lundi 16 septembre 2019

Ces gestes qui nous trahissent

© Nadine Giblin
C'est le plaisir jamais démenti de la rentrée, le dernier livre de Philippe Delerm : L'extase du selfie et autres gestes qui nous disent. Il se déguste à petites gorgées ou se lit d'une traite, pour y revenir.
En deux ou trois pages maximum, l'auteur brosse avec son acuité habituelle l'essentiel et les petits détails de gestes presque anodins. Il fallait avoir l'œil pour isoler, remarquer et décrire les attitudes du tireur et du pointeur à la pétanque, ceux du lanceur de ricochets, de l'automobiliste qui manœuvre avec la paume, du conducteur de caddie en magasin...
On rit franchement pendant ou au moment de la chute des "instantanés littéraires", comme dans Orgasme en public où l'auteur se moque de ces personnages qui essaient de nous embobiner théâtralement.
On sourit comme Mona Lisa, alors que l'auteur attire notre regard sur les mains du modèle...
Une cinquantaine de petits chapitres gouleyants que Philippe Delerm nous verrait peut-être bien siroter avec Un verre à la main.

Éditions du Seuil, 2019, 120 pages.

D'autres chroniques sur les livres de Philippe Delerm :
- Et vous avez eu beau temps ? La perfidie ordinaire des petites phrases ;
- Journal d'un homme heureux ;
- Je vais passer pour un vieux con et autres petites phrases qui en disent long ;
- Elle marchait sur un fil ;
- Les eaux troubles du mojito et autres belles raisons d'habiter la terre ;

samedi 7 septembre 2019

Voyages insolites

Bientôt on n'osera plus voyager, prendre la voiture, l'avion, encore moins le bateau...
On peut se contenter de lire des livres de voyages, une autre manière de faire de jolies découvertes. Mais pour ne pas partir (ou rester) idiot, voyageons instruit, avec les dictionnaires insolites des éditions Cosmopole. À sa création, la maison publiait des récits de voyages et d'histoire, puis des biographies historiques et enfin ces dictionnaires thématiques et insolites sur des pays ou des villes, écrits par des spécialistes du terrain.
Celui sur le Japon, rédigé par Liza Maronese, est très plaisant à lire, que l'on connaisse ou pas encore ce pays, pas si insolite (ce qui pourrait être anecdotique et peu représentatif) mais au contraire essentiel, tout en évitant les lieux communs.
Les magnifiques couvertures signées par Amélie Pignarre donnent envie d'acheter toute la collection.

Éditions Cosmopole, 2019, 160 pages.

jeudi 5 septembre 2019

L'amour et les bagarres à Pont-de-Vivaux

Deux ans déjà que Charles Gobi n'avait rien publié ! Cela nous manquait, car il nous avait habitués à son roman annuel depuis Le Bar de la Sidérurgie, le premier de la série, qui a fait l'effet d'une bombe dans le roman noir marseillais.
Voici donc le petit dernier, le septième, qui a de qui tenir dans la famille. Les fans (ceux qui ne le sont pas encore le deviendront) vont être servis.
Charles Gobi fait partie des meilleurs dialoguistes marseillais, hissant l'art de la galéjade à son sommet humoristique. Ses dialogues truculents, aussi réalistes que drôles, plus vrais que nature, comme enregistrés sur le vif, souvent dans un langage fleuri ou bourré de jeux de mots, parfois tellement lourds qu'ils en sont irrésistibles et parfois tout simplement légers et poétiques. La première scène, sous forme de conversations entrecroisées lors d'un mariage, vaut son pesant de cagoles.
On l'aura deviné, une des expressions qui revient le plus est Fatche de ("face de..." pour les non occitanophones).
On passe aussi des références musicales populaires comme la Danse des canards à Philip Glass, un contraste qui tient du grand écart acrobatique et fait tout le charme du style de l'auteur, qui joue ainsi sur l'effet de surprise.
Nous sommes toujours à Marseille dans le quartier, sans intérêt touristique mais haut en couleurs, de Pont-de-Vivaux et la cité de la Sauvagère, où on discute de foot, on joue à la belote et à la pétanque, un quotidien tranquille si l'on n'avait pas des aventures à résoudre. Et cette fois-ci, il s'agit de trouver des compagnes aux uns et aux autres, entre autres bagarres tarantinolesques.
On y retrouve les mêmes personnages au passé plus ou moins cocasse (ancien curé, anciens légionnaires...) mais pour les lecteurs qui découvrent cet univers impitoyable, cela n'entravera pas votre lecture car ils sont à nouveau présentés. Nos héros, pas toujours raccords avec la loi mais bien intentionnés, vont devoir se coltiner d'autres personnages beaucoup moins altruistes. Normal : il faut bien une histoire avec les gentils qui finissent par terrasser les méchants, qui sont généralement bas du plafond, très menaçants et n'inspirent pas l'admiration. Et ça finit en baston, en feu d'artifice, devrais-je dire, car la vengeance — ou la justice — est toujours cinglante et sanglante. Et même si, en connaisseur du style de Charles Gobi, vous vous doutez que la fin heureuse sera du côté des gentils, le suspense est au rendez-vous.
D'ailleurs, je ne comprends pas qu'aucun producteur ne se soit penché sur une version théâtrale ou cinématographique de ces romans. En plus, il y a maintenant de quoi faire une série. Quentin (Tarantino), si tu me lis...

