lundi 6 juillet 2026

La parole aux héroïnes !

Héroïnes de la littérature, d'Antigone à Emma Bovary, un nouveau regard sur 12 figures littéraires d'Élodie Pinel avec des illustrations de Lucie Louxor : tout est dit dans le titre ! Grâce à un pas de côté, nous reconsidérons ces femmes plutôt maltraitées.
Elles sont victimes ou coupables, méchantes, voire femmes fatales épouvantables, solitaires, caricaturales ou floues (elles font rarement l'objet d'une description). 
Ces héroïnes de la littérature ne connaissent pas de fins heureuses et ne sont pas inspirantes. 
Elles sont surtout entourées de prédateurs. 
Quant à leurs auteurs, l'image qu'ils donnent de leurs personnages féminins est vraiment biaisée. Ils transforment même des femmes puissantes en pauvres filles. On ne peut vraiment pas dire qu'ils militent pour l'égalité des genres dans l'esprit des lecteurs et des lectrices !
C'est pourquoi, dans une démarche critique, littéraire et féministe, l'autrice a choisi de donner la parole à une douzaine de personnages féminins de la littérature française que l'on étudie en classe : Emma Bovary, la marquise de Merteuil, Carmen, Nana, Marguerite Gautier, Bérénice, Elvire, Chimène, Guenièvre, Antigone, Manon Lescaut, Madame de Rénal.
À la première personne, elles expriment enfin le fond de leur pensée sur leurs parcours et destins. Leurs personnalités deviennent plus complexes, aiguisées, profondes, cohérentes et dignes.
Nous ne verrons plus de la même façon ces héroïnes sacrifiées ou détestables, grâce à Élodie Pinel qui leur redonne toute leur puissance et leur humanité !

Mango Society, 2025, 208 pages. 

dimanche 5 juillet 2026

Jeux de mots

La fameuse langue de Molière
Voici le cahier de vacances idéal pour s'amuser tout en s'instruisant : le Cahier d'activités des Linguistes atterrées sur l'orthographe, son histoire, ce qu'elle représente pour chacun de nous, etc. 
Les auteurs et autrices sont un collectif de linguistes de France, Belgique, Suisse et Québec.
Que vous fassiez zéro faute aux dictées, ou que vous soyez un peu honteux de vos étourderies, ces 80 pages de jeux sur la langue française vous permettront de tester vos connaissances, mais surtout d'en comprendre les fondements. 
En effet, les règles ne sont rien d'autre qu'un ensemble de codes, parfois arbitraires (nous avons tous en tête le mot autrice que certains n'appréciaient pas et l'ont banni) avec leurs incohérences et aberrations.
C'est ainsi que, dans le chapitre 1, nous apprenons à ne pas confondre l’orthographe avec la langue, qui varient d'une époque à l'autre, et pourrons ainsi mieux comprendre les conventions pour les contextualiser.
Le chapitre 2 nous emmène en voyage dans le passé et les évolutions de la graphie plus ou moins fixée. Il semblerait donc que les crispations à propos des fautes soient assez récentes. Ce n'est peut-être pas une raison pour écrire n'importe comment ou vouloir tout réformer... 
Quoique..., c'est l'objet du chapitre 3 sur l'orthographe créative : jouons avec les mots, surtout si c'est drôle, poétique et inventif,  pour inventer ceux qui manquent ou pour mieux préciser notre pensée. C'est parfois bien utile pour coller au plus près de certaines prononciations régionales, ou du langage des enfants ou des étrangers...
Et qu'en est-il de l’orthographe des textos ou des mails ? C'est ce que nous raconte le chapitre 4 avec ces nouvelles normes et abréviations de l'écriture numérique. 
Le chapitre 5 explore les diktats de la dictée alors que le chapitre 6 part dans le futur !
Vous avez ensuite les réponses aux questions, la bibliographie et la liste de la vingtaine de linguistes atterrées (ça ne se voit pas trop, mais pour éviter l'écriture inclusive, le e féminin est dans un ton plus pâle).
Le tout est édité par Les Éditions de l'Atelier, une maison indépendante créée en 1929 (anciennement Éditions Ouvrières) qui poursuivent un engagement humaniste.

