lundi 24 décembre 2018

Sauvetage en temps de crise

En Espagne, en pleine crise des années 80, une usine d'impression de textile ferme ses portes. Les patrons se sont volatilisés.
Les employés ne sont plus payés et se retrouvent au chômage.
Ils décident alors de reprendre l'usine à leur manière et d'honorer les commandes en cours...
Cachemire est l'histoire vraie et attachante du père de l'auteur, Rubén del Rincón, scénariste et dessinateur, aidé de son frère Carlos pour la couleur.
C'est donc une histoire de famille qui mêle des souvenirs d'enfance des deux frères et qui constitue surtout un bel hommage à leur père et ses collègues — dessinés comme des cowboys des temps modernes — qui ont créé une coopérative pour conserver leurs emplois.

Éditions du Long Bec, 2018, traduit de l'espagnol par Isabelle Krempp et adaptation des dialogues par Fabrice Linck, 108 pages couleur. Première parution en Espagne en 2012.

mercredi 19 décembre 2018

Poésie en toute chose

Le grand chosier de Laurent Albarracin* est très inspiré du Parti pris des choses de Francis Ponge et s'intéresse à ces objets du quotidien, sous nos yeux et loin des sujets éculés, peu poétiques au premier abord, parfois cocasses.
L'auteur nous emmène sur des chemins détournés pour leur donner une nouvelle vie, extraordinaire et inattendue.
Dès le premier texte, nous voilà harponnés (justement !), étonnés, amusés, par le grappin d'abordage.
Dans la série Petite métaphysique culinaire, les ingrédients du placard de la cuisine y passent : miel, semoule, oignon, crème, sel...
Dans sa Postface aux choses, Laurent Albarracin commente sa démarche et commence ainsi :
Les choses ont ceci de particulier qu'elles sont plus générales qu'elles en ont l'air. Je veux dire qu'elles touchent à infiniment plus qu'elles-mêmes alors même qu'elles ne sont qu'elles-mêmes et précisément parce qu'elles ne sont que ce qu'elles sont.
Il dit aussi, plus loin :
Avec la langue on a vite fait d'appliquer une usine à gaze sur une jambe de bois. On tend des perches pour se faire prendre à la poix de nos appâts. La langue est cette chose qui grasseye dans les choses et en goûte toute la riche matière.
Le grand Chosier rassemble des textes inédits ou déjà parus dans diverses revues par-ci par-là et dépoussière la poésie avec humour et brio.

Éditions Le Corridor bleu, 2015, 184 pages.

* Laurent Albarracin est poète, participe notamment au site Poezibao et fait partie du comité de rédaction, avec Guillaume Condello et Pierre Vinclair, de la revue Catastrophes également éditée par Le Corridor bleu.
Voir aussi la rubrique où l'auteur publie des notes de lecture, sur le site de Pierre Campion.

Quelle nature en ville ?

La revue Science & Vie* publie un dossier étonnant sur la mutation de la nature en ville.
Entre les espèces sauvages et les espèces domestiques, d'autres se sont acclimatées aux conditions difficiles des villes (chaleur, bruit, éclairage, foule, déchets...) et se sont donc transformées pour devenir typiquement urbaines : fourmis, lézards, mésanges, papillons... Mais on trouve surtout les habituels pigeons, moineaux, hirondelles, ainsi que les rats et souris, les blattes, punaises de lit... moins réjouissants.
Parmi les espèces végétales qu'on trouve le plus fréquemment, vous n'y avez certainement pas fait attention parce qu'on aurait tendance à les "traiter" de mauvaises herbes : pâturin, bourse à pasteur, stellaire...
Il est vrai que le terrain des villes n'a intéressé les écologues que depuis peu — il reste encore à explorer et comprendre. Si ce milieu en pleine mutation est inquiétant par certains aspects, certains spécialistes restent optimistes pour l'avenir (il vaut mieux puisque l'urbanisation continuera de se développer). En effet, les villes pourraient aussi devenir des écosystèmes à part entière, où la biodiversité serait préservée, loin des cultures intensives des campagnes qui n'ont parfois plus rien de bucolique et où les espèces menacées n'ont plus leur place...
À condition que les agglomérations deviennent moins pollués ? Même l'homme — un autre animal des villes — s'adapte et développe parfois des résistances à la pollution !

* Science & Vie n° 1216, janvier 2019

Lire aussi ma chronique sur la végétalisation des espaces urbains (Petit traité du jardin punk).

mardi 18 décembre 2018

Vive le jardin punk !

