mardi 14 juillet 2020

Le Covid-19 vu de l'intérieur

Retrouvons* la talentueuse dessinatrice et vulgarisatrice scientifique Fiamma Luzzati pour une série de grandes et petites histoires sur le Covid-19 : Ressusciter n'est pas une mince affaire.
Elle trouve toujours le ton juste entre information, sensibilité et humour pour aborder un sujet anxiogène et poignant.
En s'appuyant sur des études scientifiques, des entretiens avec des professionnels (psy, sexologue, philosophe, médecins) et des témoignages de particuliers, elle revient sur la façon dont nous avons vécu le confinement qui a bouleversé nos vies : comment les enfants comprennent la pandémie, comment les ados en parlent, comment les couples sont affectés, comment certains n'ont plus eu envie de déconfiner (une forme de syndrome de Stockholm) et pourquoi certains deuils sont impossibles à faire... Une réanimatrice italienne raconte son quotidien pendant le "corona-tsunami". Une jeune fille débordée de Seine-Saint-Denis s'occupe de toute sa famille dont sa petite sœur autiste. Une étudiante en médecine se porte volontaire pour aider dans un hôpital et raconte, entre autres, comment l'infantilisation de la population rend irresponsable. Une psychologue raconte comment elle accompagne les familles des défunts, par téléphone ou par Skype. Une malade raconte sa longue convalescence, c'est-à-dire comment elle a ressuscité (d'où le titre de l'ouvrage).
Vous vous reconnaitrez ou comprendrez mieux comment les autres l'ont vécu.

Éditions Massot, juin 2020, 84 pages en version numérique (4,99 euros).
En janvier 2021 paraitra la version papier en 96 pages.

* Lire mes chroniques sur de précédents ouvrages de Fiamma Luzzati :
- Le cerveau peut-il faire deux choses à la fois ?
- La femme qui prenait son mari pour un chapeau

Le blog de l'autrice sur le site du Monde : L'avventura.

dimanche 14 juin 2020

Giono, furieusement

Disponible début juillet autour du Ventoux
et sur commande.
Alors que nous préparions un superbe (vraiment) numéro d'été des Carnets du Ventoux consacré à Jean Giono, j'achète spontanément Giono, furioso d'Emmanuelle Lambert. Que je lis presque furieusement, fiévreusement plutôt, dès les premières lignes*.
J'ai aussi écrit une chronique de ce livre dans ce numéro et qui est un peu différente de celle que vous êtes en train de lire.
Enfin, l’intérêt de ce numéro superbe et consacré réside surtout dans la participation de quelques membres des Amis de Giono, spécialistes de l'œuvre : Éric Briot, Éric Dautriat, Jacques Mény, Daniel Puravet.
Emmanuelle Lambert écrit ce livre alors qu'elle prépare, en tant que commissaire, l'exposition sur l'écrivain qui s'est tenue au MuCEM il y a quelques mois. Cette biographie-essai est aussi traversée de réflexions autobiographiques de l'autrice : sa Provence à elle, comment elle a connu Giono, en classe, alors qu'elle n'avait "strictement rien compris". Oui, nous sommes parfois trop jeunes pour apprécier toute la poésie et la profondeur d'une œuvre mais, comme elle le dit : "Seul comptait le contact primitif avec la beauté, qui n'est pas affaire de compréhension".
J'ai marqué, souligné, bien des phrases dans ce Giono, furioso : signe qu'il est inspirant et donne envie de (re)lire l'écrivain, auquel je n'avais probablement pas tout compris moi non plus, mais je me souviens parfaitement des lectures, alors que j'étais adolescente, de Regain et de Un de Baumugnes qui laissent encore des traces aujourd'hui.
La fille de l'écrivain, Sylvie Durbet-Giono (dont un entretien figure également dans le numéro superbe et consacré) aurait dit du livre d'Emmanuelle Lambert : "Vous m'avez restitué mon père vivant. Il n'y avait qu'une femme pour écrire ce livre". C'est dire toute la sensibilité qui surgit des pages pour capter le Giono qui se cache à peine entre les lignes, lui qui écrivait : "Ce que j'ai à dire je l'écris, le reste c'est zéro".
*On dit de lui, c'est un solaire. Un amoureux des hommes, des bêtes et de la nature, aux jambes plantées droit dans la terre. On dit, Giono, sorcier de la langue, conteur, poète traversé de légendes comme on en racontait au pays lorsqu'il était enfant. Elles sont des temps lointains, des origines où l'on croyait au cosmos.
Éditions Stock, 2020, 224 pages.

vendredi 12 juin 2020

La chronique est-elle un art ?

