jeudi 27 février 2014

Dans la peau de Marguerite Duras

Le Passeur Éditeur publie des livres depuis un an à peine, a déjà une quarantaine d'ouvrages à son actif et a lancé une collection "Dans la peau de..."
C'est Olympia Alberti, qui a eu l'honneur de connaître Marguerite Duras, qui se glisse dans le personnage avec Marguerite Duras, une jouissance à en mourir. Une entreprise risquée mais réussie. À tel point qu'on retrouve une sonorité de la musique de Duras dans le style, qu'on croit l'entendre ou la lire directement, en revivant les événements marquants de sa vie, en se rappelant ses failles, en retrouvant des personnes et des lieux qu'elle a aimés, en insistant sur ce qui lui tenait le plus à cœur, comme l'amour et l'écriture.
Pour ceux qui aiment Duras, ce sera un autre rendez-vous posthume, des retrouvailles intimes, une meilleure compréhension de son intelligence, de sa façon de vivre, de son écriture... et une source d'inspiration.
"Parce que c'était écrire, qui faisait la vie pétillante, c'était écrire et créer, avancer dans cette urgence des mots, des images qu'ils créaient selon leur lien ou leur désunion, qui donnait cette générosité grandissante, c'était cet état indéfinissable de l'être qui écrit, qui faisait scintiller les heures, et offrait à l'âme la désaltération qui écartait les ombres, et instaurait la vraie fête. Publier, c'était après, loin derrière, sans du tout la même intensité de lumière. C'était quitter le temps intérieur."
Éditions Le Passeur, 2014, 176 pages.

dimanche 23 février 2014

L'écriture à coups de hache

C'est égal est un recueil de nouvelles aussi courtes que violentes, écrites à coups de hache, dans cet esprit âpre et troublé propre à Agota Kristof.
Cette écrivain Hongroise avait fui son pays natal pour se réfugier en Suisse mais, croyant trouver la liberté, s'était, comme ses compagnons de fuite, toujours sentie coupée de ses racines, de façon irrémédiable, avec des regrets éternels.
D'où ce désespoir et ce pessimisme qu'elle exprime dans ces textes écrits tout au long de sa vie : la folie, l'injustice, la misère, la barbarie, l'abandon, les destins brisés... avec, parfois, peut-être, une pointe acérée d'humour noir et cruel.
C'est égal, son dernier livre édité, au titre désabusé, est un choc, comme toute son œuvre, et notamment la trilogie formée par Le grand cahier, La preuve et Le troisième mensonge.
Voir aussi ma chronique sur L'analphabète.

Éditions du Seuil, 2005, 120 pages. 

lundi 17 février 2014

Panier de crabes

L'île de Tôkyô de Natsuo Kirino est un roman sur les rapports hommes-femmes, la place de la femme dans la société, les rapports de force, les conditions de survie en milieu clos...
Un couple fait naufrage sur une île déserte, quelque part dans l'océan Pacifique, bientôt rejoint par un groupe de jeunes Japonais puis un groupe de Chinois. La seule femme de l'île, Kiyoko, est l'objet de toutes les convoitises ; ce qui la met en danger mais lui donne aussi un certain pouvoir. On est loin de l'idée du paradis. La survie s'organise cahin-caha. Les uns tentent de s'adapter, d'autres deviennent fous, certains meurent. Les rapports de force évoluent. Chacun rêve de quitter cette île oubliée du monde (ou presque : elle servirait de décharge pour de mystérieux produits toxiques) et fomente des plans pour s'échapper.
Jusqu'à la fin, les multiples rebondissements de l'intrigue bouleversent la donne : on ne sait jamais à quoi s'attendre.

Éditions du Seuil, 2013, 288 pages. 

vendredi 7 février 2014

Les amitiés féminines

Immortelles est le premier roman de Laure Adler, inspiré de ses amitiés féminines et de ce qu'elle sait des femmes : une fiction plus vraie que nature.
Le style fluide nous plonge dans cette époque, la fin des années 60, d'extrême liberté et d'effervescence culturelle, intellectuelle, politique et sexuelle. Nous suivons progressivement les destins de trois femmes, Florence, Suzanne et Judith, en cinq parties, de l'enfance à la vie adulte : Le temps de l'innocence ; La perception de l'existence ; Le sentiment sexuel ; Le surgissement du réel et L'apprentissage de la désillusion. Une introduction et un prologue encadrent le tout et situent la narratrice, le quatrième personnage féminin.
Les mères ont également un rôle important, bien que secondaire, du point de vue de la transmission mère-fille. Les pères brillent plus souvent par leur absence.
"La faucheuse n'a pas été tendre avec notre génération. Pas de plan de vie, pas de désir particulier de rester en vie. Nous n'y pensions même pas. Nous nous sentions immortelles."
Ces trois femmes ont disparu — deux d'entre d'elles sont mortes et la troisième s'est évaporée — et malgré leur absence, elles sont toujours très présentes pour la narratrice, parties intégrantes de sa personnalité et de sa propre construction. En effet, les amitiés féminines, souvent intimes et confiantes, marquent à vie. Et les personnes chères, même perdues, sont éternelles.

Éditions Grasset, 2013, 368 pages.

Côté biographie, le livre de Laure Adler sur Marguerite Duras reste une référence.
Voir aussi la chronique sur le Manifeste Féministe.