Les Éditions de l'Atelier, 2026, 80 pages. 


vendredi 12 juin 2026

Le petit livre vert de la nature

Il est vert, comme trempé dans la chlorophylle. 
Il ressemble aux livres scolaires d'autrefois sur les leçons de choses, mais il est tout à fait au goût du jour et au fait de la science. 
Il fourmille de Petites histoires de Nature, comme son titre l'indique. 
Marie Treibert
, vulgarisatrice scientifique et créatrice de la chaîne Youtube "La Boîte à curiosités", y a rassemblé près de 250 histoires insolites, drôles, étranges, incroyables mais vraies, et instructives sur nos amis les bêtes et les végétaux.
Par exemple : le record de la plus grande toile d'araignées, les bactéries qui font le goût du chocolat, les couleurs des arcs-en-ciel de Lune, les idées reçues sur les morsures d'araignées, le débat sur les virus qui seraient vivants, ou encore le trafic mondial des insectes, comme les papillons, les phasmes et autres espèces protégées...
Naturellement captivant !

Larousse, Petite bibliothèque du savoir insolite, 2026, 224 pages.




mardi 26 mai 2026

Comme un écho en nous

Le nouveau roman de Joëlle BaultSous un jour différent, nous emporte tel un ruisseau qui se fraie un passage à travers les méandres des paysages intérieurs de la narratrice, entre réflexions profondes et tracas quotidiens. 
Au cours d'une insomnie s'invitent les souvenirs, heureux, inquiets ou cuisants, envahissants... Une situation entraîne des digressions par ricochet. Des liens mystérieux relient un moment du passé à une sensation, comme la lecture d'un livre interrompue par l'apparition d'un oiseau... Par un effet de miroirs, une image se superpose à une autre en transparence. 
Parfois, l'épreuve de la maladie nous fait prendre conscience de l'importance de notre corps, du temps qui passe et de la valeur de la vie. 

« Puis-je trouver, dans ces myriades de souvenirs et de sensations, des fragments de moi qui esquisseraient un tout ? » se demande Joëlle Bault. Le fil de ses pensées nous capte et fait écho en nous. 

Le texte — servi par une écriture précise et sensible — nous emporte.

Éditions des Offray, 2026, 80 pages. 

Lire aussi la chronique sur Trois âges de la même autrice.

lundi 25 mai 2026

Sujet littéraire : la mère

Dans un court et passionnant essai, Écrire sa mère. Des écrivaines et des écrivains à la recherche de l'amour perduRobert Neuburger nous parle des relations aux mères, qu'elles soient absentes, mal-aimantes ou trop aimantes, et comment les écrivains abordent ces sujets.
Alors que l'auteur est psychiatre et psychothérapeute, le texte est d'une grande limpidité : ni jargonneux ni abstrait. Il précise : 

Mon pari s'est inspiré de Georges Perec, qui écrivit tout un roman, La Disparition, sans utiliser la lettre « e » ; moi aussi je me suis imposé ici une contrainte, celle de n'utiliser qu'a minima le vocabulaire psychiatrique ou psychanalytique et, surtout, diagnostique. Le parcours des malaimées, et de certaines trop-aimées, apporte un éclairage sur la complexité du trajet qui les a menées, depuis le constat de ce qu'ils et elles avaient subi, jusqu'à leur émergence par l'écriture. Les étapes qu'ils et elles ont franchies, du moins telles que j'ai pu les identifier, témoignent que ce n'est pas un parcours simple et qu'elles doivent être respectées. Ce que j'en ai retenu de plus précieux est que l'on ne peut aborder les situations traumatiques frontalement. Aucune gomme n'effacera le passé, mais celui-ci peut être sublimé. Il ne s'agit pas de faire l'apologie du traumatisme, mais de souligner qu'il n'y a pas de destin irrémédiable. Du pire peut toujours surgir le meilleur.

