mardi 18 août 2026

Recherche ascendance désespérement

Je ne sais pas vous, mais je suis fascinée par les histoires de personnes adoptées ou nées de personnes adoptées qui recherchent leur ascendance. 
Tout un chacun se demande qui il est (enfin, beaucoup d'entre nous), mais certains manquent cruellement d'informations sur leur arbre généalogique.
Voici deux livres qui témoignent de ces recherches et de ces enquêtes personnelles, parfois pendant de longues années.

Shâb ou la nuit, de Cécile Ladjali, est un roman (?) autobiographique qui se situe au centre de l’œuvre de l'autrice. Il aide à comprendre, à travers la vie de la petite fille adoptée et amoureuse du langage, malgré sa dyslexie, comment ses autres romans ont vu le jour. 
Cécile Ladjali n'est pas toujours tendre avec ses parents adoptifs, et il y a de quoi. Elle n'est pas plus tolérante avec sa mère biologique d'origine Iranienne. 
Son livre est cru et parfois un peu dur, mais d'autant plus authentique et surtout passionnant.

Le fardeau relate l'incroyable acharnement de vingt années de recherches de Matthieu Niango, métis d'un père Ivoirien et d'une mère française, sur les origines de sa grand-mère maternelle qui a abandonnée sa fille (donc sa mère à lui). 
Leurs investigations va les amener vers une pouponnière nazie, en Allemagne et jusqu'en Hongrie pour tenter de comprendre le cheminement de leurs ancêtres. Son grand-père était-il nazi ? Sa grand-mère juive avait-elle des penchants nazis ou cherchait-elle à tout prix à survivre et se tirer de situations précaires et violentes ? 
Des découvertes surprenantes et mystérieuses, et tout aussi passionnantes. 

Enfin, j'ajouterai un podcast édifiant et très émouvant sur une mère qui a accouché sous x et comment sa fille a réussi à la retrouver. C'est Le Secret de ma mère en trois épisodes bouleversants.

Shâb ou la nuit, de Cécile Ladjali, Actes Sud Babel, 2013, 308 pages.

Le fardeau de Matthieu Niango, éditions Mialet-Barrault, 2025, 398 pages.

Un guide pour aider les aidant(e)s.

Axelle Huber, coach et thérapeute, sait de quoi elle parle dans La ligne de crête des aidants. Tenir sans se perdre, elle qui a accompagné son mari et ses parents et qui soutient son fils. 
L'aidance concernerait une personne sur cinq en France, sachant que chaque aidant(e) a sa propre histoire, son propre lien avec l'aidé(e) et ses propres difficultés, qui évoluent sans cesse, parfois sur le fil du rasoir, dans un équilibre fragile entre organisation et fatigue physique et morale. Cela peut devenir un profond chemin de transformation, comme toute épreuve, à condition de ne pas y laisser sa peau. 
"Car beaucoup d'aidants, épuisés, meurent avant la personne qu'ils aident", nous rappelle l'autrice qui fournit de nombreux conseils, pistes de réflexion et ressources pour tenir le coup en évitant cette fatalité.
58% des aidants seraient des femmes et 42% des hommes. Personnellement, j'aurais estimé une plus grande proportion de femmes, mais quand on lit que "les femmes déclarent davantage fournir une aide aux activités quotidiennes et un soutien moral, tandis que les hommes déclarent fournir plutôt une aide financière", ce n'est pas du tout le même effort ni la même charge mentale !
Ce guide pratique très complet aborde les cas possibles d'accompagnants : de personnes âgées dépendantes, gravement malades ou en situation de handicap. 
Il se divise en 4 parties pour examiner l'aidant dans sa relation à lui-même, dans sa relation à son proche aidé, dans sa relation aux autres. Enfin une partie est consacrée à 12 ressources pour l'aidant. 
En annexe, le test de l'échelle de Zarit permet d'évaluer son degré de fatigue et son besoin de soutien (à effectuer régulièrement). 
De nombreux exemples et témoignages, dont ceux de l'autrice, rendent l'ouvrage très concret et vivant. Il procure de réelles pistes de réflexion, un soutien et un encouragement (par exemple pour déculpabiliser quand on est au bord de la crise de nerfs). 
De quoi aider judicieusement les aidant(e)s !

