mercredi 16 octobre 2019

L'édition racontée aux enfants

Pour fêter ses 10 ans de création, la maison d'édition Hélium explique aux enfants, avec un livre animé original, ce qu'est une maison d'édition et toute la chaîne du livre : comment on crée, fabrique et vend un livre, des manuscrits jusqu'aux dédicaces en librairie.
L'objet a pour titre Bienvenue dans ma maison d'édition. Il se présente sous la forme d'une grande enveloppe qui se déplie et se transforme en maison (d'édition) avec ses différents étages et bureaux, que l'on peut suspendre.
Il est dessiné par Didier Cornille, qui a déjà publié de nombreux livres chez Hélium (dont Asseyez-vous et Toutes les maisons sont dans la nature). Il est écrit par l'éditrice Sophie Strady
Dix mini livres complètent la visite avec un exemple de livre pour enfants, les explications pour fabriquer son propre livre, le guide des métiers (auteur, éditrice, graphiste...), un dico des héros pour s'inspirer et inventer son histoire, le métier de correcteur.trice, les grands principes de la typo, des débuts pour écrire la suite de contes, les mots qui décrivent un livre,
Instructif, précis, joli et ludique.
À partir de 6 ans.

Éditions Hélium, 2019, décor en carton en forme d'enveloppe et 10 livrets.

mercredi 9 octobre 2019

L'élégante étrangeté d'Edward Gorey

Une anthologie, c'est son titre, tout simplement, d'Edward Gorey rassemble, pour la première fois en France, les meilleures œuvres de l'écrivain-dessinateur américain parmi la centaine qu'il a publiée.
Il s'agit de 5 recueils présentés dans leur ordre de parution, de 1961 à 1977 : L'Enfant guigne, Les Enfants fichus, L'Aile ouest, Total Zoo, Le Couple détestable.
Où l'on explore l'univers d'Edward Gorey (1925-2000), insolite et bizarre, gothique, sombre et mystique, étrange et beau, tendre et monstrueux, comme l'absurdité de la vie et de la mort, peuplé de fantômes, d'animaux imaginaires, d'effroyables destins d'enfants, avec des dessins à la plume, extrêmement détaillés.
On devine l'influence de l'œuvre de cet artiste excentrique sur celle du cinéaste Tim Burton qui le considère comme son maître.
Cet élégant album fait partie des livres "ovnis" publiés par Le Tripode, qui ne ressemblent à rien de connu, alliant littérature et images, magnifiques.

Éditions Le Tripode, 2019, 16, 5 x 17,5 cm, 176 pages.

mercredi 2 octobre 2019

Le dico qui a la langue qui fourche

Il y a des mots compliqués (ou pas), difficiles à prononcer (ou pas), qui font fourcher la langue et sont littéralement déformés, martyrisés, rejetés...
Heureusement, Yan Lindingre (dont le nom subit peut-être aussi des dérapages) les a élevés au rang d'art brut, digne d'un dictionnaire : Le Gros Robert illustré.
Ils ne sont ni lapsus, ni calembours, ni contrepets, ni mots-valises. Ce sont, dit l'auteur :
Des mots partis en embardée parce qu'irrémédiablement aimantés par un faux-semblant. Le patronyme va s'encastrer dans le paronyme.
Autant Le Petit Robert est gros, autant Le Gros Robert est léger, malgré ses 400 références et citations.
On se demande d'ailleurs où Lindingre a entendu tout ça. Certains mots-dérapés sont connus, nous les avons tous encaissés en nous vrillant l'oreille, comme infractus ou aréoport, mais tous les autres ?
Je soupçonne l'auteur, en bon scénariste et dessinateur humoristique, de s'être amusé à en créer spécialement, et c'est tout à son honneur car il fallait les trouver et ils sont drôles ! L'excellent concept, poussé à son paroxysme, finit par embrouiller et on cherche parfois quel est le mot d'origine.

Éditions Rouquemoute, 2019, 12 x 17 cm, 68 pages avec 40 dessins de l'auteur.

samedi 28 septembre 2019

Les bienfaits des arbres vous intéressent ?

Bien sûr que cela nous intéresse !
Nous avons tous ressenti le bien-être si particulier que procurent une sortie dans la nature ou la simple contemplation des fleurs et des arbres dans un jardin.
À quoi est-il dû ? au grand air ? au calme des lieux ? au moment de détente, voire d'exercice, que l'on s'accorde alors, au fait que l'on se déconnecte de toute routine pour se reconnecter à un lien perdu mais essentiel ?
Sans doute à tout cela à la fois, et à bien plus encore, puisque tous les mystères de la nature n'ont pas encore été élucidés, loin de là. Ces dernières années, de nombreuses études scientifiques ont démontré le caractère bienfaisant de la nature sur les humains, et ont commencé à en expliqué les raisons.
Pour tout savoir sur la question et profiter des bienfaits de la nature, suivez ce guide !

Ressentir les bienfaits des arbres, hors-série Ça m'intéresse, Marie Martinez, 16,5 x 22 cm, 2019, 208 pages.

Voir aussi mes autres ouvrages sur le même thème :
- Quand les arbres nous inspirent, éditions Géo, photos couleurs, 23 x 32 cm, 224 pages.
- Le pouvoir extraordinaire des arbres. Ce qu'ils nous apportent, hors-série Géo, photos couleurs, 19,5 x 27 cm, 2019, 144 pages.
- Se ressourcer toute l'année avec les arbres, éditions Prat Prisma, 2019, 15,5 x 21 cm, photos couleurs, 224 pages.
- Ateliers Bains de forêt, éditions ESF, 2019, 17 x 22 cm, 128 pages.

Plonger dans les bains de forêt

Le B. A. ba des bains de forêt pour connaître l'essentiel du principe, les bienfaits de la sylvothérapie, comment s'y prendre et des programmes spécifiques pour se reconnecter avec la nature.
Tout le mode d'emploi selon son état et si on est avec des enfants, ou au travail à la maison, en ville, fatigué ou stressé, ou si on manque de temps. Ou tout cela à la fois !
La nature nous ressource et nous apaise.

Ateliers Bains de forêt, Marie Martinez, éditions ESF, 2019, 17 x 22 cm, 128 pages. 

Voir aussi mes autres ouvrages sur le même thème :
- Quand les arbres nous inspirent, éditions Géo, photos couleurs, 23 x 32 cm, 224 pages.
- Le pouvoir extraordinaire des arbres. Ce qu'ils nous apportent, hors-série Géo, photos couleurs, 19,5 x 27 cm, 2019, 144 pages.
- Se ressourcer toute l'année avec les arbres, éditions Prat Prisma, 2019, 15,5 x 21 cm, photos couleurs, 224 pages.
- Ressentir les bienfaits des arbres, hors-série Ça m'intéresse, 16,5 x 22 cm, 2019, 208 pages.

mercredi 25 septembre 2019

Délicieuse rébellion

Quand un grand chef étoilé, Olivier Roellinger, prend fait et causes pour la bonne nourriture (en opposition à la malbouffe industrielle, évidemment), cela donne un livre manifeste : Pour une révolution délicieuse.
Il emprunte à Alice Waters, l'ambassadrice du Slow Food en Amérique du Nord, l'expression de "révolution délicieuse".
J'aimerais contribuer à sortir ce trésor de l'humanité qu'est la nourriture des griffes des industriels et du repli sur soi.
La nourriture est à la fois notre première médecine préventive, notre héritage et notre culture.
Ce livre prône l'amour de la cuisine et la cuisine faite avec amour, et va plus loin : c'est également un plaidoyer pour une agriculture plus écologique et sociale, puisque, en plus de détruire notre santé et la planète, les produits alimentaires fabriqués et issus de l'industrie agrochimique sont chers ! Ce qui est une aberration totale, morale et politique.
Ces marchands tuent le vivant, les plantes, la terre, la mer, tout l'environnement, ainsi que les petits paysans qui veulent rester indépendants (et produire du bon), donc l'humain.
Où l'on apprend, entre autres, l'histoire du sucre qui non seulement est liée à celle de l'esclavage mais résulte d'un lobbying d'État pour en faire consommer en masse, quitte à en ajouter partout et à tripler les doses dans les recettes !
Il est faux de dire que nous n'avons pas le temps de cuisiner : nous en sommes persuadés par le marketing qui n'en a que pour notre porte-monnaie.
Il faut donc revenir au plaisir de faire soi-même, de choisir de bons produits, de prendre le temps nécessaire à ces choses essentielles qui font également plaisir à ceux que nous aimons. En plus, cela devient un acte de résistance.
Un livre qui fait du bien, enthousiasmant, pour une transition alimentaire, une révolution dans nos assiettes, à grands coups de fourchettes, fouets et casseroles !

