vendredi 17 avril 2026

Marseille en compagnie de Christian Garcin


Le bandeau rouge sur le livre annonce "Un guide à dévorer comme un roman", et c'est vrai. 
Mais ce n'est pas le roman de Marseille avec ses clichés persistants et sa mauvaise (ou fausse) réputation.
J'ai vécu à Marseille et j'apprécie particulièrement l'écrivain Christian Garcin*, ce qui fait au moins deux bonnes raisons de lire cette promenade commentée : se balader dans la ville en compagnie de l'écrivain, guidé et embarqué par son style. 
C'est passionnant : on apprend des choses sur Marseille, mais c'est aussi un récit personnel, une histoire intime, dans une ville que l'auteur connait très bien, puisque il y est né et la fréquente régulièrement. 
Ce grand voyageur a un talent particulier pour décrire les paysages, du bout du monde comme du coin de la rue, qu'ils soient urbains ou bucoliques (parce qu'il y a du bucolique dans les quartiers Nord) et cette visite de Marseille est comme un voyage aux confins de la ville. 
Christian Garcin nous emmène aussi dans l'histoire de la ville, très ancienne, et dont la mémoire est encore palpable aujourd'hui. Il nous fait découvrir quelques particularités et curiosités. 
Il aime sa ville mais ne l'adule pas et ne cache pas ses défauts. Et en effet, Marseille peut être détestable, rude et hostile, résistante et grouillante, et à la fois admirable, lumineuse et ouverte sur la nature, selon où l'on se situe.

À Marseille, les couleurs cohabitent avec la grisaille, le mistral glacial avec la chaleur sèche et brûlante, la légèreté des rires avec l'intensité noire des regards, le goût de la galéjade avec une susceptibilité toute méditerranéenne.

L'ouvrage est aussi un vrai guide "touristique", avec des cartes, des repères historiques et géographiques, des itinéraires, des adresses, etc.
À lire, que l'on connaisse ou pas Marseille, qu'on ait l'intention d'y aller ou pas, qu'on en rêve ou qu'on la déteste.

L'arbre qui marche, collection Premier voyage, 2026, 192 pages. 

* Il suffit d'écrire "Garcin" dans le moteur de recherche à droite de ce blog pour découvrir toutes mes chroniques et entretiens avec l'écrivain.

Et pendant que vous y êtes, vous pouvez aussi chercher "Marseille" et trouver d'autres livres sur la ville. 

jeudi 16 avril 2026

Voyage en Moldavie

La Moldavie est un pays dont on parle peu*, donc Lionel Duroy, ancien journaliste à Libération, s'y intéresse et nous raconte son actualité et son histoire dans Une journée dans la vie de Maria Ivanova
Ce roman est donc une sorte de long reportage sur la situation géopolitique de ce pays, qui est construit comme un roman et une mise en abîme puisque Maria, la narratrice, guide un écrivain français, Marc, qui ressemble fort à Lionel Duroy, surtout sur les photos qui illustrent le livre. 
C'est donc avec une pointe de malice, et un style limpide et agréable à lire, que l'auteur nous entraîne dans un récit passionnant. 
Les rencontres — un repas de famille, une visite à un ex-amoureux ou un auto-stoppeur — permettent d'aborder différents points de vue et les enjeux tendus. 
En effet, l'histoire se passe pendant les élections présidentielles d'octobre 2024 et un référendum pour le rattachement du pays à l'Union européenne. Les générations et les camps s'affrontent : certains sont nostalgiques de l'ex-URSS, d'autres trouvent avantageux de se faire payer pour voter pour le candidat pro-Poutine. 
Comme dans de nombreux autres romans de Lionel Duroy, il est question de secrets, ici de l'histoire (ailleurs de secrets de famille), et des origines (ou de l'enfance) qui constituent les personnes. 

Flammarion, 2026, 176 pages.