Voici une chronique de chroniques ou plutôt d'une collection. En effet, les éditions Louise Bottu lancent une nouvelle collection, nommée Alcahuete, consacrée à la chronique littéraire.
Des livres qui parlent (par écrit) d'autres livres. C'est souligner son amour des livres et transformer en livre des textes épars publiés souvent sur internet. Et les livres de Louise Bottu sont toujours beaux, agréables au toucher et au regard. C'est un bel hommage à ce travail acharné de quelques passionnés (dont je suis) qui s'évertuent (depuis bientôt 10 ans pour ce blog et bien avant pour d'autres journaux moins intimes), alors que personne (ou presque) ne leur demande rien, à faire part de leur avis textuel. Je ne peux que souligner la belle idée.
Il paraît que la critique est un genre littéraire. Qu'en est-il de la chronique, genre plus libre et personnel ? Loin de moi l'idée de répondre à la question, mais quelques textes fort intéressants en fin de ce premier recueil nous éclairent : une Réflexion sur la critique littéraire de Josyane Savigneau ; une présentation de La Cause littéraire par son directeur, Léon-Marc Lévy, et d'autres réflexions de Frédéric Aribit et de Carles Diaz.
Effectivement, du moment qu'il y a écriture, il y a possibilité d'art. Certains articles de presse s'élèvent à ce niveau, d'autres pas. Comme le rappelle l'éditeur, Jean Michel Martinez-Esnaola, "en ces temps de blogs et de réseaux sociaux, l'activité s'est démocratisée. Pour le meilleur et pour le pire." Mais on lit parfois aussi le pire dans des journaux payants et imprimés. Comme quoi.
Le premier recueil de cette collection, donc, est consacré aux chroniques de Philippe Chauché parues initialement dans La Cause littéraire (un site non commercial, accessible et utilisable gratuitement dont l'objectif est de servir la littérature) et revues par l'auteur qui tient également un blog littéraire : Chauché-écrit.
Un recueil très agréable à lire donc, pour comparer son point de vue au mien parfois, découvrir des livres que je n'ai pas lus, d'autres que je ne lirai jamais (notamment celui de Gabriel Matzneff, qu'on ne peut plus lire impunément après avoir lu Le Consentement de Vanessa Springora) mais dont j'étais curieuse de lire ce qu'on pouvait en dire, etc.
Comme je le cite en bas de ce blog, Amin Maalouf le dit parfaitement : "On parle souvent de l'enchantement des livres. On ne dit pas assez qu'il est double. Il y a l'enchantement de les lire, et il y a celui d'en parler".

Éditions Louise Bottu, 2020, 174 pages.

jeudi 28 mai 2020

Blague à part, d'excellentes nouvelles de Grèce

Blague, le recueil de nouvelles de Yànnis Palavos commence fort avec la mini-nouvelle, ou micro-fiction, Password : si c'est une blague, c'est de l'humour noir et glacé d'indifférence. Excellente.
Dans la deuxième nouvelle, Des vieux, un autre personnage, tout aussi indifférent à la souffrance d'autrui (sa grand-mère en l'occurrence) et léthargique, a un choc et paf ! bascule dans un monde inattendu, contraire, plein de grâce et de complicité.
Autour de nous la neige tombait paisiblement, comme si l'on retournait une boule de verre pleine d'eau et de flocons blancs. La nuit tombait.
Inversement, comme dans la nouvelle Dans la forêt, on passe d'une attendrissante histoire de chien fou-fou à la folie effrayante.
Voilà d'excellentes nouvelles venues de Grèce.

Quidam éditeur, 2020, 116 pages.

mardi 12 mai 2020

Julie Legrand écrit avec le chant des oiseaux

C'est au tour de Julie Legrand, autrice et éditrice, de répondre à mes questions. Elle écrit des romans, des novellas, des pièces de théâtre, des histoires pour enfants, des nouvelles... dont certaines sont publiées dans Kanyar. Elle nous parle d'écriture, d'inspiration, de lectures...

Julie Legrand : "J'aime particulièrement
la littérature américaine".

