mercredi 1 avril 2015

Liquéfaction

Dans Liquide de Philippe Annocque, un homme se conforme exactement à ce que l'on attend de lui, comme les liquides épousent parfaitement les "rôles-récipients" où on les coule. C'est l'environnement, les autres — les femmes surtout, à commencer par sa mère, à qui il ressemble tant — qui ont une emprise sur sa vie. Ses décisions à lui semblent désapprouvées, à contre-courant.
Objet plus que sujet, le narrateur est une non-personne, au point de ne jamais parler de lui à la première personne mais, par le biais de tournures impersonnelles, à la personne zéro. Les autres ont des prénoms, lui non.
Distant, anesthésié, coupé de ses émotions et de leur teneur exacte ("délicieux-douloureux"), il semble qu'il ne se soit rien passé dans sa vie, malgré ses premières amours, son mariage, ses filles...
"Ne pas être. Ne pas être n'a sans doute jamais été aussi clair. Ne pas être n'a sans doute jamais été aussi clairement le moyen de ne pas souffrir."
Autant cet homme aux contours flous est informe, autant la forme du texte, elle, est structurée, singulière, non conventionnelle, poétique. Les alinéas où on ne les attend pas, tombent sous le sens, donnent le rythme, fluide bien sûr. Philippe Annocque réinvente la ponctuation (parfois sans point final), comme laissée en suspension au fil de l'eau. S'entremêlent les parenthèses, les italiques, comme des degrés de la pensée, des courants entrelacés.
Malgré la mélancolie du fond, la lecture de Liquide se déguste sans modération.

Quidam éditeur, 2009, 154 pages.
Le blog de Philippe Annocque.

Mes chroniques sur d'autres livres de l'auteur :
- Élise et Lise
- Vie des hautes plateaux ;
- Pas Liev.  

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