Lire également ma chronique sur Un mal irréparable qui plonge dans le passé trouble de la Roumanie

* (Je suis allée vérifier sur une carte : la Moldavie est enclavée entre l'Ukraine et la Roumanie).  

mercredi 15 avril 2026

Pour les petits explorateurs naturalistes

C'est l'ouvrage dont on aurait rêvé enfant : Mon Larousse de la nature. Le guide des petits curieux. 
Écrit par Sandra Lebrun et agréablement illustré par Mary Gribouille, c'est un joli guide pratique pour explorer son jardin et mieux connaître toutes les espèces animales et végétales qui nous entourent. 
Chaque espèce fait l'objet d'une fiche (120 fiches d'identification en tout, et autant d'autocollants) avec des informations passionnantes. 
En plus, des fiches bricolage ou documentaires permettent de fabriquer un nichoir ou connaître la migration de la cigogne, ou donnent des conseils si on trouve un oiseau blessé, etc. 
Il est interactif : on peut écrire sur les fiches la date à laquelle on a rencontré l'espèce en vrai, et coller l'autocollant correspondant, qu'il s'agisse d'insectes, de batraciens, d'un oiseau (merle noir, hirondelle, rouge-gorge...), d'une fleur (pissenlit, jasmin, crocus, hortensia...), d'un arbre (noisetier, figuier, cèdre...). 
On peut écouter le chant de l'oiseau ou de l'animal sauvage (écureuil, sanglier, marmotte...) grâce à des QR-codes.

C'est parfait pour les naturalistes en herbe !

Larousse Jeunesse, 2026, 274 pages. 

samedi 21 février 2026

Dévorer Duras

Marguerite Duras fascine ou excède. Personnellement, elle m'inspire. Je dévore même les livres sur elle. 
Dans Marguerite Duras. Dévorer, tout, la journaliste du Monde Béatrice Gurrey se base sur des entretiens exclusifs et archives pour dresser un portrait sensible et honnête, c'est-à-dire sans occulter les défauts et contradictions de l'écrivaine qu'elle compare à une ogresse qui dévore tout et tous. 
Duras gardait tout, surtout certains secrets et mystères, et transformait en œuvres littéraires, pièces de théâtre ou films, transposait, brouillait les pistes. Béatrice Gurrey rétablit aussi quelques vérités. 
Aujourd'hui encore, Marguerite Duras est toujours lue, jouée, vue au cinéma. Pourquoi ? L'autrice le résume fort bien, page 57 :

Pourquoi, trente ans après sa mort, Duras fascine-t-elle autant ? Sans doute pour sa vie romanesque, faite de contradictions, de zones d'ombre, d'amours sublimes et contrariées, de liberté, de sexe, d'alcool, de dépressions et d'une envie de vivre à toute épreuve. Celle d'une petite femme rieuse et autoritaire, d'une liberté folle, élevée au rang de mythe à la force de l'écriture. et bien sûr pour son œuvre magnétique et dense, reconnaissable entre mille — autant objet de sarcasmes que d'une inaltérable admiration. En son noyau, l'enfance, dont elle a gardé une approche enchantée et douloureuse.

Éditions de l'Aube et du Monde, 2026, 224 pages. 

Frida pour Diego

Dans ce recueil intitulé Lettres à Diego Rivera, écrites par Frida Kahlo, se trouvent également 
- une préface de Roland Béhar sur le contexte biographique des deux artistes mexicains ; 
- un portrait de Diego écrit par Frida pour le catalogue d'une exposition ; 
- une sélection de lettres ; 
- des extraits du journal qui sont souvent des poèmes ; 
- un texte de Patrizia Cavalli sur la peinture de Frida ; 
- une bibliographie choisie
 et des notes passionnantes. 

Bref, un ensemble qui donne une idée de la vie et des relations tumultueuses entre les deux artistes, néanmoins un grand amour, ou plus exactement une passion aussi destructrice que créatrice, surtout vu du point de vue de Frida. Aujourd'hui, on parlerait d'emprise...

