jeudi 5 janvier 2017

La médiocrité est un garde-fou

Tiens, une toile de Jouy lacérée en couverture...
L'éditeur affirme à propos de Christophe Levaux et La Disparition de la chasse : "Ce premier roman signe son entrée en littérature." Évidemment, c'est son éditeur, se dirait-on du premier fabricant de livres venu. Sauf qu'il s'agit de Quidam — Quidam qui n'est pas un quidam en littérature, mais un découvreurs de trésors vivants. Ça change tout et la révélation est à la hauteur. Vertigineuse, et plutôt décalée avec cette couverture apparemment nostalgique.
Ce premier roman, La Disparition de la chasse serait plutôt l'apparition d'une classe : un regard, un ton, un style, un auteur. Paf ! Ça vous cloue sur place, direct sur le tableau de chasse (de lecteur).
La rencontre avec le chef de service, appelle-moi Marc, Thierry, d'accord Marc, puis avec Monsieur le Président-Directeur général, appelle-moi pas Jean-Pierre, petite merde opportuniste, j'ai l'œil moi, je vais te faire marcher au pas et je te dis ça juste avec la force de mon regard et la pression de ma main. L'équipe avec ses pantalons et chemises qui bouffent, cravate au placard les mecs, ambiance décontract.
Le regard sur le monde de l'entreprise est terriblement acéré, cynique, lucide et drôle, sans concession et sans complaisance pour la médiocrité, l'hypocrisie, les faux-semblants, la laideur en tout genre... Tout le monde en prend pour son grade : les relations avec les collègues, les relations conjugales, extra-conjugales ou familiales, et jusqu'à Jésus à deux doigts de tout larguer (puis non).
Quelle acuité, nihiliste mais tellement juste, pour déchirer le papier-peint (façon toile de Jouy), gratter derrière le cache-misère et pointer le scalpel pile là où ça fait mal, dans la frustration et les rêves lointains !
Un auteur qui déchire, donc, et signe une remarquable entrée en littérature.

Quidam éditeur, collection Made in Europe, 2017, 158 pages.

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