Il y a le jardin zen ou à la française, par exemple, deux modèles traditionnels bien codifiés et ordonnés, et il y a le jardin punk !
Avec beaucoup d'humour (et de sérieux), Éric Lenoir nous apprend à désapprendre le jardinage avec son Petit traité du jardin punk.
No future ? Bien au contraire ! C'est plutôt, à travers l'histoire des jardins et du jardinage, un nouvel état d'esprit pour ces espaces de nature artificiels (surtout en ville et là où on ne les attend pas). Le jardin punk doit être rapide et facile à réaliser et à entretenir, pas cher (en récupérant et recyclant) et beau.
L'auteur est paysagiste et s'est "mis en tête de trouver des solutions pour que cette nature passe, là où elle fait défaut, d'un statut dérisoire à un statut à la fois indispensable et remarquable".
Éric Lenoir fait partie de cette génération de professionnels qui a dû repenser l'enseignement qu'on lui a donné, dans une perspective beaucoup plus écologique — et souvent moins guindée. Le jardin punk est celui qui s'affranchi de certaines règles (aligner, tailler, tondre, désherber...), qui les prend à rebrousse-poil et répond à de nouvelles attentes. Par exemple, en ville, nous voulons aussi des coquelicots et des marguerites, et que la nature (re)vienne à nous, jusque sur nos trottoirs.
Ce petit livre passionnant et réjouissant, bourré d'idées et d'astuces pour végétaliser (avec une belle liste de végétaux punk), n'est cependant pas un manuel de jardinage.
C'est un véritable manifeste pour le jardinage punk, qui n'est pas un passe-temps de retraité plan-plan, mais une activité rebelle, créative et surtout très belle.
Vive le jardin punk !

Éditions Terre Vivante*, 2018, avec photos et illustrations, 96 pages. 

* Terre Vivante est une entreprise coopérative qui conjugue écologie et conseils pratiques depuis près de 40 ans avec une maison d'édition, le magazine Les 4 saisons pour jardiner sans produits chimiques et  un Centre écologique dans les Alpes pour faire des stages de découverte et d'apprentissage.

Lire aussi ma chronique sur la mutation de la nature en ville (dossier Science & Vie).

lundi 17 décembre 2018

Tiburce, le double astral de Tehem

À l'occasion de la sortie de la première partie de l'intégrale des aventures de Tiburce, le dessinateur Tehem répond à nos questions. Nous avions déjà parlé de lui dans ce blog, à propos de ses BD Chroniques du Léopard, Nowan, la revue Le Cri du Margouillat ou Le Major contre le gang des Canotiers blancs

Il est également l'auteur des séries Malika Secouss et Zap Collège


Tiburce est ton plus ancien personnage. Comment pourrait-on le définir ?
Tehem : Tiburce est un petit Yab* vivant dans un village des hauts, dans un temps figé dans les années 70-80. C’est-à-dire les années de ma jeunesse. Il est un peu limité, naïf, mais toujours positif.

Que représente-t-il pour toi ?
J’ai créé Tiburce lorsque je passais mon bac en métropole : j’étais fou de rage de voir qu’au même moment sortait à La Réunion le premier numéro du Cri du Margouillat (un fanzine BD réunionnais). J’aurais tellement aimé être là-bas à ce moment-là ! Tiburce, c’est donc mon double astral :)

Est-ce qu’il t’a été inspiré par ton enfance à La Réunion ?
J’avais l’habitude de dire il y a quelques années que Tiburce n’était pas moi, mais un mélange de copains, et de cousins. Mais avec le temps, je me rends compte que c’était bien moi qui poussait ce pneu… J’assume, maintenant : Tiburce, c’est moi petit. 

On le voit toujours en train de faire rouler un pneu. C’est un jeu qui se pratiquait à La Réunion ? Aujourd’hui encore ?
Oui, j’y jouais chez ma grand-mère des Avirons les week-ends. Le terrain accidenté s’y prêtait, et on trouvait facilement des pneus, ceux-ci servant à délimiter des parties du jardin. 

Qu’apporte de plus l’intégrale par rapport aux éditions originales ?
La première intégrale rassemble les 4 premiers tomes colorisés, ainsi que quelques strips inédits. Et surtout, ça permet une lecture dans la continuité, c’est pas mal pour donner aux personnages plus d’épaisseur.

Est-ce que l’écriture du créole a été un problème ?
Non, pas au début. C’est après le deuxième tome qu’un linguiste est venu me dire que mon écriture n’était pas « réglementaire ». Mais je suis convaincu que la graphie que j’ai choisie est plus efficace pour ce que je veux en faire, c’est-à-dire un outil de lecture instinctif de la bande dessinée. 