Éditions Fayard, 2019, 208 pages.
Les droits d'auteurs de cet ouvrage seront entièrement reversés à l'ONG Ethic Ocean pour la préservation des ressources halieutiques.

lundi 23 septembre 2019

Tout l'univers de Paul Cox

Sarah Mattera, historienne de l'art qui dirige un centre d'initiation à l'art pour les enfants, propose une Conversation avec Paul Cox.
Cette rencontre donne lieu à un superbe et passionnant livre-objet, illustré évidemment, qui raconte les origines du peintre, ses influences, la façon dont il travaille, ses recherches, ses règles du jeu, son œuvre : la scénographie, les affiches, les paysages, les livres...
"La peinture, pour moi, tient beaucoup plus de la compréhension de ce que l'on vient de faire que de la préméditation de ce que l'on va faire."
La plus grande partie du texte se présente sous la forme d'un entretien, avec questions et réponses, et de nombreuses illustrations de l'œuvre graphique et poétique de l'artiste, dont des archives personnelles.
Dans une deuxième partie aux pages plus étroites sur un papier plus fin, Sarah Mattera raconte sa rencontre avec Paul Cox et son intérêt pour son œuvre.
Enfin, une troisième partie, sur papier vert, étudie la méthode de travail de l'artiste en lien avec l'installation Le Boulingrin de l'oncle Toby.
"La contrainte est toujours positive. Elle semble négative car elle limite le champ des possibles, mais c'est précisément cette limitation qui facilite la création."
Un beau livre qui ravira les fans et comblera les curieux.

Éditions Pyramyd, 2019, 180 pages.

samedi 21 septembre 2019

Manifeste pour mieux aborder Alzheimer

L'ouvrage du docteur Véronique Lefebvre des Noëttes, Que faire face à Alzheimer ? répond notamment à la question par : Gagner des années de vie meilleure.
L'autrice est psychiatre pour personnes âgées et accompagne également des malades atteint d'Alzheimer depuis 30 ans. Elle est aussi docteur en philosophie pratique et éthique médicale. 
Lorsqu'on est aidant, on cherche des façons d'entourer le proche atteint et tenter de réagir au mieux. On est curieux aussi de comprendre comment la maladie se met en place et comment tenter de l'éviter ou la retarder.
Ce livre fait le point des connaissances sur la maladie et la mémoire ; la façon dont se construit un diagnostic ; la mise en place des suivis en fonction de l'évolution de la maladie ; ce qu'on peut espérer et comment intervenir plus tôt.
Pour finir, Véronique Lefebvre prône la bienveillance de notre société autour des malades et de leur soin.
Un ouvrage accessible, avec de nombreux exemples et des paroles de malades.

Éditions du Rocher, 2019, 308 pages.

D'autres livres sur la maladie :  
- Le deuil blanc de Jean Biès ;
- Pas pleurer de Lydie Salvayre ;
- La présence pure de Christian Bobin ;
- Pourquoi s'en faire de Jonathan Franzen ;
- Koumiko d'Anna Dubosc.

jeudi 19 septembre 2019

Les héros revus et bien corrigés

https://www.rouquemoute-editions.fr/wp-content/uploads/2019/03/Les-legendes-des-siecles_Caritte_190x252_couv.jpgCaritte revisite et pastiche avec beaucoup d'esprit et d'humour des héros et héroïnes, réels ou de fiction.
Le tour d'horizon commence par les humains préhistoriques, passe ensuite par Jésus, le commissaire Maigret, Zorro, George Sand, les Amishes ou Davy Crockett.
Même Johnny Hallyday fait partie de la liste : il se fait enlever pour une rééducation... inattendue ! En effet, les chutes sont particulièrement gratinées.
Les mousquetaires sont hilarants : ils manient la langue française aussi bien que l'épée et considèrent l'écart de langage plus grave que l'écart de conduite.
Soulignons au passage que les textes sont bourrés de jeux de mots et fort bien écrits, en cohérence avec chaque personnage. Par exemple, les dialogues de l'histoire sur Jeanne d'Arc sont remarquables en vieux français.
Dans la parodie du dessin animé Scooby-Doo, rebaptisé Scoubidonbidon, les noms des personnages font référence aux nouveaux philosophes qui se font copieusement clouer le bec.
Une façon très amusante et fine d'évoquer des sujets actuels et de critiquer notre société.

Éditions Rouquemoute, 2019, 19 x 25,2 cm, 80 pages.
Le blog de Caritte.

Spinoza sans peine (donc avec bonheur)

Vous n'osez pas vous attaquer à Spinoza ?
Heureusement, Philippe Amador, dessinateur passionné de sciences et de philosophie, l'a fait pour nous, en dessins, avec Spinoza, à la recherche de la vérité et du bonheur. Il a trouvé une méthode simple et ludique pour adapter Le traité de la réforme et de l'entendement et nous en livrer l'essentiel. Génial !
Dans cette œuvre initiatique fondamentale, le jeune Spinoza cherche un moyen d'atteindre le bonheur sans souffrance et s'interroge sur la vérité, ce qui va l'amener vers la philosophie.
Ce roman graphique philosophique comporte une première partie où Philippe Amador imagine l'expérience qui précède l'écriture du Traité et dont il est question à la première ligne : "Après que l'expérience m'eut enseigné...". La deuxième partie est l'adaptation du livre, pas à pas, avec les phrases de Spinoza et les commentaires d'Amador. Enfin, en troisième partie, une petit biographie de Spinoza retrace brièvement l'histoire de sa famille et du parcours du "prince des philosophes", comme l'appelait Deleuze.
La vérité, c'est que du bonheur !

Éditions Dunod, 2019,19 x 25 cm, 128 pages.

lundi 16 septembre 2019

Ces gestes qui nous trahissent

© Nadine Giblin
C'est le plaisir jamais démenti de la rentrée, le dernier livre de Philippe Delerm : L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent. Il se déguste à petites gorgées ou se lit d'une traite, pour y revenir.
En deux ou trois pages maximum, l'auteur brosse avec son acuité habituelle l'essentiel et les petits détails de gestes presque anodins. Il fallait avoir l'œil pour isoler, remarquer et décrire les attitudes du tireur et du pointeur à la pétanque, ceux du lanceur de ricochets, de l'automobiliste qui manœuvre avec la paume, du conducteur de caddie en magasin...
On rit franchement pendant ou au moment de la chute des "instantanés littéraires", comme dans Orgasme en public où l'auteur se moque de ces personnages qui essaient de nous embobiner théâtralement.
On sourit comme Mona Lisa, alors que l'auteur attire notre regard sur les mains du modèle...
Une cinquantaine de petits chapitres gouleyants que Philippe Delerm nous verrait peut-être bien siroter avec Un verre à la main.

