à "danser, danser... sinon nous sommes perdus".
Tout n'est que beauté et pures émotions : tendresse, tensions, légèreté, désespoir, grâce, joie...
Une de ses danseuses évoque les questions qui la hantaient, comme :
"À quoi aspirons-nous ? D'où vient ce désir ardent ?"
Sa quête : une recherche perpétuelle, perfectionniste, et qui nous remue au plus profond.

Le Nouveau Monde avec un autre soi-même

Avant de voyager dans un nouveau pays, j'aime bien l'aborder par la littérature.
Avant d'aller à l'île Rodrigues,
j'ai lu Le Clézio : Voyage à Rodrigues.
Avant d'aller au Japon, j'ai lu Tanizaki et Kawabata, mes auteurs japonais préférés.
Et avant d'aller à New York,
je visite les lieux mythiques —
la statue de la Liberté, le Pont de Brooklyn, Greenwich Village,
la Cinquième Avenue, Central Park...— en compagnie de monuments de la littérature chers à mon cœur (Paul Auster, Jay McInerney, Franz Kafka, Henry James, William Irish, John Dos Passos, Truman Capote, Louis-Ferdinand Céline, Tennessee Williams, Isaac B. Singer...) en attendant de les voir de mes propres yeux en compagnie de mon alter ego.
Une histoire de l'autre monde !

jeudi 14 avril 2011

Cultiver son bonheur

Je poursuis sur le thème de ma chronique précédente avec un passage du récit autobiographique de l'Américaine Elizabeth Gilbert, "Mange, Prie, Aime", qui est très plaisant à lire, bien que son style ne m'épate pas.

"Je ne cesse de me remémorer un des enseignements de mon guru à propos du bonheur. Elle dit que les gens, universellement, ont tendance à penser que le bonheur est un coup de chance, un état qui leur tombera peut-être dessus sans crier gare, comme le beau temps. Mais le bonheur ne marche pas ainsi. Il est la conséquence d'un effort personnel. On se bat, on lutte pour le trouver, on le traque, et même parfois jusqu'au bout du monde. Chacun doit s'activer pour faire advenir les manifestations de sa grâce. Et une fois qu'on atteint cet état de bonheur, on doit le faire perdurer sans jamais céder à la négligence, on doit fournir un formidable effort et nager sans relâche dans ce bonheur, toujours plus haut, pour flotter sur ses crêtes. Sinon ce contentement acquis s'échappera de vous, goutte à goutte."

Elle raconte également une anecdote sur l'expression italienne "Ciao !" qui viendrait d'une formule de politesse en usage à Venise au Moyen-Âge. Les Vénitiens, raffinés mais excessifs, se lançaient des : "Sono il tuo schiavo !" qui signifie : "Je suis ton esclave !"
Bon, alors... au revoir, salut, à bientôt ! 

Éditions Le Livre de poche, 2009, 512 pages (éditeur d'origine Calmann-Lévy).

mardi 5 avril 2011

J'ai toujours rêvé d'être un raté

Samuel Benchetrit s'intéresse aux paumés, aux ratés, aux ringards, aux enquiquineurs en tous genres...
J'avais adoré son film en noir et blanc, J'ai toujours rêvé d'être un gangster, avec ce jeune braqueur complètement braque et ces gangsters vétérans et nostalgiques... Une belle brochette d'acteurs (Edouard Baer, Anna Mouglalis, Jean Rochefort, Laurent Terzieff, Jean-Pierre Kalfon...) et de chanteurs, puisque Bashung et Arno y font une apparition délirante.
Dans Récit d'un branleur, son premier roman (sorti en 2000), une ribambelle de situations foutraques et de types lourdingues pompent l'air du lamentable Roman Stern. Il est consternant à force de tout rater : son travail, sa femme, sa famille et même son caniche qui lui préfère son copain... Enfin, je ne vais pas le plaindre : il l'a bien cherché et il ne fait rien pour arranger son cas.

Éditions Pocket, 2004, 192 pages. 

samedi 26 mars 2011

Mémoires truculentes d'un bagnard

Voici la quatrième de couverture du Bagnard, Mémoires et aventures curieuses du Sieur Lardeyret, Récit authentique du XVIIIe siècle, que je me permets de reprendre in extenso vu que je l'ai rédigée.

