vendredi 27 février 2015

Rencontres insolites dans Kanyar n° 4

Nous attendions avec impatience cet heureux événement : le voilà, avec une superbe illustration de couverture bien "Kanyar" : une création spéciale à la carte à gratter de l'auteur de bandes dessinées Franck Meynet, dit Hippolyte.
Ce n° 4 nous invite à rencontrer des personnages pour le moins insolites, dans l'ordre d'apparition des nouvelles : une prima donna haute en couleurs (et en rondeurs) dans Tropic Salomé d'Emmanuel Genvrin ; un nain de conte alcoolisé et sa sorcière de belle-mère dans Retour à Piton Sainte-Kloé de Nathalie Valentine Legros ; une mère de famille qui fomente son divorce en rentrant de vacances dans Modification de Cécile Antoir (une de mes nouvelles préférées : bravo Cécile !) ; un rebelle qui refuse d'être évacué avant l'apocalypse, dans Les cendres d'Olivier Appollodorus ; un vieux monsieur qui perd la tête et bat la breloque dans Trouble de Marie Martinez ; un autre qui reste mystérieusement reclus dans sa chambre d'hôtel, dans Chambre 710 d'Emmanuel Gédouin ; une jeune femme qui cherche la tombe de son père dans Gare du Nord d'Albertine M.Itéla ; un liquidateur de cadavre dans la nouvelle bilingue créole-français Féklèr la nuit de Vincent Constantin ; un philosophe passionné de fourmis dans La vie d'un philosophe d'Edward Roux ; les invités d'un banquet dans La petite communion de Julie Legrand ; un boxeur rêveur dans Ézéchiel de Matthieu Périssé et enfin un écrivain harcelé par Bernard Pivot dans Grosjean comme devant de Xavier Marotte.
Autant de rencontres sur vrai papier qui ne vous laisseront pas de verre, d'autant que lire sur papier est plus bénéfique pour le cerveau que lire sur écran : réduction du stress, augmentation de la capacité de concentration et amélioration de la mémoire (c'est prouvé scientifiquement).
Sachant que la revue Kanyar est considérée par 100 % de ses lecteurs, et 100 % de ses non-lecteurs, comme un très bel objet, la lecture de Kanyar est source de plaisirs et excellente pour la santé !
On se demande pourquoi certains ne sont toujours pas abonnés...
Vite ! Suivez ce lien.


dimanche 22 février 2015

L'histoire d'Histoire d'O

Dans Histoire d'O, c'est l'histoire du livre qui est la plus romantique et passionnante, à tiroirs, longtemps (40 ans) restée secrète. L'intention de l'auteur, Pauline Réage, pseudonyme de Dominique Aury, de son vrai nom Anne Desclos, était de séduire l'homme qu'elle aimait, Jean Paulhan (Pauline Réage est presque l'anagramme de Égérie Paulhan). Le texte n'était donc pas destiné à être publié au départ. Elle l'envoyait à son amant comme un feuilleton, au fur et à mesure qu'elle l'écrivait, d'un seul jet, sans ratures, directement inspiré de ses fantasmes — et probablement de ceux de son destinataire. C'est ce qu'elle raconte dans le texte magnifique Une fille amoureuse.
"Une fille amoureuse dit un jour à l'homme qu'elle aimait : moi aussi je pourrais écrire de ces histoires qui vous plaisent... Vous croyez, répondit-il ?"
"Ce qui le passionnait, lui pour qui j’écrivais cette histoire, dit-elle encore, c’est le rapport qu’elle se trouvait avoir avec ma propre vie. Se pouvait-il qu’elle en fût l’image déformée, inversée ? Qu’elle en fût l’ombre portée, méconnaissable, resserrée comme celle d’un promeneur au soleil de midi ou méconnaissable encore, diaboliquement allongée comme devant celui qui revient de la mer atlantique, sur la plage vide, quand le soleil se couche en flammes derrière lui ?"
Intriguée par cette femme discrète et d'allure sage qui cachait bien son jeu, Régine Deforges l'a longuement interrogée, ce qui a donné le livre d'entretiens O m'a dit 
Histoire d'O est l'histoire d'amour absolu et mortifère d'une femme disposée à s'abandonner, se soumettre et souffrir jusqu'à la mort pour l'amour d'un homme. C'est le texte anti-féminisme par excellence, et qu'il faut apprécier pour son style littéraire classique, un rien désuet, limpide.
D'ailleurs, Paulhan l'avait proposé à l'éditeur Pauvert car il pensait que ce livre aurait "un jour sa place dans l'histoire de la littérature".

 Ci-contre : Dominique Aury dessinée par Delius.

vendredi 20 février 2015

Qu'est-ce qu'une bonne histoire ?

Dans ce guide pratique, Écrire une fiction, Laurent Hébert propose des techniques d'atelier d'écriture à la carte.
Il met le pied à l'étrier au lecteur — écrivain en herbe — avec une série d'exercices et de conseils sur tous les aspects de la fiction : des exemples de pistes à suivre, les clichés à éviter, l'angle de vue du narrateur pour avancer, sans perdre de vue le lecteur, avec des personnages consistants, une histoire structurée, pleine de ressorts et de non-dits (non-écrits), éventuellement des dialogues. Quitte à enfoncer quelques portes ouvertes, le guide aide éventuellement à corriger les défauts d'un texte et à se poser les bonnes questions.
Dont la principale est : qu'est-ce qu'une bonne histoire ?
"Certains racontent des choses banales, mais d'une façon si extraordinaire que cela devient une bonne histoire. D'autres racontent des choses extraordinaires avec moins de talent de "raconteur", mais cela fait quand même une bonne histoire."
Personnellement, j'aurais tendance à dire que c'est la forme et le style qui priment pour servir une bonne histoire.
Enfin, pour ceux qui n'ont pas envie ou besoin d'exercices, Laurent Hébert propose une analyse et une réflexion sur la fiction. Il passe également en revue les grandes raisons qui poussent à écrire, ce qui est finalement le véritable moteur qui permettra au lecteur de passer à l'acte, de l'autre côté de la page. 