Éditions du Seuil, 2019, 120 pages.

D'autres chroniques sur les livres de Philippe Delerm :
- Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases ;
- Journal d'un homme heureux ;
- Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long ;
- Elle marchait sur un fil ;
- Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter la terre ;

samedi 7 septembre 2019

Voyages insolites

Bientôt on n'osera plus voyager, prendre la voiture, l'avion, encore moins le bateau...
On peut se contenter de lire des livres de voyages, une autre manière de faire de jolies découvertes. Mais pour ne pas partir (ou rester) idiot, voyageons instruit, avec les dictionnaires insolites des éditions Cosmopole. À sa création, la maison publiait des récits de voyages et d'histoire, puis des biographies historiques et enfin ces dictionnaires thématiques et insolites sur des pays ou des villes, écrits par des spécialistes du terrain.
Celui sur le Japon, rédigé par Liza Maronese, est très plaisant à lire, que l'on connaisse ou pas encore ce pays, pas si insolite (ce qui pourrait être anecdotique et peu représentatif) mais au contraire essentiel, tout en évitant les lieux communs.
Les magnifiques couvertures signées par Amélie Pignarre donnent envie d'acheter toute la collection.

Éditions Cosmopole, 2019, 160 pages.

jeudi 5 septembre 2019

L'amour et les bagarres à Pont-de-Vivaux

Deux ans déjà que Charles Gobi n'avait rien publié ! Cela nous manquait, car il nous avait habitués à son roman annuel depuis Le Bar de la Sidérurgie, le premier de la série, qui a fait l'effet d'une bombe dans le roman noir marseillais.
Voici donc le petit dernier, le septième, qui a de qui tenir dans la famille. Les fans (ceux qui ne le sont pas encore le deviendront) vont être servis.
Charles Gobi fait partie des meilleurs dialoguistes marseillais, hissant l'art de la galéjade à son sommet humoristique. Ses dialogues truculents, aussi réalistes que drôles, plus vrais que nature, comme enregistrés sur le vif, souvent dans un langage fleuri ou bourré de jeux de mots, parfois tellement lourds qu'ils en sont irrésistibles et parfois tout simplement légers et poétiques. La première scène, sous forme de conversations entrecroisées lors d'un mariage, vaut son pesant de cagoles.
On l'aura deviné, une des expressions qui revient le plus est Fatche de ("face de..." pour les non occitanophones).
On passe aussi des références musicales populaires comme la Danse des canards à Philip Glass, un contraste qui tient du grand écart acrobatique et fait tout le charme du style de l'auteur, qui joue ainsi sur l'effet de surprise.
Nous sommes toujours à Marseille dans le quartier, sans intérêt touristique mais haut en couleurs, de Pont-de-Vivaux et la cité de la Sauvagère, où on discute de foot, on joue à la belote et à la pétanque, un quotidien tranquille si l'on n'avait pas des aventures à résoudre. Et cette fois-ci, il s'agit de trouver des compagnes aux uns et aux autres, entre autres bagarres tarantinolesques.
On y retrouve les mêmes personnages au passé plus ou moins cocasse (ancien curé, anciens légionnaires...) mais pour les lecteurs qui découvrent cet univers impitoyable, cela n'entravera pas votre lecture car ils sont à nouveau présentés. Nos héros, pas toujours raccords avec la loi mais bien intentionnés, vont devoir se coltiner d'autres personnages beaucoup moins altruistes. Normal : il faut bien une histoire avec les gentils qui finissent par terrasser les méchants, qui sont généralement bas du plafond, très menaçants et n'inspirent pas l'admiration. Et ça finit en baston, en feu d'artifice, devrais-je dire, car la vengeance — ou la justice — est toujours cinglante et sanglante. Et même si, en connaisseur du style de Charles Gobi, vous vous doutez que la fin heureuse sera du côté des gentils, le suspense est au rendez-vous.
D'ailleurs, je ne comprends pas qu'aucun producteur ne se soit penché sur une version théâtrale ou cinématographique de ces romans. En plus, il y a maintenant de quoi faire une série. Quentin (Tarantino), si tu me lis...

Éditions Le Confort numérique, 2019, 238 pages.

Pour acheter les livres, lire des extraits, consulter la liste des librairies qui les vendent, consultez le site de Charles Gobi.

* Chaque roman peut se lire indépendamment :
- Le Bar de la Sidérurgie
- Les Goudes, c'est de l'anglais...
- Hercules des Trois Ponts
- Chemin des Prud'hommes
- Il est pas con, ce con ?
- La grosse Janine.   

mercredi 4 septembre 2019

Le bonheur (donc la santé) est près des arbres

Si les arbres font l'objet de cultes depuis la nuit des temps, dans le monde entier, ce n'est pas un hasard. Ils ont été le premier habitat des humains et les ont protégés. Aujourd'hui encore, leur ombre nous rafraîchit en été, leur présence contribue à la biodiversité, leurs silhouettes majestueuses nous ravissent et toutes les cabanes qu'on pourrait y construire font toujours rêver.
L'étendue de leurs bienfaits va bien au-delà puisque leur impact sur notre santé est désormais prouvé par les études scientifiques.
Ce beau livre inspirant, avec de nombreuses photos et citations, propose une synthèse de ces études et 52 façons, ludiques et poétiques, de se ressourcer grâce au pouvoir extraordinaire des arbres. À la campagne, dans les bois, dans un jardin, mais aussi en ville, sur un balcon ou au bureau, il est très simple de se (re)connecter à la nature, en toute saison, parfois en quelques minutes, que l'on soit seul ou à plusieurs, avec des enfants... 

Le bonheur est tout près, dans la nature.

Quand les arbres nous inspirent, Marie Martinez, éditions Géo, photos couleurs, 23 x 32 cm, 224 pages.

Voir aussi mes autres ouvrages sur le même thème :
- Le pouvoir extraordinaire des arbres. Ce qu'ils nous apportent, hors-série Géo, photos couleurs, 19,5 x 27 cm, 2019, 144 pages.
- Se ressourcer toute l'année avec les arbres, éditions Prat Prisma, 2019, 15,5 x 21 cm, photos couleurs, 224 pages.
- Ateliers Bains de forêt, éditions ESF, 2019, 17 x 22 cm, 128 pages. 
- Ressentir les bienfaits des arbres, hors-série Ça m'intéresse, 16,5 x 22 cm, 2019, 208 pages.

jeudi 29 août 2019

La tournée des grandes dupes

Illustration de couverture : Xavier Richard
Tulipe Blues est un texte loufoque, absurde, inventif, poétique, onirique et irrésistiblement drôle d'Emmanuel Pinget.
Une équipe d'ouvriers a pour mission de livrer, pendant un week-end voire davantage, une énigmatique tulipe bleue fabriquée dans leur atelier.
Leur patron — dont la société s'appelle Big & José — donne des instructions à distance, façon Big Brother, mais trop vagues pour qu'ils puissent accomplir leur mission dans de bonnes conditions.
Les voilà donc embarqués pour une tournée rocambolesque, pleine de surprises, de péripéties et trouvailles improbables, qui tourne en rond et fait tourner en bourrique le narrateur. Et il a de quoi avoir le tournis et le blues avec son équipe de bras cassés...
La brume est dense. Les phares diffusent une lumière chirurgicale, on voit moins la route que s'ils étaient éteints. Je le fais remarquer à Talmone, qui me dit de pas jouer les miss météo. Je lui demande pourquoi il allume pas les feux de brouillard. Il répond c'est de la brume.
Car Tulipe blues est un texte d'une richesse qui peut être appréciée à différents niveaux, certes pour sa poésie comique, mais aussi comme un blues, une complainte sur l’esclavagisme moderne et absurde du travail.