Éditions Le Confort numérique, 2019, 238 pages.

Pour acheter les livres, lire des extraits, consulter la liste des librairies qui les vendent, consultez le site de Charles Gobi.

* Chaque roman peut se lire indépendamment :
- Le Bar de la Sidérurgie
- Les Goudes, c'est de l'anglais...
- Hercules des Trois Ponts
- Chemin des Prud'hommes
- Il est pas con, ce con ?
- La grosse Janine.   

mercredi 4 septembre 2019

Le bonheur (donc la santé) est près des arbres

Si les arbres font l'objet de cultes depuis la nuit des temps, dans le monde entier, ce n'est pas un hasard. Ils ont été le premier habitat des humains et les ont protégés. Aujourd'hui encore, leur ombre nous rafraîchit en été, leur présence contribue à la biodiversité, leurs silhouettes majestueuses nous ravissent et toutes les cabanes qu'on pourrait y construire font toujours rêver.
L'étendue de leurs bienfaits va bien au-delà puisque leur impact sur notre santé est désormais prouvé par les études scientifiques.
Ce beau livre inspirant, avec de nombreuses photos et citations, propose une synthèse de ces études et 52 façons, ludiques et poétiques, de se ressourcer grâce au pouvoir extraordinaire des arbres. À la campagne, dans les bois, dans un jardin, mais aussi en ville, sur un balcon ou au bureau, il est très simple de se (re)connecter à la nature, en toute saison, parfois en quelques minutes, que l'on soit seul ou à plusieurs, avec des enfants... 

Le bonheur est tout près, dans la nature.

Quand les arbres nous inspirent, Marie Martinez, éditions Géo, photos couleurs, 23 x 32 cm, 224 pages.

[Chronique auto-promotionnelle] 

jeudi 29 août 2019

La tournée des grandes dupes

Illustration de couverture : Xavier Richard
Tulipe Blues est un texte loufoque, absurde, inventif, poétique, onirique et irrésistiblement drôle d'Emmanuel Pinget.
Une équipe d'ouvriers a pour mission de livrer, pendant un week-end voire davantage, une énigmatique tulipe bleue fabriquée dans leur atelier.
Leur patron — dont la société s'appelle Big & José — donne des instructions à distance, façon Big Brother, mais trop vagues pour qu'ils puissent accomplir leur mission dans de bonnes conditions.
Les voilà donc embarqués pour une tournée rocambolesque, pleine de surprises, de péripéties et trouvailles improbables, qui tourne en rond et fait tourner en bourrique le narrateur. Et il a de quoi avoir le tournis et le blues avec son équipe de bras cassés...
La brume est dense. Les phares diffusent une lumière chirurgicale, on voit moins la route que s'ils étaient éteints. Je le fais remarquer à Talmone, qui me dit de pas jouer les miss météo. Je lui demande pourquoi il allume pas les feux de brouillard. Il répond c'est de la brume.
Car Tulipe blues est un texte d'une richesse qui peut être appréciée à différents niveaux, certes pour sa poésie comique, mais aussi comme un blues, une complainte sur l’esclavagisme moderne et absurde du travail.