Éditions Mame, 2026, 256 pages. 

vendredi 10 juillet 2026

Utopie joyeuse

Illustration de Simon Roussin
Ce qu'il y a de jubilatoire dans les livres d'Hadrien Klent, c'est leur optimisme en toutes circonstances, qu'il s'agisse d'élections présidentielles, comme dans La vie est à nous ou du temps de travail réduit, comme dans Paresse pour tous
Cette fois-ci, l'auteur qui écrit sous pseudo (c'est le journaliste Raphaël Meltz) nous emmène dans une après-catastrophe — finalement joyeuse — avec Le jour zéro
Une tempête solaire provoque l'arrêt de tous les appareils numériques et électroniques et des centrales atomiques : plus de communications, d'internet, de transports ni d'appareils électroménagers... Tout s'arrête. Évidemment, cela interroge notre dépendance aux technologies et aux écrans. 
Mais l'entraide s'organise. Les vieilles voitures reprennent du service et surtout les vélos. 
Certains s’interrogent : c'est l'occasion rêvée de tout réinventer de façon positive,  avec plus de justice sociale et d'équité ; alors que tout le monde (du capitalisme) ne l'entend pas de cette oreille et fomente. 
On a envie d'y croire, tellement le contexte est réaliste (avec une véritable boîte à outils, comme d'habitude) et que les conséquences paraissent simple à réaliser. 
Encore un roman réjouissant et drôle d'Hadrien Klent !

Le Tripode, 2026, 448 pages.

Lire aussi les chroniques sur : 
-  La vie est à nous ;
-  Paresse pour tous

mercredi 8 juillet 2026

La magie du quotidien

Amateurs et amatrices de livres feel good : cet ouvrage est pour vous ! 
La rue Machikado de Saki Murayama rassemble cinq histoires sur la magie du quotidien et ces petits riens qui font les belles aventures, simples et touchantes, qui pourraient passer inaperçues. Une nostalgie délicate habite ces histoires qui se passent toutes au Japon dans des atmosphères où flotte l'odeur du café. 
Les personnages sont souvent solitaires, sensibles, altruistes, discrets. 
Il est aussi question de chats, ces animaux énigmatiques, affectueux et indifférents à la fois.
L'autrice japonaise, Saki Murayama, est née en 1963 et a reçu de nombreux prix au Japon.

Le Lotus et l'Éléphant, 2026, 320 pages.

lundi 6 juillet 2026

La parole aux héroïnes !

Héroïnes de la littérature, d'Antigone à Emma Bovary, un nouveau regard sur 12 figures littéraires d'Élodie Pinel avec des illustrations de Lucie Louxor : tout est dit dans le titre ! Grâce à un pas de côté, nous reconsidérons ces femmes plutôt maltraitées.
Elles sont victimes ou coupables, méchantes, voire femmes fatales épouvantables, solitaires, caricaturales ou floues (elles font rarement l'objet d'une description). 
Ces héroïnes de la littérature ne connaissent pas de fins heureuses et ne sont pas inspirantes. 
Elles sont surtout entourées de prédateurs. 
Quant à leurs auteurs, l'image qu'ils donnent de leurs personnages féminins est vraiment biaisée. Ils transforment même des femmes puissantes en pauvres filles. On ne peut vraiment pas dire qu'ils militent pour l'égalité des genres dans l'esprit des lecteurs et des lectrices !
C'est pourquoi, dans une démarche critique, littéraire et féministe, l'autrice a choisi de donner la parole à une douzaine de personnages féminins de la littérature française que l'on étudie en classe : Emma Bovary, la marquise de Merteuil, Carmen, Nana, Marguerite Gautier, Bérénice, Elvire, Chimène, Guenièvre, Antigone, Manon Lescaut, Madame de Rénal.
À la première personne, elles expriment enfin le fond de leur pensée sur leurs parcours et destins. Leurs personnalités deviennent plus complexes, aiguisées, profondes, cohérentes et dignes.
Nous ne verrons plus de la même façon ces héroïnes sacrifiées ou détestables, grâce à Élodie Pinel qui leur redonne toute leur puissance et leur humanité !