Éditions Louise Bottu, 2019, 190 pages.

mardi 27 août 2019

Jeune fille en quête de (re)pères

Au début de Pourquoi les hommes fuient ?, le dernier roman d'Erwan Larher*, Jane agace. Elle a l'arrogance de son jeune âge et surtout elle ne lit pas. Ensuite, elle s'exprime comme elle parle, avec un vocabulaire parfois incompréhensible pour ceux qui sont nés au siècle dernier et qu'on ne trouve pas dans le dictionnaire. Et finalement, c'est ce qui devient intéressant, son franc-parler, et le fait qu'on commence à la connaître, lui accorder quelque circonstance atténuante et une personnalité pas si superficielle, inculte et paumée qu'elle n'en avait l'air. Elle a un ascendant sur les autres (elle peut même percevoir les auras). Elle est surtout dotée d'un sens de la repartie très à-propos et plein d'humour. Surtout qu'en face d'elle, les adultes sont fuyants à souhait, et tellement bien campés aussi dans leur façon de décamper.
Le signe qu'on s'attache aux personnages, donc au livre qu'on tient entre ses mains, c'est qu'on est prêt à mordre sur le temps de sommeil ou procrastiner sur tout le reste pour avancer dans l'histoire.
Le vioque qui a ouvert la porte doit avoir dans les quatre-vingts balais. Il est chauve du dessus et porte ce qu'il reste de ses cheveux, tout blancs, longs jusqu'aux épaules. Il plisse les yeux derrière ses immenses lunettes carrées aux verres gras. Sa peau, sans déc, on dirait la vieille éponge que tu retrouves au fond du placard sous l'évier quand tu déménages, même l'eau n'en veut plus et coule dessus en doigt d'honneur.
C'est donc l'histoire de cette jeune fille en quête de père, donc de repères, et de ses pérégrinations pour le retrouver (ou pas). Entretemps, elle croisera quelques adultes, hommes et femmes, s'interrogera sur la tendance à fuir, fera un pas de côté dans la science-fiction, etc. Entretemps aussi, on entendra les voix croisées de deux musiciens rock, qu'on confondrait presque d'ailleurs, l'un étant le pendant de l'autre comme le revers d'une même médaille, dont un qui a réussi et l'autre pas (réussi quoi, d'ailleurs ?).
Mais peu importe (presque) l'histoire de ce roman, si l'on s'y attache, cela est dû au talent d'Erwan Larher qui trouve un style et une psychologie des personnages (plus réalistes que dans Marguerite n'aime pas ses fesses et peut-être un brin moins que dans son excellent témoignage du Livre que je ne voulais pas écrire), branchés sur la dynamique de Jane qui ne tient pas en place. Un style réaliste avec un pas de côté dans la magie ou le surnaturel.

Quidam éditeur, 2019, 356 pages.

* voir aussi les chroniques sur les autres livres d'Erwan Larher parus chez Quidam :
- Marguerite n'aime pas ses fesses ;
- Le livre que je ne voulais pas écrire.

lundi 26 août 2019

Manifeste pour l'écologie

Le dessinateur de presse et auteur de bande dessinée Aurel signe Fanette, un petit album instructif et drôle sur un personnage féminin qui manifeste son ras-le-bol d'une société incapable de changer et qui court à sa perte sans comprendre l'enjeu de l'écologie.
Fanette est un personnage dans la lignée des Agrippine de Bretécher, des Mafalda de Quino et de la vraie Greta Thunberg : les adultes (et son petit frère) n'ont rien compris aux actions à mener contre le réchauffement climatique. Elle va donc leur expliquer avec son langage et son tempérament de pré-ado.
La confrontation avec les autres donnera lieu à des frictions et situations comiques.
Tout y passe : les bons gestes au quotidien, acheter local, faire un potager bio, les transports non polluants...
Une saine lecture pour tout public, à partir de 8 ans.

Éditions Rouquemoute, collection Maximoute, 2019, 15,2 x 15,2 cm, couverture cartonnée, 54 pages.

En vente ici aussi.

vendredi 23 août 2019

Des racines à la lumière

Voilà le genre de livre qu'on aime : qui accroche dès les premières pages et qui éblouit jusqu'à la dernière.
Olivier Dorchamps, dans Ceux que je suis, nous plonge dans une histoire apparemment simple — mais plus exactement racontée simplement, de façon très réaliste et subtile —, celle d'une famille franco-marocaine.
Le narrateur, jeune professeur agrégé d'histoire-géo, est de la deuxième génération d'immigrés, celle qui a réussi socialement mais se retrouve toujours entre deux identités : considéré (et moqué) comme un Français au Maroc et avec une tête d'arabe en France malgré son passeport français.
Je suis né en France. Je n'ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n'ai pas le choix de mon identité. Je ne suis jamais ce que je suis, je suis ce que les autres décident que je sois.
Il découvre à la mort de son père que celui-ci souhaitait être enterré au Maroc. Contraint de retourner là-bas, il découvre alors la véritable histoire de sa famille, les secrets et zones d'ombre de ses grands-parents et de ses parents.
Comme je l'affirmais dès le début, non seulement l'histoire et le destin de cette famille sont touchants, mais l'écriture d'Olivier Dorchamps fait surgir les images et les parfums avec justesse, délicatesse et humour (la virée en DS du père avec ses deux enfants est irrésistible). La poésie est omniprésente et discrète au creux des phrases.
Un premier roman épatant, émouvant, lumineux, brillant.

Éditions Finitude, 2019, 256 pages.

D'autres romans épatants aux éditions Finitude :
- C'est tous les jours comme ça, de Pierre Autin-Grenier ;
- En attendant Bojangles, d'Olivier Bourdeaut ;
- Chaleur, de Joseph Incardona ;
- L'appel, de Fanny Wallendorf.

jeudi 22 août 2019

Madagascar, 1947

L'histoire de Zébu Boy d'Aurélie Champagne se situe à Madagascar en 1947. C'est la trajectoire d'Ambila, un jeune homme débrouillard surnommé Zébu Boy car il excellait dans l'arène face aux zébus. Comme des milliers de soldats malgaches qui ont combattu pour la France, il pense que le général de Gaulle leur donnera l'indépendance. Il a survécu à toutes les batailles mais il rentre dans son pays sans un sou, humilié. Il veut regagner son village et faire des affaires, pour racheter le troupeau de zébus que son père a perdu. Pour cela, il achète à un sorcier des amulettes qu'il revendra à bon prix. Une insurrection se prépare. Il y est mêlé presque malgré lui.
L'écriture d'Aurélie Champagne est énergique et poétique, étonnante, portée par la trajectoire presque surnaturelle du jeune homme.
Il ne restait plus que quelques dizaines de kilomètres à parcourir. Ambila arrêta la 202 le long d'un talus griffé de Tandroroho. L'odeur du vahia remonta jusqu'à lui. Ses petites fleurs rouges perçaient dans l'herbe comme une irruption hallucinatoire. il avait toujours aimé ce coin de forêt qu'on disait peuplé de bêtes-génies, de gros gibiers et d'indris. Il pensa à Josselin, convaincu que lui aussi aurait aimé cet endroit.
Cette insurrection malgache de 1947, violemment réprimée et devenue taboue, fournit le même contexte historique au film documentaire émouvant de Marie-Clémence Andriamonta-Paes : Fahavalo. La réalisatrice y interroge les derniers survivants de cette longue résistance dans la forêt alors qu'ils n'étaient armés que de sagaies et protégés par leurs talismans.
Ces deux œuvres contribuent à faire connaître ce massacre colonial, encore douloureux et traumatique, qui ne figure pas dans les livres scolaires.

Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2019, 256 pages.

dimanche 18 août 2019

An absolute reading*

Les avis sont dithyrambiques à propos de My Absolute Darling de Gabriel Tallent — même Stephen King parle de chef d'œuvre — et avec raison, d'autant que l'auteur porte bien son nom.
Que dire de plus ?
Le genre littéraire est multiple : à la fois roman initiatique, histoire d'amours (dont celle du père toute en contradictions, dysfonctionnelle et ultraviolente), plaidoyer pour la nature et l'écologie, et surtout thriller redoutable qui prend à la gorge jusqu'au bout.
Pour résumer l'histoire, il s'agit de Julia surnommée Turtle, quatorze ans, qui va tenter de se libérer de l'emprise manipulatrice et brutale de son père qui l'élève en vue de résister à la fin du monde.
L'auteur emploie différents tons selon ses personnages — les deux copains lycéens ont un humour inventif et fantasmagorique qui rafraîchit avec bonheur l'ambiance générale plutôt tendue.
— Turtle, elle c'est Imogen. Imogen, je te présente la seule et future reine de l'Amérique post-apocalyptique, maîtresse du maniement de la tronçonneuse, du fusil, et accessoirement bouddhiste zen.
Il est aussi question de littérature dans ce roman, ce qui repose du sujet omniprésent des armes à feu.
Et ce qui fait un chef d'œuvre, c'est probablement lorsque l'histoire est captivante, que les sujets graves sont abordés avec justesse, et que le style éblouit. Aucune fausse note.
*L'éditeur n'ayant pas trouvé de meilleur titre en français que l'original, je m'en permets également un en anglais aussi : Une lecture absolue.

Éditions Gallmeister, 2018, 464 pages.

samedi 10 août 2019

L'art dramatique dans la peau

Dans L'extinction de Julie Legrand, Violaine gagne sa vie comme hôtesse d'accueil et en posant nue aux Beaux-Arts. Elle consacre le reste de son temps à l'apprentissage du théâtre où elle étudie le répertoire classique. Les rôles sont distribués par un professeur exigeant et redoutable. Les partenaires se cherchent pour se donner la réplique, former des duos sur scène voire des couples dans la vraie vie. Mais très vite la jeune fille se prend au jeu, joue ses rôles trop à cœur, confond ses rôles et le jeu de ses camarades. Jusqu'au-boutiste, elle a le sens du drame chevillé au corps.
Julie Legrand décrit avec brio la difficulté du jeu d'acteur, les badinages et maladresses des jeunes acteurs entre eux, les rôles trop étroits de la vraie vie ou trop grands des personnages. Entre les jeux de l'amour et du théâtre, les limites se brouillent.
Dans la vraie vie, je passe une audition pour un metteur en scène montant une obscure pièce de sa création, répétitions non rémunérées, représentations payées à la recette, qui me demande de faire des pompes.
La p'tite Hélène éditions, 2019, 132 pages.

samedi 3 août 2019

L'esprit vient de nos pieds

On ne se lasse pas de lire et relire L'ascension du mont Ventoux de François Pétrarque. C'est ce qui fait de ce texte — présenté comme une lettre à son ami et confident Dionigi da Borgo San Sepolcro — un classique qui traverse les siècles depuis 1336.
Dans cette belle édition trilingue (français, anglais et latin), se glissent de superbes photographies en noir et blanc qui touchent souvent à l'abstraction et invitent à la méditation. Car comment parler des splendeurs de la nature du mont Ventoux sans montrer quelques-unes de ses beautés ? Elles sont l'œuvre de la cinéaste et photographe Catherine De Clippel qui arpente et admire le Ventoux depuis des années.
Les marcheurs savent qu'en cheminant, on oublie son corps et l'esprit prend des traverses insoupçonnées. Pétrarque gravit le mont Ventoux en même temps que son âme s'élève. Il a toujours en poche le livre des Confessions d'Augustin offert par son ami Dionigi. En arrivant au sommet, il ouvre une page au hasard et tombe sur cette phrase : "Les hommes vont admirer la hauteur des montagnes, l'impressionnant spectacle des vagues de la mer, l'ampleur des cours des rivières, le déploiement des côtes océanes et le parcours des astres mais ils ne font aucun cas d'eux-mêmes."
Époustouflé par la justesse de l'extrait qui semble avoir été écrit pour lui, Pétrarque redescend du sommet en silence, méditant sur la phrase.

Éditions Esprit des lieux, 2019, 96 pages. 

Sur le mont Ventoux, voir aussi l'anthologie des textes littéraires, Ventoux versant littéraire.

lundi 22 juillet 2019

Que les forces étranges soient avec vous

Superbe illustration d'Odilon Redon.
Les Forces étranges de Leopoldo Lugones (1874-1938) est un recueil de treize nouvelles fantastiques aux sens propre comme figuré : du domaine du surnaturel, elles ont tout pour plaire.
Écrites dans les années 30, on y rencontre des inventeurs géniaux et fous, des expériences scientifiques ou paranormales, cruelles, une pluie de cuivre de fin du monde, des parts d'ombre matérialisées, un esprit qui se transforme en sirène, un singe acculé au langage, des ambiances glaçantes, morbides et maléfiques, des légendes effrayantes comme celle de l'escuerzo, un crapaud cornu, revenant et vengeur...
— Tu ne sais pas que c'est un escuerzo, répondit d'un ton mystérieux mon interlocutrice, et que ce petit animal ressuscite si on ne le brûle pas ? Qui t'a demandé de le tuer ? Il fallait bien que ça arrive, avec toi et tes cailloux ! Maintenant je vais te raconter ce qui est arrivé au fils de ma défunte amie, Antonia, qu'elle repose en paix.
En même temps qu'elle parlait, elle avait ramassé et allumé quelques brindilles sur lesquelles elle posa le cadavre de l'escuerzo.
Jorge Luis Borges admettait : "Leopoldo Lugones fut et demeure le plus grand écrivain argentin."
Ces nouvelles, enfin intégralement traduites en français, sont considérées comme "le point d'ancrage de la littérature fantastique en Argentine et un pionnier de la science-fiction moderne." De la science à la fiction, elles déroulent un scénario implacable de réalité jusqu'à la chute, fatale et sidérante.

Quidam éditeur, 2019, traduit de l'argentin et préfacé par Antonio Werli, collection Les Lance-Flammes, 212 pages.

D'yeux, les histoires !

Partition de Louise Ramier est, comme son titre l'indique (un peu), une partition au sens littéraire et poétique, inspiré du sens musical. Le texte est structuré comme une composition musicale où se succèdent une série de portées 1 et 2 avec intermezzo.
Des sujets se font écho en variations sur le même thème : des yeux ou l'absence d'yeux (où l'on pense à Georges Bataille et son Histoire de l'œil dont la première version a été publié sous le pseudo Lord Auch), des lunettes de toutes sortes et des cuvettes où un narrateur enfant se penche, comme des vases communicants vers d'autres auteurs, jeux de mots, jeux de typographies, déconstructions et recompositions. Chacun y trouvera ses références (ou pas) et son inspiration.
Il s'agit dans le même temps d'une partition au sens de partage et découpage d'extraits de textes d'autres auteurs, classiques et contemporains, ou de conversation entendues ici ou là, de faits divers lus dans la presse. L'autrice les réassemble pour composer son propre morceau (de musique). Il est précisé que "personne n'ayant jamais rien inventé",
son livre n'est pas sien n'est pas sa création
l'auteur n'est pas l'auteur
et pourtant, il s'agit du premier texte publié de Louise Ramier, foisonnant, étonnant.