Depuis quand écris-tu en général, et des nouvelles en particulier? 
D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours écrit : dans un carnet à secrets en CP, où je consignais des anecdotes d’école. Des poèmes pour mon grand-père, à 9 ans. Un journal intime, après avoir lu le journal d’Anne Franck à douze ans. Je me souviens avoir éprouvé très tôt des difficultés à sortir de la forme intime. Mes lectures initiaient une envie d’écrire très forte, doublée d’une impuissance à atteindre mes modèles. À douze ans, j’ai rédigé un début de roman de science-fiction inspiré par Dune de Frank Herbert sans réussir à dépasser le premier chapitre. Au lycée, j’aimais les surréalistes, les cadavre-exquis, l’écriture automatique. J’ai été une diariste compulsive entre vingt et trente ans, période au cours de laquelle j’avais décidé que, à défaut de pouvoir écrire de la fiction (par manque d’idées ou de sujet, croyais-je — en réalité, j’avais surtout peur de me lancer), je devais m’imposer une rigueur d’écriture dans laquelle je serai la plus précise possible ; une sorte de pacte d’honnêteté passé avec moi-même-là, duquel naitrait forcément quelque chose. Formée au métier de comédienne, j’ai ensuite écrit des scripts de court-métrages, des formes dialoguées, des monologues. Un stage de commedia dell Arte m’a permis de me familiariser avec la dramaturgie en construisant le canevas d’un spectacle en quelques heures à partir d’improvisations. J’ai ensuite rédigé des critiques de films, proposé (sans succès) des piges sur des sujets variés, et même créée l’épisode d’une sitcom Puis, progressivement, la forme s’est étoffée, la fiction s’est imposée et après avoir écrit deux romans (plutôt brefs), j’ai privilégié la nouvelle, forme qui me permet de mettre en scène toutes les idées et fulgurances qui me traversent.

Tu écris dans Kanyar depuis quelques numéros : comment as-tu rencontré André ?
J’ai connu André par le biais de l’appel à textes publié sur le site de la revue Kanyar où j’ai envoyé par mail ma nouvelle, La petite communion. Il m’a ensuite contactée pour m’annoncer que mon texte était sélectionné. Quelques semaines plus tard, j’ai assisté à la soirée de lancement de Kanyar 3, au café Édouard, à Saint-Denis de La Réunion où je l’ai rencontré avec une partie de la troupe du théâtre Vollard !

Dans quelles autres revues écris-tu ?
 

La première revue dans laquelle j’ai écrit était La Gazette de la lucarne, revue de la librairie parisienne La lucarne de l’écrivain. J’ai ensuite collaboré avec des revues d’éditeurs : Éclat d’encres (éditions Chèvre-feuille étoilée) ou Festival permanent des mots (éditions Tarmac) et plusieurs recueils collectifs initiés par les éditions Jacques Flament.

Quelles autres formes (romans, poèmes, chansons, blog…) ?
J’ai publié deux romans : l’Extinction, chez La P’tite Hélène éditions, et Constellation du corbeau qui paraitra fin avril chez Zonaires éditions. J’ai animé quelque temps le blog La lézarde et le pianocktail, un « gîte de couvert littéraire » inspiré par l’Oulipo. Je m’essaye de temps à temps à la poésie. Et j’ai écrit plusieurs spectacles jeunesse pour une compagnie de théâtre montée par une amie comédienne. Forme qui m’a amenée à développer des projets pour la jeunesse. 

Pourquoi as-tu créé une maison d’édition ? Quelle est sa ligne éditoriale ? 
J’ai créé Alice au Pays des Virgules, après avoir démarché un conte inspiré des mythes du Mahabharata, l’épopée indienne, illustré par ma mère, Nicole Legrand. Suite aux retours encourageants que je recevais ; mais le projet tardant à voir le jour, j’ai décidé de me lancer et créer ma propre structure, ce qui a permis de développer de nouveaux projets en lançant deux collections : Les petits hublots (albums illustrés) et Pierre-feuille-ciseaux (cahiers d’activités) sur le thème de la faune et la flore réunionnaise. En parallèle des éditions, je propose des ateliers créatifs dans le milieu périscolaire.
 
