lundi 3 février 2020

Thérapie à risque

C'est l'histoire captivante — et à tendance autobiographique — d'un psychologue et professeur de psychologie (c'est la véritable profession de l'auteur, Stéphane Rusinek) qui raconte sa mésaventure avec une patiente retorse qui l'a habilement manipulé : La patiente de 17 heures.
L'auteur entretient le suspense en nous faisant part d'échanges de textos avec sa fille : ils ont à voir avec la mystérieuse patiente qui transgresse les règles, voire impose les siennes.
Non seulement l'intrigue est rondement menée, mais elle est servie par un style clair et agréable, qui coule tout seul.
De plus, notre professeur, très pédagogue, nous fait entrevoir avec une grande clarté son métier, les principes des thérapies comportementales et cognitives (TCC) et la difficulté de traiter certains cas extrêmes.
Difficile d'en dire davantage sans dévoiler les ressorts de ce véritable thriller psychologique : ce roman est captivant, instructif, et se lit d'une traite.

Éditions Thierry Marchaisse, 2020, 200 pages.

Un roman brillant

Après l'excellent Chaleur, dans la folie finlandaise des championnats insolites, voici à nouveau un passionnant roman de Joseph Incardona : La soustraction des possibles.
Cette fois, l'histoire se passe en Suisse, dans une autre sorte de folie, celle de l'argent, des banques, des paradis fiscaux et du désir de toujours plus des années 90.
La couverture dorée et ses engrenages d'horlogerie suisse semble exprimer que tout ce qui brille n'est pas d'or : sous ce faste de l'argent se cache un roman noir et des tragédies, avec de redoutables trahisons, mais aussi un roman d'amours où l'on peut mourir d'amour. L'amour est aussi la seule chose que l'on ne peut pas acheter, même si le sexe est parfois monnayé (il est aussi question de prostitution avec un personnage de gigolo et des prostituées-tueuses à gages).
Si ce roman est brillant, c'est surtout par le style de Joseph Incardona : son humour si flagrant dans Chaleur surgit notamment par de malicieuses et réjouissantes interventions de l'auteur qui interpelle directement le lecteur.
L'écrivain nous parle aussi de littérature et de lecture : une activité qui pourrait ne servir à rien, mais qui ne l'est pas pour la plupart d'entre nous.
Tout ce qui ne sert à rien est précieux.
Éditions Finitude, 2020, 400 pages.

mardi 7 janvier 2020

Au bout du téléphone, il y a une voix

Le répondeur de Luc Blanvillain démarre comme une comédie avec un scénario original et rocambolesque : un écrivain, qui a besoin de calme pour écrire, confie son téléphone à un imitateur pour répondre à sa place.
Comme l'imitateur ne remplit pas les salles, il accepte la mission, délicate mais bien payée. Il se glisse dans la voix et la vie de l'écrivain, jongle comme il peut avec les appels, improvise, tire des ficelles sans trop savoir où il met les pieds (d'autant qu'il marche sur des œufs), y met du sien, accorde peut-être plus de temps et d'attention aux autres, ment parfois et, forcément, bouleverse la donne, frôle parfois le désastre.
Il recompose des dialogues avec le père, la fille, l'ex-femme, l'ami trompé, etc. Mais peu importe puisque la plupart des interlocuteurs se racontent leur propre histoire, se moquent de la réalité, ne parlent que d'eux et n'ont envie que d'une chose : qu'on parle d'eux. Pourvu qu'à l'autre bout du téléphone, il y ait une voix, en guise de miroir.
La situation se complique lorsque l'imitateur tombe amoureux de la fille de l'écrivain, qui est peintre, et se met à jouer sur plusieurs tableaux, au sens propre comme au figuré.
Au fil des pages le ton se fait plus grave et la comédie devient une satire des temps modernes, de l'ère de la communication (vraiment ?) et de la célébration de la célébrité dans un milieu artistique où gravitent des écrivains, un éditeur, une attachée de presse, un traducteur, une peintre, une galeriste, une costumière, un directeur de salle de spectacles, des journalistes... 
Le répondeur dessine une vision profonde et ambivalente des relations humaines qui se dédoublent entre réalité, impostures, projections et coups de théâtre.
Un roman qui a du répondant !

Quidam éditeur, 2020, 260 pages.