Éditions Louise Bottu, 2019, 130 pages.

jeudi 11 juillet 2019

Le Parc national du Mercantour a 40 ans

À l'occasion des 40 ans du Parc national du Mercantour, le magazine Terre Sauvage consacre entièrement un superbe numéro à ce territoire "sauvage" des Alpes du Sud.
S'il est surtout connu pour sa vallée des Merveilles, classée monument historique avec quelque 40 000 gravures rupestres protohistoriques (difficiles à voir si on n'est pas accompagné d'un guide), le Mercantour possède une grande diversité de reliefs, paysages et climats, donc une grande diversité d'animaux et végétaux spécifiques.
Un article retrace l'historique et la longue gestation de la création du Parc national.
Deux magnifiques port-folios du photographe Vincent Munier présentent le Mercantour en automne et en hiver.
Mais aussi d'impressionnants portraits des hommes et femmes qui vivent en lien avec cette nature, extraits du livre d'Éric Lenglemetz et Noëlie Pansiot, Vivre là, paroles et visages du Mercantour. Ce livre a accompagné la réalisation du film de Luc Jacquet (également auteur du remarquable documentaire Le temps des forêts) : La montagne aux histoires. Une bien singulière traversée du Mercantour.
Enfin, de nombreux articles et reportages sur la faune et la flore, la traversée pédestre, etc.
Un numéro qui donne envie de partir dans ce pays de Merveilles !

Terre sauvage - Juillet 2019 - n° 366.


mercredi 26 juin 2019

Tour d'horizon de la biodynamie

La biodynamie, une agriculture pour l'avenir, sous la direction d'Ueli Hurter, propose un tour d'horizon de cette technique de culture.
Une vingtaine de chercheurs et praticiens de plusieurs pays interviennent pour faire le point sur ses différents aspects : les applications (on connaît surtout la biodynamie dans la viticulture et la fabrication du vin, mais elle s'applique à toutes les productions agricoles : élevage, apiculture, semences, paysage, etc.), la marque Demeter, le mouvement anthroposophique, les recherches, les formations, etc.
Depuis le Cours aux agriculteurs de Rudolph Steiner, en 1924, la biodynamie a évolué en bientôt cent ans et s'est répandue dans le monde : plus de 5 000 entreprises dont 500 domaines en France. Si elle s'appuie sur les techniques agricoles millénaires, elle est également parfaitement tournée vers l'avenir, avec une agriculture durable et respectueuse de l'environnement.
Un livre très instructif et détaillé pour les professionnels, mais aussi les amateurs et les curieux sur ce qu'est la biodynamie, son origine et ses enjeux pour l'avenir.

Éditions Actes Sud, 2019, 304 pages.

mardi 25 juin 2019

Mangez-moi, mangez-moi !

Le monde des champignons est absolument passionnant à observer. C'est un règne à part (ni végétal ni animal) et immense, très diversifié et qui n'a pas fini de surprendre les chercheurs !
Parmi les milliers de champignons connus, ils ne sont qu'une centaine à être comestibles et une trentaine vraiment délicieux et intéressants à cueillir.
Pour bien les reconnaître et surtout ne pas les confondre avec des mortels ou toxiques, la cueillette ne s'improvise pas. Cela demande quelques connaissances basiques pour limiter au maximum les risques (il est d'ailleurs conseiller de montrer ses trouvailles à un spécialiste).
Mes premières cueillettes de champignons* est un manuel d'initiation aux champignons pour les enfants (et les grands) avec une sélection des meilleurs champignons.
Il détaille les précautions à prendre et les règles à respecter, où cueillir, quand, avec quel matériel et comment. Un champignon est très fragile et peut devenir toxique si la cueillette, la conservation et la dégustation ne sont pas réalisées dans les bonnes conditions.
De quoi partir à la chasse aux trésors en bonne connaissance de cause !

Éditions Grenouille, 2019, 64 pages.

* de Marie Martinez (moi-même).

mercredi 12 juin 2019

Les chemins de la création

Dans Créer, c'est exister. Comment développer une pratique créative au quotidien, Valérie Belmokhtar, plasticienne et illustratrice, s'appuie sur sa propre expérience et s'adresse à tous, amateurs et professionnels. L'art n'est pas réservé aux talentueux : tout le monde peut s'exprimer à sa façon et se faire plaisir.
Il n'est jamais trop tard. Il suffit de réserver un peu de temps à la création pour constater à quel point cela nous est bénéfique, que l'on pratique tout seul chez soi ou en cours collectifs.
Ce livre foisonne de conseils, pistes et idées sur l'atelier et le matériel, les sources d'inspiration, des méthodes de création, des façons de s'épanouir et de se débarrasser de ses blocages, comment exposer son travail, vendre, répondre à une commande, vivre de son art, etc.
Voilà un un véritable manifeste, simple et clair, très inspirant, qui donne envie de s'y mettre, de partir à la rencontre de soi-même et des autres en créant : toute une belle aventure !
Créer, c'est donner une dimension supplémentaire à sa vie.
Éditions Pyramyd, 2019, 208 pages.

samedi 8 juin 2019

Plonger dans un bain de nature

Se ressourcer toute l'année avec les arbres*, c'est 52 propositions pour se plonger dans des bains de nature : déstresser, se reposer vraiment, se mettre au vert et au bleu, regarder passer les nuages, écouter les oiseaux, sentir le parfum des fleurs, retrouver son énergie, méditer au bord d'un ruisseau, respirer profondément, se laisser bercer par la brise, renforcer son système immunitaire, lire dehors, flâner sans but, passer une nuit dans les arbres, faire une sieste dans l'herbe, cultiver son jardin, cueillir des fruits sauvages, contempler la pleine lune, faire de vraies petites pauses, arroser ses plantes vertes...
À la campagne, dans les bois, mais aussi au bureau ou à la maison : il y a toujours un moyen de se connecter à la nature.
Se ressourcer toute l'année avec les arbres est un guide pratique, ludique et poétique, simple et inspirant, avec de nombreuses photos et citations, qui s'appuie sur les études scientifiques et les techniques de relaxation. Car un bain de nature est bien plus qu'une simple immersion pour bénéficier pleinement des bienfaits.
Se soustraire par la forêt et la campagne aux vibrations et cacophonies de la vie citadine et industrielle est un moyen d'échapper à un stress inconscient permanent ; c'est un facteur de recueillement bénéfique.
(Georges Plaisance, Forêt et santé)
* de Marie Martinez (moi-même).

Éditions Prat Prisma, 2019, photos couleurs, 224 pages.

Voir aussi mes autres ouvrages sur le même thème :
- Quand les arbres nous inspirent, éditions Géo, photos couleurs, 23 x 32 cm, 224 pages.
- Le pouvoir extraordinaire des arbres. Ce qu'ils nous apportent, hors-série Géo, photos couleurs, 19,5 x 27 cm, 2019, 144 pages.
- Ressentir les bienfaits des arbres, hors-série Ça m'intéresse, 16,5 x 22 cm, 2019, 208 pages.
- Ateliers Bains de forêt, éditions ESF, 2019, 17 x 22 cm, 128 pages. 


mercredi 29 mai 2019

Un été lumineux

Quelle magnifique surprise ce grand et court roman de l'Irlandaise Claire Keegan !
Les trois lumières est l'histoire d'une petite fille confiée un été à un couple d'oncle et tante, les Kinsella, car sa mère attend encore un bébé. Le père la conduit en voiture et on comprend vite qu'il est joueur, étourdi, menteur.
Petit à petit l'enfant va découvrir un autre monde d'adultes, plus aisé, calme et affectueux.
En peu de temps pour lire ce court roman, je suis passée du fou rire (une scène cocasse où ce qui est familier dans une famille est décalé chez une autre) aux larmes.
Un roman magnétique, vraiment puissant, tout en détails surprenants et délicats.
Je me tiens là et observe le feu, en m'efforçant de ne pas pleurer. Il y a longtemps que je n'ai pas fait ça et, en le faisant, je me souviens que c'est vraiment le pire qu'on puisse faire. Je sens plus que j'entends Kinsella quitter la pièce.

