lundi 26 novembre 2012

Échappée belle en Islande

Dans L'Embellie, Auður Ava Ólafsdóttir nous emmène, avec une narratrice fantaisiste et attachante, dans un voyage initiatique en boucle sur la Nationale 1, la route circulaire qui fait le tour de l'Islande. Le paysage volcanique et le climat exotique — dans le sens de lointain, étrange et dépaysant — de l'île créent à eux seuls un univers spécial accentué par la nuit continue à cette latitude et cette époque de l'année (novembre). Inutile d'en raconter davantage, je préfère la citer :
"En fait, il manque très peu de choses à mon bonheur et à ma joie de vivre. Il n'est même pas nécessaire d'y voir clair, il n'y a qu'à mettre les essuie-glaces à plein régime et le chauffage à fond la caisse pour que la buée se dissipe peu à peu sur les vitres. C'est une grande liberté que de ne pas savoir exactement où l'on va en s'abandonnant à la sécurité de la route circulaire où tout s'enchaîne, pour revenir ensuite simplement à la case départ, presque sans s'en être aperçu."
Plus loin, comme si tout pouvait être comptabilisé (les chiffres ont beaucoup d'importance dans L'Embellie) :
"En résumant mes aventures depuis le début du voyage, je pourrais dire que j'ai provoqué la mort de quatre bêtes — cinq en comptant l'oie de la ville —, que j'ai tout de même franchi sans encombres quarante ponts à voie unique, huit éboulis difficiles et que j'ai eu des relations intimes avec trois hommes sur le premier segment d'une route d'un peu plus de trois cents kilomètres, non asphalté pour l'essentiel, tracé littéralement entre la montagne et la côte."
Les chiffres, mais aussi le hasard, tiennent une grande place dans cette histoire où les rencontres et les personnages épiques ne manquent pas, comme Tumi, ce petit garçon de quatre ans — un peu spécial et très attachant aussi — qui accompagne la narratrice. Les éventualités jalonnent le texte, donc, comme ces mystérieux passages en italique qui évoquent des flash-back, peut-être des souvenirs.
Enfin, autre surprise et cerise sur le roman, comme un bonus dans un DVD, en fin de livre, l'auteur reprend tous les plats et boissons, ainsi qu'un ouvrage de tricot, cités dans le roman et en indique le mode d'emploi précis avec beaucoup d'humour : "Quarante-sept recettes de cuisine et une recette de tricot" dont de nombreuses spécialités islandaises, boissons, desserts, plats de mouton et de poisson (églefin, saumon, morue, baleine...). Pratique et farci de clins d'œil, comme les différentes façons de préparer un café imbuvable ou, au contraire, un délicieux hamburger maison, bien meilleur que ceux qu'on achète dans les fast-food. Et de ce point de vue, l'Islande n'a rien d'exotique : on en trouve à tous les coins de rues (ou virages de route circulaire) comme partout ailleurs.

Éditions Zulma, 2012, 400 pages.

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