jeudi 9 novembre 2017

Il était une fois la collection Sainte-Anne

Il était une fois, acte I et acte II : deux belles expositions de la collection Sainte-Anne.
Pour les 150 ans de l'hôpital Saint-Anne, deux expositions complémentaires se succèderont au musée d'art et d'histoire de l'hôpital Sainte-Anne (MAHHSA)*.
La première, du 15 septembre au 26 novembre 2017, reprend les origines de la collection du musée, et la deuxième, du 30 novembre 2017 au 28 février 2018, revient sur l'exposition de 1950 où 2 000 œuvres avaient été exposées à l'occasion du premier congrès mondial de psychiatrie. Elle déclencha de nombreux dons internationaux et donc la réelle naissance de la collection.
Un livre-catalogue présente toutes les œuvres des deux expositions : Entre art des fous et art brut d'Anne-Marie Dubois, conservateur du MAHHSA.

Coédition Somogy éditions d'art & MAHHSA (Musée d’art et d’histoire de l’hôpital Sainte-Anne), 2017, 160 pages.

MAHHSA - 1, rue Cabanis, 75014 Paris - du mercredi au dimanche, de 14 h à 19 h. Entrée gratuite. Métro Glacière ou Saint-Jacques.

À noter également ce 12 novembre à 14 h 45 : une rencontre dédicace à la Halle Saint-Pierre, haut lieu de l'art brut et de l'art singulier, avec l'auteur Anne-Marie Dubois.

mardi 7 novembre 2017

Contes de folie et d'amour

Les Persécutés suivi de Histoire d'un amour trouble de Horacio Quiroga sont d'étranges nouvelles publiées en 1908 à Buenos Aires et enfin éditées pour la première fois en France par Quidam.
Ce sont d'étranges nouvelles, troubles, troublantes et tourmentées, de celles qui nous tourmentent longtemps après leur lecture. 
Comme la vie tumultueuse et dramatique de l'auteur uruguayen — où les morts violentes se multiplient avec acharnement —, ces histoires sont frappées par la folie et aussi, en ce qui concerne la seconde, par l'amour ambigu, voire pervers d'un homme mûr pour une jeune fille.
Leurs histoires cultivent une porosité entre réalité, imagination exacerbée, obsessions, ambivalence, dédoublements de personnalité, liens autobiographiques...
Dans Les Persécutés, le narrateur s'appelle comme l'auteur, Horacio Quiroga, et on peine à savoir qui est persécuté et qui persécute, qui délire et qui est sain d'esprit, voire qui est qui...
Dans Histoire d'un amour trouble, on fait aisément le rapprochement avec l'écrivain qui a épousé deux fois des jeunes filles. Le narrateur revient, après de longues périodes d'absence, auprès de jeunes filles d'une famille qu'il fréquente assidûment et qu'il pousse à bout.
Quiroga est considéré comme le grand modernisateur de la nouvelle en Amérique Latine et un pilier de la littérature latino-américains du XXe siècle. 
Ce recueil inaugure une nouvelle collection chez Quidam, Les Lance-Flammes, qui accueillera d'autres auteurs sud-américains : réjouissant !

Quidam éditeur, collection Les Lance-Flammes, traduit de l'espagnol et postface par Antonio Werli, 2017, 156 pages. 

jeudi 2 novembre 2017

Trop, c'est en trop !

Après le savoureux Dictionnaire des mots manquants, voici son complément et tout aussi délectable Dictionnaire des mots en trop.
Le même duo a dirigé les opérations : Belinda Cannone et Christian Doumet. Quarante-quatre écrivains, poètes, romanciers, essayistes ont participé en choisissant et dissertant sur un à trois mots qu'ils renâclent à utiliser ou qu'ils souhaiteraient bannir.
En effet, si nous avons du mal à nous passer de certains mots qui n'existent pas, il en existe dont certains auteurs se passeraient bien.
S'ils jouent avec humour, agacement ou crispation (belle-mère, Dieu, surpoids, vacances — la liste est longue !), ils jouent surtout sur le signifié en souhaitant abolir le signifiant et vice-versa.
Chaque entrée, au-delà du mot, est une invitation dans un univers d'écrivain — ah ! mais Lucile Bordes écrit qu'un écrivain ne s'autoproclame pas tel, alors que moi, en tant que lectrice, je peux les élever à ce rang.
Comme quoi, de tous ces mots en trop dont l'idée même nous dérange, il y a de quoi disserter et faire référence aux autres dictionnaires. Et justement, il y a un mot qui a remporté un franc succès, c'est le mot trop ! Comme quoi, quand c'est trop, c'est en trop.

Éditions Thierry Marchaisse, 2017, 216 pages.

mercredi 1 novembre 2017

La nature selon Emerson

Pour se retirer dans la solitude, on a autant besoin de quitter sa chambre que la société. Je ne suis pas seul tandis que je lis ou écris, bien que personne ne soit avec moi. Mais si un homme veut être seul, qu'il regarde les étoiles.
Ralph Waldo Emerson (1803-1882) est considéré comme une figure majeure de la pensée et de la littérature américaine du XIXe siècle, qui a notamment influencé de nombreux auteurs comme Thoreau, Melville ou Whitman.
La Nature est sa première œuvre, parue en 1836.
Henry David Thoreau fut très proche de lui et le côtoya pendant près de vingt ans, s'en inspira puis dépassa le maître, comme certains s'accordent à le dire.