Sabine Wespieser éditeur, 2011, 112 pages (paru en poche chez 10/18).

mercredi 22 mai 2019

Madame rêve

Madame Jules, le deuxième roman d'Emmanuel Régniez, est l'histoire de Madame Jules qui aime passionnément Monsieur Jules, son mari son amant, qui l'aime aussi passionnément.
Tout serait si simple et irait parfaitement bien dans ce monde aussi parfait et simple si, à une soirée mondaine, un imbécile à moitié ivre n'était venu tenir des propos salaces et introduire le ver dans le fruit du bonheur conjugal.
En quelques mots, quelques phrases, il va jeter le trouble, le malaise, le questionnement. Ces fantasmes d'un éméché — un stupide jaloux — ont formé des images dans l'esprit de Monsieur et Madame, surtout Madame Jules.
Madame rêve...
Et nous emporte dans ses tourments.
C'est le style envoûtant d'Emmanuel Régniez qui jette le trouble, tout en circonvolutions, répétitions, obsessions, caresses et tortures.
Connaissons-nous la part nocturne des êtres, leur secret, leurs secrets amoureux ? Je ne pensais pas, un jour, me poser cette question à propos d'autres que Monsieur Jules, mon mari mon amant. Je voudrais connaître les secrets des autres.
Éditions Le Tripode, 2019, 134 pages. 
Le premier roman d'Emmanuel Régniez, Notre château, est désormais disponible en poche (collection Météore).

mardi 21 mai 2019

Vampirisme littéraire

Le Vampyre de John Polidori est la nouvelle qui a marqué l'histoire du vampirisme en littérature, en tout cas le premier récit moderne du genre qui a remporté un succès en son temps et a inspiré d'autres écrivains par la suite, dont Bram Stoker et son Dracula.
Deux cents ans exactement après sa première publication en 1819, voici sa réédition avec une suite imaginée par Cyprien Bérard (en 1826), Lord Ruthwen ou Les Vampires, qui rassemble d'autres légendes plus anciennes de fantômes et revenants. Aujourd’hui encore, le thème n'en finit pas de ressusciter.
Mais l'histoire de ce Vampyre est troublante car Polidori a lui-même été inspiré par un brouillon du poète anglais Lord Byron et sa véritable histoire — on pourrait voir là une forme de vampirisme littéraire et d'autofiction.
Alors qu'ils étaient en villégiature près du lac Léman, Lord Byron, Percy Shelley et Mary Godwin (qui deviendra Mary Shelley) décident d'écrire sur le thème des fantômes. Mary Godwin commence alors son roman Frankenstein. Lord Byron se contente de quelques notes, dont s'emparera ensuite Polidori, qui était son médecin mais aussi son secrétaire.
Le personnage de Lord Ruthwen serait directement inspiré de la personnalité ambivalente de Lord Byron — qui trainait une réputation sulfureuse, voire maléfique autant que fascinante — et des relations plutôt tendues avec Polidori.
Et pour finir, la nouvelle Le Vampyre est signée par Lord Byron lors de sa première publication, histoire de jeter encore davantage le trouble dans nos esprits.

Éditions Aux forges de Vulcain, 2019, 240 pages.

samedi 18 mai 2019

Du grand Arlt

Eaux-fortes de Buenos Aires est un recueil des chroniques journalistiques et littéraires écrites par Roberto Arlt (journaliste, dramaturge, écrivain) dans les années 1928 à 1933 et publiées dans le journal El Mundo.
Elles sont si réalistes et vivantes qu'on les lit comme une conversation, une promenade en compagnie de l'écrivain, un feuilleton de l'époque ou des photographies commentées — d'où ce titre d'eaux-fortes, gravures à l'acide — mais certaines auraient pu être écrites ce matin.
Il étudie les mœurs de ses contemporains et y va de sa plume acérée, critique mais aussi comique, ironique, avec un style d'une grande modernité, au vocabulaire familier et argotique.
Nous voilà plongés dans le quotidien des rues de la capitale argentine, les rencontres du hasard, les personnages typiques de l'époque (L'homme au maillot ajouré), les boutiques insolites (Atelier de restauration de poupées), les traces du passé, des scènes vécues dans le tramway et autres mystères des attitudes humaines, les bienfaits de la gymnastique suédoise jusqu'à la jalousie, le célibat, les subtilités de la langue portègne... S'il lui arrive de broder sur le manque d'inspiration, il fait feu de tout bois, surtout quand le courrier des lecteurs lui tend de belles perches.
À un lecteur qui lui demande quels livres conseiller à des jeunes afin "d'en tirer un concept clair et profond de l'existence", son sang ne fait qu'un tour et il lui répond de façon caustique :
Vous n'avez donc rien d'autre à faire, très cher lecteur. Mais où vivez-vous ? Pouvez-vous vraiment croire, ne serait-ce qu'une seconde, qu'on puisse tirer des livres "un concept clair et profond de l'existence" ? Vous vous trompez, mon ami, vous vous trompez sur toute la ligne. Les livres, ça rend malheureux, croyez-en mon expérience. Je ne connais pas un seul homme heureux qui lise. Et j'ai des amis de tous les âges. Tous ceux qui ont des vies compliquées ont lu. Et ils ont beaucoup lu, malheureusement, beaucoup.
La chronique toute en contradictions est intitulée De l'inutilité des livres et présente les écrivains comme des baratineurs qui nous racontent des histoires et ne prétendent qu'à leur propre vérité et non une vérité universelle.
Et c'est pour cela que nous aimons lire, encore et encore, des pépites comme celle-ci.
Du grand Arlt.

Éditions Asphalte, 2019, 240 pages.
Avec une play-list sélectionnée par la traductrice Antonia García Castro pour une totale immersion dans l'univers de Roberto Arlt.

jeudi 16 mai 2019

Les mots piratés par les écrivains

Après le Dictionnaire des mots manquants et le Dictionnaire des mots en trop, voilà le Dictionnaire des mots parfaits, toujours dirigé par Belinda Cannone et Christian Doumet.
Parfaits ? Comment est-ce possible ? Il s'agirait plutôt de mots piratés par les écrivains.
Une cinquantaine d'auteurs répondent à la question : quels mots ont une signification toute personnelle, totalement détachée du sens commun ? Il ne s'agit donc, dans ce dictionnaire, comme dans les précédents, que de points de vue d'auteurs qui s'approprient des mots, les triturent et jouent avec — ce qui fait tout leur intérêt, leur originalité, leur charme et leur humour.
Car un écrivain ne se borne pas toujours à employer les mots dans leur acception orthonymique : il tend l'oreille aux ondes qu'ils propagent sur sa sensibilité et sur son imagination. Il chérit certains vocables auxquels, pour diverses raisons que notre Dictionnaire lui propose d'expliciter, il prête une épaisseur sémantique, des connotations et des échos secrets.
Prenons les premières lignes du mot air, vu par Didier Pourquery :
Sans air on meurt. Sans airs, j'étouffe. Il me faut de l'air dans les poumons et des airs plein la tête. De l'air, des airs. Mon grand-père roulait les R. Les airs ? Sa voix chantait comme l'air dans les pins et les airs des veillées de Gascogne. L'air est double. Le mot est aussi une lettre. L'air s'envole, l'R le retient. Je retiens l'air, je l'ai en mémoire, il flotte comme un souffle. L'air est toujours musical, c'est l'aria, la mélodie, harmonie qui vient de l'inspiration et part dans les cintres, projetée par le souffle. (...)
Les auteurs sont :  Nathalie Azoulai, Dominique Barbéris, Marcel Bénabou, Jean-Marie Blas de Roblès, François Bordes, Lucile Bordes, Geneviève Brisac, Belinda Cannone, Béatrice Commengé, Pascal Commère, Seyhmus Dagtekin, Jacques Damade, François Debluë, Frédérique Deghelt, Jean-Michel Delacomptée, Jean-Philippe Domecq, Suzanne Doppelt, Max Dorra, Christian Doumet, Renaud Ego, Pierrette Fleutiaux, Hélène Frappat, Philippe Garnier, Simonetta Greggio, Jacques Jouet, Pierre Jourde, Cécile Ladjali, Marie-Hélène Lafon, Frank Lanot, Bertrand Leclair, Alban Lefranc, Sylvie Lemonnier, Arrigo Lessana, Alain Leygonie, Jean-Pierre Martin, Nicolas Mathieu, Jérôme Meizoz, Gilles Ortlieb, Véronique Ovaldé, Guillaume Poix, Didier Pourquery, Christophe Pradeau, Henri Raynal, Philippe Renonçay, Pascale Roze, Jean-Baptiste de Seynes, François Taillandier, Yoann Thommerel, Laurence Werner David, Julie Wolkenstein, Valérie Zenatti.
Et leurs mots sont parfaits !