Avec de nombreuses citations de : Annie Ernaux, Nancy Huston, Delphine de Vigan, Marguerite Duras, Pascal Quignard, Hervé Bazin, Simenon, Colette, Albert Cohen, Romain Gary, Saint-Exupéry, Amélie Nothomb, Eric-Emmanuel Schmitt, etc.

Payot Poches, 2026, 144 pages. 

mercredi 20 mai 2026

Dans les pas de Pétrarque à Vaucluse

Dans Courir à ce qui me brûle, l'écrivain Jean-Pierre Suaudeau, qui réside non loin de Vaucluse, marche dans les pas de Francesco Petrarca en Provence, littéralement et littérairement. 
Il s'inspire de la vie du poète des poètes, avec un titre tiré d'un de ses sonnets, et imagine son quotidien, ses états d'âme et ses zones d'ombre, ses rencontres... 
Comme lui, il trouve dans ces paysages l'écrin idéal pour écrire.

J'ai ensuite été cet homme venu chercher ici, tout comme Francesco, le calme, une forme de sérénité pour écrire, fuir l'activité incessante, et, comme lui, oscillant sans cesse entre vie sociale et retrait.
Se retirer, trouver la protection d'un écrin, oublier un temps les sollicitations auxquelles j'étais incapable de renoncer. En même temps y trouver un supplément d'âme que je ne parvenais pas alors à m'expliquer, un élan propre à l'écriture. Marcher, se laisser envahir par ce que distillaient les collines, la nature qui deviendrait peu à peu un cadre familier, rassurant, où l'air paraît immense, à l'égal de l'air marin sétois évoqué par Paul Valéry qui ouvre et ferme le livre.
Tout semble possible ici, n'avoir ni commencement ni fin. Rien pour limiter le désir d'écrire, pas même les bourrasques de plus en plus fréquentes du mistral, grand purificateur de la terre, ni les battues des chasseurs qui me fournissent des prétextes pour rester devant l'écran à bricoler des phrases. À l'automne ou en hiver, à l'exception de la cloche qui égrène les heures, la journée peut s'écouler, comble du luxe, sans que nul bruit humain ne me parvienne.

Le roman est bien sûr parsemé de poèmes du Canzionere de Pétrarque. 
Le tout est d'une grande poésie.

Éditions Joca Seria, 2025, 180 pages. 

Après l'apocalypse avec une renarde

Rousse ou les beaux habitants de l'univers est un roman étonnant de Denis Infante : l'épopée d'une renarde. 
En effet, les phrases du récit sont notamment dépouillées d'articles. Le vocabulaire est parfois remanié, comme si le narrateur (mystérieux et non humain) s'exprimait dans un langage nouveau et poétique, puisque les Homo sapiens, rebaptisés Têtes Plates, semblent avoir disparu de la surface de la Terre. 
Notre renarde se nomme Rousse et veut découvrir le vaste monde. On devine avec elle ses découvertes chemin faisant.
Elle fait des rencontres hostiles et risque sa vie au contact des loups, des crocodiles (rebaptisés Krakodile par un corbeau), de krakens (créature fantastique de la mythologie nordique)... 
Elle sympathise avec une ourse en deuil, un corbeau savant, des sangliers organisés, un écureuil altruiste, qui lui sauvent parfois la vie et qu'elle rebaptise amicalement... 
Elle traverse des paysages parfois désolés et détruits, parfois verdoyants et giboyeux. 
Une fois passé l'étonnement du style, on entre dans cet univers à hauteur d'animal et on se passionne pour les aventures de cette sympathique, curieuse et astucieuse petite renarde ! 

Brune grogna à  son côté, façon pour elle de rompre marche monotone, de dire qu'il est bon de voyager ensemble, et Rousse se pourlécha sèches babines, car aussi immense était ce monde, invisibles blanches montagnes, inatteignable son but, dangereux inconnu, elle avait rencontré Brune, et de cette rencontre imprévue son cœur s'était agrandi.

Éditions Tristram, 2024, 132 pages (existe aussi en Points poche).