Éditions Allia, 2004 et 2015, 96 pages.

mardi 31 octobre 2017

Le Cri du Margouillat sur son 31

Je viens de recevoir le dernier numéro du Cri du Margouillat, cette belle revue de bande dessinée de La Réunion. Je feuillette et je ne peux m'empêcher de lire une histoire... Allez, deux. Pas plus, promis, j'ai à faire.
Hobopok et Greg Loyau remettent à sa place Juliette Dodu : démasquée l'affabulatrice ! Ensuite, une histoire décalée de Jean-Noël Lafargue nous rappelle forcément nos rocambolesques dialogues de sourds avec un opérateur inopérant... Très bien vu, très bien écrit.
Je tourne les pages et oh ! les histoires de Flo : j'adore. Juste une dernière... Trop drôle !
Bon. Finalement, il y a combien de temps que je suis absorbée par ma lecture ? Je ne compte plus. L'après-midi passe... C'est addictif ! C'est régressif à souhait, c'est excellent !
Ce sont 208 pages d'histoires et de dessins, cocasses, magnifiques, drôles, poétiques, engagés, absurdes... avec des interviews de pointures de la BD et un courrier des lecteurs hilarant où se cachent de célèbres anonymes.
Des dizaines d'auteurs et d'autrices ont contribué à ce numéro. Il y a les stars de la BD réunionnaise et d'ailleurs — Appollo, Tehem, Lewis Tronheim, Michel Faure, Hippolyte, Li-An, Stéphane Bertaud, Boby, Joe Dog, Ronan Lancelot, Guy Delisle, Anjale, Saï, Sara Quod, Sophie Awaad, Nimbus, par exemple, je ne peux pas tous les citer — et bien d'autres graines de stars.
Autant de surprises, de styles, d'univers cosmopolites et incroyables, en français et en créole.
Bravo pour ce beau numéro !

Pour recevoir ce numéro dans sa boîte aux lettres, il suffit de le commander là : Le Cri du Margouillat.

Éditions du Centre du Monde, Le Cri du Margouillat n° 31, 2017.
Lire aussi ma chronique sur le numéro 30.

vendredi 27 octobre 2017

En marchant, en contemplant avec Thoreau

Deux courts textes d'Henry D. Thoreau (1817-1862) sont parus aux éditions Le mot et le reste* : Marcher et Teintes d'automne.
Michel Granger, professeur de littérature américaine, les encadre d'introductions et éléments biographiques pour mieux comprendre les multiples facettes de Thoreau, philosophe, visionnaire de la nature, essayiste, poète, marcheur...
Teintes d'automne était le thème de la dernière conférence — à l'automne de sa vie, donc — de Thoreau, un sujet qui lui tenait à cœur et pour lequel il prenait depuis longtemps des notes.
Ces magnifiques observations sur la nature en cette saison sont regroupées en différentes parties : les herbes violettes, l'érable rouge, l'orme, les feuilles tombées, l'érable à sucre, le chêne écarlate.
Dans Marcher, Thoreau fait l'éloge de la marche qu'il considère comme un art noble aux nombreuses vertus, un véritable art de vivre, une façon de penser le monde.
Je crois que pour préserver ma santé et ma bonne humeur, il me faut passer au moins quatre heures par jour — et souvent beaucoup plus — à me promener à travers bois, par monts et par vaux, absolument libre de toute contingence matérielle.
Ce sont deux petits livres avec de grandes idées : de quoi réfléchir, méditer, contempler, rêver...
C'est encore mieux de les lire en pleine nature, au pied d'un arbre.

Éditions Le mot et le reste, introductions et postfaces de Michel Granger, 2017, 96 pages, 11 x 17,6 cm, 3 euros chacun. 
* Voir les nombreux textes de Thoreau publiés par la maison dont l'intégralité de ses essais.

jeudi 26 octobre 2017

Le langage des fleurs de Proust

Avec L'herbier de Marcel Proust, Dane Mc Dowell nous invite dans le jardin imaginaire de Marcel Proust, qui se comparaît à un botaniste moral.
L'œuvre de l'écrivain est en effet parsemée de fleurs et plantes, comme autant de métaphores d'une extrême précision, de souvenirs, d'images de couleurs, de parfums — lui qui les craignait tant à cause de son asthme —, de grâce ou d'épines... jusqu'au titre du roman À l'ombre des jeunes filles en fleurs.
On pense immédiatement aux catleyas, aux chrysanthèmes, aux aubépines, aux lilas des jardins de son enfance...
L'aubépine vue par Djohr.
L'œuvre de Proust est ainsi revisitée à partir d'un herbier circonstancié et classé en quatre chapitres : les fleurs de l'innocence, les fleurs de salon, les fleurs du mal et l'herbier de la mémoire.
Les 65 fiches de plantes sont superbement illustrées par des collages façon planches botaniques et collages surréalistes et délicats signés Djohr.
Un très beau livre de botanique littéraire.

Éditions Flammarion, 2017, 224 pages.