"J'ai eu deux accidents graves dans ma vie. L'un, ce fut celui du bus, l'autre, ce fut Diego. Diego fut de loin le pire."

La peinture colorée et la figure de Frida sont devenues de véritables icônes de notre époque, de la mode et du féminisme, mais on ne connaît pas toujours la réalité de la légende.
Poignant.

Rivages poches, 2026, 96 pages. 

mardi 17 février 2026

L'aventure des groupes d'écriture

L'écriture est une île est l'histoire d'une romancière qui se jette à l'eau en acceptant d'animer un atelier d'écriture sur la charmante île de Groix. Elle n'imagine pas ce qui va lui arriver...
Le roman de Lorraine Fouchet est totalement invraisemblable — tellement idyllique et romanesque ! — et justement il est beaucoup question d'écriture et de fictions (c'est ce qui m'intéressait au départ). 
Donc au début, on peut être dubitatif, mais ensuite on est tellement pris par l'histoire qu'on ne lâche plus le livre. 
En effet, une belle galerie de portraits nous fait passer d'un point de vue d'un personnage à l'autre. 
Chacun est venu dénouer quelque chose, un secret, un drame, une situation... et le suspense est à son comble, même si nous savons qu'il y aura un happy end. C'est donc super bien ficelé.

C'est ce soir-là qu'Alix reçut cette offre absurde qu'évidemment elle aurait dû refuser. 
Elle pensa le sujet clos, l'histoire terminée.
Au contraire, cela ne faisait que commencer.
Et rien ne serait plus comme avant...

S'il est question d'écriture et d'ateliers, côté paysages, il est beaucoup question d'îles (Groix, Angleterre, Corse, Venise... ) et de bonnes recettes gourmandes et bretonnes ! 
Du pur roman feel-good !

Éditions Héloïse d'Ormesson, 2024, existe en poche Pocket et en audio.

dimanche 15 février 2026

Les pouvoirs du repos

L'époque n'est pas au farniente. On aurait plutôt tendance à culpabiliser ou, pire, à grignoter bêtement ses heures de sommeil. 
Grave erreur ! nous explique Anaïs Gauthier dans son ouvrage La Stratégie du repos. Le sous-titre est explicite : Apprendre à se régénérer dans un quotidien surchargé
En effet, notre agitation permanente (y compris la sollicitation continue de notre cerveau par les écrans) mène à une recrudescence de burn-out et de mal-être au travail, assortis d'un déficit de sommeil. 
Or, sans repos, nous passons à côté de choses précieuses (et gratuites) comme le temps, l'énergie et la présence. Et par conséquent, nous négligeons notre santé, notre bien-être, notre créativité et notre performance.
L'autrice est la fondatrice de l'École d'Écologie personnelle, qui propose des accompagnements pour explorer son être et sa relation au Vivant. 
Elle nous invite à développer l'art du repos au quotidien, à auto-réguler notre système nerveux et donc aider notre cerveau et notre corps à se régénérer avec des habitudes et exercices simples à adopter : respiration, massages, chant. 
Le livre sera en bonne place sur la table de chevet avec une méthode pour lutter contre l'insomnie.
Elle propose également à découvrir notre rythme intime et déployer notre sensorialité : car les sens donne du sens !
Dans la dernière partie du livre, intitulée "Se reposer, un acte politique", Anaïs Gauthier nous fait réfléchir à notre rapport au repos, à notre aliénation par la société de consommation et à ce qu'est une vie réussie. Car "la bonne vie ne vient pas après le travail", a écrit Geneviève Pruvost.Voilà de quoi instaurer un autre rapport au temps et au repos. 
Je pense également à Françoise Sagan (qui n'était pourtant pas un modèle de zénitude) : "Mon passe-temps favori, c'est laisser passer le temps, avoir du temps, prendre du temps, perdre du temps, vivre à contretemps."

Eyrolles, 2026, 288 pages, avec une préface de Satish Kumar.