Éditions Eyrolles, Collection Les ateliers d'écriture, 2015, 184 pages.

mercredi 18 février 2015

Apocalypse now

Un homme, ancien chercheur, survit seul, après un périple en groupe jusqu'en Europe du nord, caché dans une vallée, quelque part dans les Alpes. Nous sommes dans les années 2020. C'est l'apocalypse. La civilisation est en plein chaos, détruite. L'électricité ne passe plus. Les moyens de communication sont donc coupés. L'essence est introuvable. La planète est ravagée par les catastrophes climatiques et nucléaires. La barbarie domine. Çà et là, des communautés tentent avec difficulté de s'organiser et de se protéger des pillards.
Notre survivant écrit sur des cahiers trouvés, sans savoir si quelqu'un pourra le lire un jour. Il alterne le récit de son quotidien (son précaire mode de subsistance en pleine nature) et son passé proche : comment il en est arrivé là, son parcours et les raisons de la fin du monde.
Ce qui est particulièrement fascinant — et angoissant ! — dans cette fiction futuriste, c'est qu'elle est plausible et vraisemblable, sans aucun élément fantastique. L'auteur, Jean-Pierre Boudine (également agrégé de mathématiques) apporte dans ce roman une réponse au Paradoxe de Fermi.
Pour résumer le principe de ce paradoxe, le physicien Enrico Fermi (Prix Nobel de physique en 1938) s'est interrogé, dans les années 50, sur la possibilité d'une vie extra-terrestre : puisque d'autres que nous peuvent exister, où sont-ils et pourquoi ne trouvons-nous aucune trace d'eux ? Ceci dit, aucune trace d'extra-terrestres dans ce roman, mais je ne vais pas davantage dévoiler l'intention.
Toujours est-il que ce livre est passionnant, plein de suspense, bien écrit. Il donne surtout à réfléchir sur notre civilisation, son organisation, ses limites, ses excès...

Éditions Denoël, Collection Lunes d'encre, 184 pages, 2015. 
Postface de Jean-Marc Lévy-Leblond

jeudi 12 février 2015

Toufik le taxi, c'est sa vie

Toufik Abou-Haydar est d'origine libanaise et, à la suite de concours de circonstances, devient taxi pour nourrir sa famille, le temps de voir venir et de trouver le travail de ses rêves. Ses rêves tendent vers le cinéma, la littérature, la poésie...
Or, le provisoire s'installe car le métier de taxi a ses avantages : une certaine liberté, la possibilité de bien gagner sa vie si on s'en donne la peine, la surprise des clients hétéroclites, connus ou inconnus, qui se succèdent. Entre deux anecdotes farfelues, drames quotidiens ou souvenirs personnels, il roule sur les airs de Sinatra ou tire un livre de sa boîte à gants qui lui sert de bibliothèque. Il cite ses passages préférés chez Italo Calvino, Joseph Conrad, Prosper Mérimée, Marguerite Duras, Marcel Proust, Milan Kundera, Philippe Delerm, Albert Camus, Nathalie Sarraute, Jacques Prévert...
La poésie s'invite chaque jour dans le regard qu'il porte sur les choses — comme la prose éphémère des bulletins météo de Joël Collado — et l'attention qu'il porte à ses passagers. 
Ce sont les chroniques, depuis deux décennies, de ses courses dans les rues de Paris qu'il présente dans Confidences passagères ; le témoignage de l'habitacle habité — bien qu'un tantinet macho — d'un taxi comme on rêve d'en rencontrer plus souvent.

Éditions Max Milo, 2015, 192 pages.

mardi 3 février 2015

Une chômeuse sachant chroniquer

Anne David a profité du temps libre qui lui était imposé pendant une période de chômage pour écrire ses Chroniques d'une branleuse.
Quarante-neuf textes courts, accompagnés chacun d'une illustration, sont autant de réflexions bien senties sur le statut du chômeur (donc du travail), du temps qui passe, de l'argent, des rêves et des projets, de l'art, du sens de la vie... mais aussi la cigarette électronique, la fatigue des règles ou le port du soutien-gorge...
Ses propos donnent à réfléchir sur des valeurs ou des comportements qui évoluent, ou pas. Son style direct, souvent cru et ironique, est savoureux.
"Aujourd'hui j'ai décidé de rendre publique cette partie de ma vie qui consiste à être au chômage". C'était en mars 2014.
À bien y regarder, il n'y a pas vraiment été question du chômage, il n'a été qu'un prétexte. Il a été question du travail et du sens que je lui donne. À bien y regarder, la question du travail est secondaire. Il n'est que faire et défaire. Il est question, dans ces chroniques, du bonheur et des petites marges dans lesquelles je le trouve souvent.
Les Chroniques d'une branleuse sont publiées par les jeunes éditions Vanloo (installées à Aix-en-Provence) dont la vocation est de lire, écrire, publier, "comme jeter un pétale de rose au fond du Grand Canyon, et attendre l'écho..."
La quatrième de couverture est signée par Marie Desplechin.

Chroniques d'une branleuse, éditions Vanloo, 2015, 96 pages.