Éditions Thierry Marchaisse, 2091, 216 pages.

mardi 14 mai 2019

Sa mère en BD de luxe

De qui se venge Pixel Vengeur ? Mystère. Peut-être des autres auteurs de BD qu'il admire : Edgar P. Jacobs, Druillet, Mœbius, Loisel, Franquin, Chéret, Bilal, Hergé... Il s'immisce et imprime sa marque (jaune) dans leurs œuvres, ainsi que dans l'univers du manga et du magazine Le Psikopat, avec ses deux personnages, Black et le Suprême Mortamère. Ces deux-là sont très clairement inspirés de JoeyStarr et Kool Shen, le duo de Suprême NTM.
Les voilà donc propulsés dans des univers de BD où ils déboulent comme des chiens dans un jeu de quilles, plutôt balourds avec leur propres codes et langage. C'est notamment cette incongruité de la parodie qui est drôlissime.
Autant dire que c'est réjouissant et hilarant de bout en bout, bourré de jeux de mots, de trouvailles et de clins d'œil aux autres univers de bandes dessinées.
Cette intégrale est une réédition revue et corrigée de quatre tomes déjà parus, avec des fonds de tiroirs inédits : galerie de dessins et carnet de croquis. Elle est éditée dans la très belle collection de luxe Top Moumoute, vraiment tip top !

Éditions Rouquemoute, collection Top Moumoute, 2019, 264 pages.

dimanche 5 mai 2019

Histoire(s) d'émigrés espagnols

Dans les années 60, des centaines de milliers d'Espagnols quittent leur pays pour trouver du travail ailleurs en Europe, notamment en France et en Allemagne. Pour la plupart, partir est leur dernière chance de fuir la misère. Ils ne pensent qu'à travailler et économiser pour rentrer en Espagne. Quelques-uns ne comptent pas revenir ; ils fuir aussi d'autres drames, politiques ou personnels : désertion, différence sexuelle, honneur, lourds secrets de famille...
Ceux qui partaient officieusement et sans contrat ne pouvaient prétendre à un travail et étaient alors à la merci des mafieux et des exploiteurs.
Ce sont leurs histoires, commune et singulières, que le dessinateur espagnol Joaquin Aubert, dit Kim, raconte dans le roman graphique Un rêve d'ailleurs, à travers ses rencontres lors d'une année passée en Allemagne avant son service militaire.
Il mêle ses souvenirs de jeunesse, lui qui était plus chanceux que ses compagnons, aux confidences intimes et récits poignants des autres.
Une histoire des Espagnols loin de chez eux.

Éditions du Long Bec, 2019, 16,5 x 24 cm, 200 pages.

samedi 4 mai 2019

Des mots contre les sables mouvants

Ni essai sur la littérature ni récit autobiographique ni roman, et pourtant tout cela à la fois, c'est Bad girl, Classes de littérature de Nancy Huston.
Comment cette Canadienne abandonnée par sa mère en vient à l'écriture, sauvée également par la musique : c'est l'histoire de ce livre captivant et cultivé où l'autrice tutoie Dorrit, le fœtus qu'elle imagine avoir été dans sa folle et mouvementée famille.
Nous ne tombons pas du ciel, mais poussons sur un arbre généalogique.
Notre parcours serait donc lié à l'histoire de nos ancêtres et aux réparations et contre-pied que nous voulons (et croyons) apporter aux uns et aux autres de la famille (alors qu'ils ne demandent rien).
Élevée sur des sables mouvants, la petite Dorrit-Nancy cherche une solidité pour se reconstruire, ce qui passe par l'apprentissage de la musique et de la littérature.
Et elle trouve les mots.

Actes Sud, 2014, 272 pages.

lundi 29 avril 2019

Des bûcherons dans le bush

Dans son roman Le Bruissement des feuilles, l'Australienne Karen Viggers, vétérinaire de formation, oppose des défenseurs de la nature à des brutes épaisses, dans une petite ville forestière de Tasmanie.
Ces brutes épaisses — tous de sexe masculin, et bûcherons pour la plupart — exercent toutes sortes de violences : entre eux, mais surtout envers les femmes, les enfants, les animaux, la forêt...
Face à eux, des personnages attachants, intelligents et sensibles, tentent de faire changer les choses, de résister en défendant les faibles (enfant harcelé, femmes battues ou opprimées...) et en défendant la nature, c'est-à-dire les végataux et les animaux, domestiques et sauvages — où l'on découvre des animaux endémiques, comme les diables ou les aigles de Tasmanie.
Parmi eux, Leon, jeune garde-forestier fraîchement arrivé, a du mal à faire son trou face aux bûcherons. L'autre personnage principal est Miki, une jeune femme sous le joug de son frère psychorigide et grincheux, sensible aux animaux qui cherche sa voie et sa liberté, influencée par des héroïnes littéraires.
Si les personnages sont quelque peu manichéens, une tension captivante s'installe dans le récit au fur et à mesure des confrontations.
C'est une ode à la nature et à la liberté.

Les Escales, 2019, 432 pages.

samedi 20 avril 2019

La vie sexuelle des légumes

Voilà enfin tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les plantes sans jamais oser le demander avec La vie érotique de mon potager.
Xavier Mathias, formateur en maraîchage et jardinage bio, nous dévoile tout.
Il affirme qu'au jardin tout s'explique par la reproduction. Les plantes ne pensent qu'à ça et développent des trésors d'imagination pour être fécondées. C'est donc avec beaucoup d'humour que ce jardinier coquin partage ses connaissances pointues et ses secrets intimes. Il transmet son plaisir du jardinage, saison par saison, avec des jeux de mots ambivalents pour nous parler de semences, de mottes, d'asperges, carottes, concombres, poireaux et autres légumes phalliques...
On savait que le gingembre avait la réputation d'être aphrodisiaque. On apprend que le céleri l'est aussi, d'où l'adage populaire : "Si la femme savait ce que le céleri fait à l'homme, elle irait en chercher de Paris jusqu'à Rome".
Et pour introduire le sujet, si je puis dire, Anna Gavalda n'est pas en reste avec une savoureuse préface pleine de crudités et de conseils érotiques, à faire rougir les tomates.
Comme quoi, le jardin (et la lecture de ce beau livre) est source de plaisir. Et il n'y a pas que les fleurs et les légumes qui ne pensent qu'à ça. Les jardiniers aussi.

Terre vivante, 2019, 176 pages.