Dans un style vivant et plein d'humour, voici les truculentes et véritables aventures de celui qui défraya la chronique dans la France entière des années 1830.
Bandit de grand chemin, sans foi ni loi, évadé des galères de Toulon, déserteur, usurpateur d'identité... Gabriel Lardeyret était sans cesse en cavale pour échapper à ses poursuivants.
De sa région d'origine (les Basses-Alpes, à l'époque), jusqu'en Bretagne, en passant par Paris, Lyon, et même l'Espagne, il vivra de larcins, allant jusqu'à escroquer sa propre famille et ses « amis » !
Ce livre est la réédition du récit de sa vie scandaleuse, poignante et pleine de rebondissements, telle qu'il la raconte en 1839 dans sa cellule de la prison de Digne, avant d'être jugé pour un crime qu'il n'a pas commis...

Éditions Desbaumes, 2010, 166 pages.

lundi 21 mars 2011

Le poids des camélias

" J'aimerais mourir comme tsubaki. Tsubaki, c'est le nom du camélia en japonais." Tsubaki, c'est aussi le titre du premier livre de la série Le poids des secrets de la Japonaise Aki Shimazaki qui vit à Montréal et qui écrit en français. Sur fond de guerre et de bombe sur Nagasaki, ce sont surtout le choc et les drames intimes d'une famille — avec ses histoires secrètes, ses mensonges et les tabous d'une société anciennequi sont si poétiquement retournés et remis en place comme les pièces d'un puzzle. Chacun des cinq petits livres (qu'on peut lire dans n'importe quel ordre) met en lumière un personnage et sa zone d'ombre. On ne peut pas les lâcher avant d'avoir terminé.
Un style d'une grande subtilité et un savant enchevêtrement des histoires.


Toute l'œuvre d'Aki Shimazaki est publiée par Leméac/Actes Sud.


vendredi 11 mars 2011

Partons en voyage !

MariR (qui devrait créer un blog des bons plans à Marseille) nous a donné une belle idée : aller voir Le voyage de Penazar, un spectacle du Théâtre Massalia à La Cartonnerie.
Une belle performance d'actrice de Catherine Germain, avec une gestuelle exquise, un costume superbe et un décor sobre. Elle rend son masque plus vivant que nature. C'est surtout une belle histoire écrite par François Cervantes. Une histoire qui "rappelle que l'éternel n'est pas durable et que le monde des légendes cherche à entrer en contact avec nous pour nous dire quelque chose." En ce qui me concerne, la légende m'a dit que c'était une bonne idée de partir en voyage...
Jusqu'au 26 mars 2011, prenez un billet (7 euros, pourquoi s'en priver ?) pour Le voyage de Penazar ! Et où vous voulez, près d'ici ou là-bas...

samedi 26 février 2011

Quand le passé ne passe pas

J'ai du mal à croire que c'est le même Robert Goolrick qui a écrit Féroces et Une femme simple et honnête tellement les styles n'ont rien à voir (voir chronique ci-dessous). Alors que Féroces est un roman à la première personne au goût autobiographique, réel, acéré, contemporain, le deuxième est un roman classique avec des personnages invraisemblables qui se débattent dans le Wisconsin glacé des années 1907.
Rien à voir.
Bien que j'aie préféré le style caustique de Féroces, je n'ai pas pu lâcher Une femme simple et honnête. D'ailleurs, aucun des personnages n'est simple et honnête. Il y a une tension et un suspense dans leurs interactions, à la poursuite d'une revanche ou d'une rédemption. Tellement blessés par le passé, enfermés dans leurs secrets, qu'ils sont incapables de saisir le bonheur qui se présente, parce qu'ils cherchent une chose et qu'une autre arrive. Et là, je vois le rapport avec Féroces.
Cela me rappelle le texte de Stig Dagerman : Notre besoin de consolation est impossible à rassasier. Pourquoi certains acceptent et pardonnent quand d'autres ne remontent jamais la pente ?

Éditions Anne Carrière, 2009, 416 pages.

Voir aussi mes chroniques sur :
- Féroces
- La chute des princes.