Éditions Louise Bottu, 2019, 190 pages.

mardi 27 août 2019

Jeune fille en quête de (re)pères

Au début de Pourquoi les hommes fuient ?, le dernier roman d'Erwan Larher*, Jane agace. Elle a l'arrogance de son jeune âge et surtout elle ne lit pas. Ensuite, elle s'exprime comme elle parle, avec un vocabulaire parfois incompréhensible pour ceux qui sont nés au siècle dernier et qu'on ne trouve pas dans le dictionnaire. Et finalement, c'est ce qui devient intéressant, son franc-parler, et le fait qu'on commence à la connaître, lui accorder quelque circonstance atténuante et une personnalité pas si superficielle, inculte et paumée qu'elle n'en avait l'air. Elle a un ascendant sur les autres (elle peut même percevoir les auras). Elle est surtout dotée d'un sens de la repartie très à-propos et plein d'humour. Surtout qu'en face d'elle, les adultes sont fuyants à souhait, et tellement bien campés aussi dans leur façon de décamper.
Le signe qu'on s'attache aux personnages, donc au livre qu'on tient entre ses mains, c'est qu'on est prêt à mordre sur le temps de sommeil ou procrastiner sur tout le reste pour avancer dans l'histoire.
Le vioque qui a ouvert la porte doit avoir dans les quatre-vingts balais. Il est chauve du dessus et porte ce qu'il reste de ses cheveux, tout blancs, longs jusqu'aux épaules. Il plisse les yeux derrière ses immenses lunettes carrées aux verres gras. Sa peau, sans déc, on dirait la vieille éponge que tu retrouves au fond du placard sous l'évier quand tu déménages, même l'eau n'en veut plus et coule dessus en doigt d'honneur.
C'est donc l'histoire de cette jeune fille en quête de père, donc de repères, et de ses pérégrinations pour le retrouver (ou pas). Entretemps, elle croisera quelques adultes, hommes et femmes, s'interrogera sur la tendance à fuir, fera un pas de côté dans la science-fiction, etc. Entretemps aussi, on entendra les voix croisées de deux musiciens rock, qu'on confondrait presque d'ailleurs, l'un étant le pendant de l'autre comme le revers d'une même médaille, dont un qui a réussi et l'autre pas (réussi quoi, d'ailleurs ?).
Mais peu importe (presque) l'histoire de ce roman, si l'on s'y attache, cela est dû au talent d'Erwan Larher qui trouve un style et une psychologie des personnages (plus réalistes que dans Marguerite n'aime pas ses fesses et peut-être un brin moins que dans son excellent témoignage du Livre que je ne voulais pas écrire), branchés sur la dynamique de Jane qui ne tient pas en place. Un style réaliste avec un pas de côté dans la magie ou le surnaturel.

Quidam éditeur, 2019, 356 pages.

* voir aussi les chroniques sur les autres livres d'Erwan Larher parus chez Quidam :
- Marguerite n'aime pas ses fesses ;
- Le livre que je ne voulais pas écrire.

lundi 26 août 2019

Manifeste pour l'écologie

Le dessinateur de presse et auteur de bande dessinée Aurel signe Fanette, un petit album instructif et drôle sur un personnage féminin qui manifeste son ras-le-bol d'une société incapable de changer et qui court à sa perte sans comprendre l'enjeu de l'écologie.
Fanette est un personnage dans la lignée des Agrippine de Bretécher, des Mafalda de Quino et de la vraie Greta Thunberg : les adultes (et son petit frère) n'ont rien compris aux actions à mener contre le réchauffement climatique. Elle va donc leur expliquer avec son langage et son tempérament de pré-ado.
La confrontation avec les autres donnera lieu à des frictions et situations comiques.
Tout y passe : les bons gestes au quotidien, acheter local, faire un potager bio, les transports non polluants...
Une saine lecture pour tout public, à partir de 8 ans.

Éditions Rouquemoute, collection Maximoute, 2019, 15,2 x 15,2 cm, couverture cartonnée, 54 pages.

En vente ici aussi.