Est-ce que tu as toujours rêvé de faire de la BD ou bien cela t’est arrivé par hasard ?
À l’âge de 8 ou 9 ans, je dévorais des bandes dessinées (enfin, les pauvres BD qui arrivaient jusqu’à La Réunion à cette époque), et très vite j’ai trouvé ce moyen d’expression magique. J’avais réalisé du coup une centaine de pages racontant des histoires d’agent secret, de chevalier, d’homme de la jungle… Ces histoires ne s’adressaient qu’à moi, seul lecteur privilégié. Puis je me suis rendu compte que ces récits étaient aussi clairs pour les autres. C’est là que je me suis dit que c’était ce que j’allais sûrement faire plus tard. J’ai essayé de progresser en recherchant ce qui ne fonctionnait pas dans la lecture, en lisant aussi d’autres auteurs fondamentaux (Gotlib, Franquin, etc.). J’essaie encore aujourd'hui de progresser, d’expérimenter d’autres techniques.

Où peut-on acheter ou commander l'album ?
Notamment sur le site du Cri du Margouillat.

Éditions Centre du monde, 2018, 21 x 16,5 cm, 176 pages.

* Yab : nom donné aux Blancs qui vivent dans les hauteurs de l'île de La Réunion. 

samedi 1 décembre 2018

Résister aux boules de Noël

Même si Noël vous fout les boules, vous ferez bien un petit cadeau, ne serait-ce qu'à vous-même pour vous remonter le moral avec de très bons livres.
Voici quelques suggestions parmi mes lectures préférées de l'année.
Je vais commencer par deux recueils d'André Pangrani que nous avons publiés avec Les Amis de Kanyar, en vente notamment sur le site de la revue Kanyar qu'il avait fondée (et dont le n°6 est en préparation !) :
Un galet dans le pare-brise et Le Major contre le gang des Canotiers blancs d'André Pangrani.


Et par ordre alphabétique d'auteurs de romans :


Watership Down de Richard Adams (nouvelle édition d'une formidable épopée de lapins)
Seule la nuit tombe dans ses bras de Philippe Annocque (un roman sur l'amour et les réseaux sociaux)
L'homme qui s'envola d'Antoine Bello (sur la difficulté de disparaître : merci Rachel !)
En route vers Okhotsk d'Eleonore Frey (pour un voyage imaginaire)
Les oiseaux morts de l'Amérique de Christian Garcin (les dessous de Las Vegas)
La Confession de John Herdman (l'écrivain qui en savait trop)
Les arbres d'Armelle Leclercq (joyeuse poésie sur nos amis les arbres)
L'écart d'Amy Liptrot (où la nature sauve)
L'amour après de Marceline Loridan-Ivens (un beau récit de la grande Marceline qui nous a quittés cette année)
Le Sillon de Valérie Manteau (et encore bravo pour le prix Renaudot !)
Ventoux, versant littéraire de Bernard Mondon (superbe anthologie de textes sur le mythique sommet)
Une si brève arrière-saison de Charles Nemes (ironique, subtil et attendrissant)
Quichotte, autoportrait chevaleresque d'Éric Pessan (le défenseur des grandes causes actuel)
Taqawan d'Éric Plamondon (excellent roman qui mérite son succès et son prix France-Québec !)
De toutes pièces de Cécile Portier (un extraordinaire cabinet de curiosités)
Berlin on/off de Julien Syrac (un roman hilarant sur l'art et les artistes)
Article 353 du code pénal de Tanguy Viel (de l'espoir dans un monde tristement banal et injuste en temps de crise)
- 3 trucs bien de Fabienne Yvert (un bon truc pour trouver des choses positives où il n'y en a apparemment pas !)

BD et romans graphiques

- Chroniques du Léopard d'Appollo et Tehem (dans la sélection du grand prix d'Angoulême !)
CONversations de Jorge Berstein  et Fabcaro (super drôle sur les faux vendeurs)
- Down with the kids de Dav Guedin (humour et tendresse avec les enfants)

Wesh ! Caribou d'ElDiablo (les tribulations d'un Français dans le grand froid)
- Strip-tease d'Emma Subiaco (les tribulations d'une apprentie strip-teaseuse)


Essais

Remèdes à la mélancolie d'Eva Bester (nouvelle édition) : la consolation par les arts ! 
La Note américaine de David Grann (enquête sur les Indiens d'Amérique)
Sorcières. La puissance invaincue des femmes de Mona Chollet (excellentissime essai captivant, indispensable !)

Vous n'aurez aucune excuse pour passer cette période sous la couette ou au coin du feu, ou sur la rabane à la plage (pour nos amis de l'Hémisphère sud), en bonne compagnie avec nos amis les livres.

Consultez aussi mes suggestions précédentes :
- année 2017
- année 2016