En tant que lectrice, quel genre de littérature préfères-tu ? Quels auteurs/autrices ont pu t’influencer ?  
J’aime particulièrement la littérature américaine. Á vingt ans, j’ai beaucoup apprécié Paul Auster, Siri Hudsvedt, Jim Harrison, John Irving, ou Nancy Huston. J’ai eu un choc esthétique avec Toni Morrison dont l’audace formelle, en plus de la force des sujets, m’a obsédée. Beloved reste un livre de chevet avec ses fulgurances poétiques, l’usage des slash ou de nuée de mots surgissant inopinément dans le récit. Joyce Carol Oates, aussi, m’a impressionnée par son écriture foisonnante et la liberté avec laquelle elle s’empare des sujets de société ou de faits divers. Aujourd’hui j’aime Lionel Shriver ou Chuck Palahniuk pour leur regard incisif et sans concession sur le monde moderne. Laura Kassiscke pour sa poésie vénéneuse. Dans le désordre, j’ai aussi aimé Duras, Racine, Césaire, Tchekhov ou Marie Ndiaye… Et Bilal, Bourgeon, Comès, ou Yslaire pour l’univers BD.
 
Avec le recul, as-tu des sujets de prédilection ? Je veux dire : as-tu remarqué des sujets de prédilection qui se dégagent et dont tu n’avais pas forcément conscience avant ?

Le rapport à l’art est un thème récurrent. Les rapports familiaux, amicaux et la maternité, en sont d’autres. 

D’où te vient l’inspiration ?
De situations vécues ou plus simplement de l’observation de la vie autour de moi et tous ces personnages inspirants qui l’animent !
 
Comment écris-tu (rituels, lieux, horaires, façons de faire…) ? 
Je suis matinale. J’aime l’énergie et la lumière du matin, surtout à La Réunion où le soleil est omniprésent jusqu’en début de journée. J’écris sur mon ordinateur, au milieu du salon avec le chant des oiseaux pour seule compagnie… et c’est délicieux !

Lire aussi les chroniques sur :
- La fleur que tu m'avais jetée
- Bons baisers de l'île. Tableaux-souvenirs de l'île de la Réunion
- L'extinction 
- Petites morsures animales
 

lundi 11 mai 2020

À pied, pour se déconnecter

La journaliste hyperconnectée, Laurence Bril, a pris conscience de son addiction à internet et aux réseaux sociaux et a décidé d'aller marcher.
Elle raconte, dans Passage piéton. Récit d'une détox numérique par la marche, son cheminement à pas comptés, kilomètre après kilomètre, une façon de prendre de la distance avec le numérique, de revenir à soi, au rythme du monde, de la nature, de l'instant présent. 
Une manière de voir les choses de ses propres yeux, au grand air, et non à travers un écran avec ses diktats de likes et de followers.
Elle suit la voie des grands marcheurs, David Breton, Sylvain TEsson... et entame une désintoxication sur une année.
Peu à peu, elle découvre de nouvelles sensations. Elle se métamorphose physiquement et psychologiquement.
Flâneries, balades, randonnées, courses, excursions, trails... Elle progresse. Les temps et les distances s'allongent. 
Après 3 600 km parcourus, elle revient lentement mais sûrement au numérique.
Un itinéraire à suivre pour modérer ses connexions.

Éditions Rue de l'échiquier, 2020, 136 pages. 
 

Chronique que j'ai rédigée initialement pour le magazine Sans transition ! et parue dans le numéro 23 de mai 2019, légèrement modifiée pour ce blog.
Pour cause de confinement, le magazine complet est en lecture libre. Enjoy !
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samedi 25 avril 2020

L'art de l'écoute

Bobette Buster écrit et produit des documentaires. Elle est professeure de narration numérique et consultante scénariste pour des maisons de production américaines.
Bref, elle adore les histoires. Et pour découvrir des histoires passionnantes, elle cultive l'art de l'écoute.
C'est ce qu'elle raconte dans ce captivant petit essai/guide pratique : Écouter. Pourquoi la véritable écoute ouvre de nouvelles voies.
Donc pour partir à la découverte des autres, de leurs histoires extraordinaires, de leurs vies intimes et aventures rocambolesques, il faut savoir écouter. Pour certaines personnes, cela est inné. D'autres l'ont cultivé dans leur parcours professionnel (enquêtes de presse ou de police, psy, etc.). Pour Bobette Buster, cela peut s'apprendre.
Le monde caché se révèle quand nous écoutons.
Elle donne quelques conseils et exercices pour s'améliorer, écouter vraiment, poser les bonnes questions, apporter de l'attention aux autres. Ils vous en seront reconnaissants et vous tisserez des liens plus profonds.
À lire, pour mieux ouvrir ses oreilles (et son esprit).

Éditions Pyramyd, collection Do Books, 2020, 110 pages.
Dans la même collection, lire aussi Se réaliser. Comment concilier travail et passion