Mango Society, 2025, 208 pages. 

dimanche 5 juillet 2026

Jeux de mots

La fameuse langue de Molière
Voici le cahier de vacances idéal pour s'amuser tout en s'instruisant : le Cahier d'activités des Linguistes atterrées sur l'orthographe, son histoire, ce qu'elle représente pour chacun de nous, etc. 
Les auteurs et autrices sont un collectif de linguistes de France, Belgique, Suisse et Québec.
Que vous fassiez zéro faute aux dictées, ou que vous soyez un peu honteux de vos étourderies, ces 80 pages de jeux sur la langue française vous permettront de tester vos connaissances, mais surtout d'en comprendre les fondements. 
En effet, les règles ne sont rien d'autre qu'un ensemble de codes, parfois arbitraires (nous avons tous en tête le mot autrice que certains n'appréciaient pas et l'ont banni) avec leurs incohérences et aberrations.
C'est ainsi que, dans le chapitre 1, nous apprenons à ne pas confondre l’orthographe avec la langue, qui varient d'une époque à l'autre, et pourrons ainsi mieux comprendre les conventions pour les contextualiser.
Le chapitre 2 nous emmène en voyage dans le passé et les évolutions de la graphie plus ou moins fixée. Il semblerait donc que les crispations à propos des fautes soient assez récentes. Ce n'est peut-être pas une raison pour écrire n'importe comment ou vouloir tout réformer... 
Quoique..., c'est l'objet du chapitre 3 sur l'orthographe créative : jouons avec les mots, surtout si c'est drôle, poétique et inventif,  pour inventer ceux qui manquent ou pour mieux préciser notre pensée. C'est parfois bien utile pour coller au plus près de certaines prononciations régionales, ou du langage des enfants ou des étrangers...
Et qu'en est-il de l’orthographe des textos ou des mails ? C'est ce que nous raconte le chapitre 4 avec ces nouvelles normes et abréviations de l'écriture numérique. 
Le chapitre 5 explore les diktats de la dictée alors que le chapitre 6 part dans le futur !
Vous avez ensuite les réponses aux questions, la bibliographie et la liste de la vingtaine de linguistes atterrées (ça ne se voit pas trop, mais pour éviter l'écriture inclusive, le e féminin est dans un ton plus pâle).
Le tout est édité par Les Éditions de l'Atelier, une maison indépendante créée en 1929 (anciennement Éditions Ouvrières) qui poursuivent un engagement humaniste.

Les Éditions de l'Atelier, 2026, 80 pages. 


vendredi 12 juin 2026

Le petit livre vert de la nature

Il est vert, comme trempé dans la chlorophylle. 
Il ressemble aux livres scolaires d'autrefois sur les leçons de choses, mais il est tout à fait au goût du jour et au fait de la science. 
Il fourmille de Petites histoires de Nature, comme son titre l'indique. 
Marie Treibert
, vulgarisatrice scientifique et créatrice de la chaîne Youtube "La Boîte à curiosités", y a rassemblé près de 250 histoires insolites, drôles, étranges, incroyables mais vraies, et instructives sur nos amis les bêtes et les végétaux.
Par exemple : le record de la plus grande toile d'araignées, les bactéries qui font le goût du chocolat, les couleurs des arcs-en-ciel de Lune, les idées reçues sur les morsures d'araignées, le débat sur les virus qui seraient vivants, ou encore le trafic mondial des insectes, comme les papillons, les phasmes et autres espèces protégées...
Naturellement captivant !

Larousse, Petite bibliothèque du savoir insolite, 2026, 224 pages.