samedi 14 mars 2020

Le vrai et le faux consentement

Le Consentement de Vanessa Springora a beaucoup fait parler de lui, avant même sa publication : c'est un pavé dans la mare de l'édition, des arts et du milieu intellectuel.
Il y aura, espèrons-le, un avant et un après sa publication.
L'autrice raconte la mécanique qui se met en place, les paramètres qui font que cela est possible, a été possible et même soutenu à une époque. Elle explique comment un ou une enfant ou une jeune personne peut être manipulé, fasciné, enfermé dans un processus ambigu qui efface son statut de victime.
Dans notre environnement bohème d'artistes et d'intellos, les écarts avec la morale sont accueillis avec tolérance, voire une certaine admiration. Et G. est un écrivain célèbre, ce qui est en fin de compte plutôt flatteur.
Dans un tout autre milieu, où les artistes n'exerceraient pas la même fascination, les choses se seraient sans doute passées autrement. Le monsieur aurait été menacé d'être envoyé en prison. La fille serait allée voir un psychologue (...) et l'affaire aurait été réglée. Point final.
— Tes grands-parents ne doivent jamais savoir, ma chérie. Ils ne pourraient pas comprendre, me glisse un jour ma mère, au détour d'une conversation.
Ce qui est spécifique à l'histoire de Vanessa Springora, c'est que l'écrivain mis en cause s'est non seulement évertué à la poursuivre et la harceler pendant des années, mais aussi à réécrire l'histoire à sa façon dans différents livres en inversant les rôles. Avec une stratégie subtile et redoutable, ce parfait manipulateur se faisait passer pour la victime. De plus, seule sa version était publiquement connue, d'où le besoin de l'autrice de rétorquer par un livre pour remettre les pendules à l'heure, c'est-à-dire les esprits retors en place.
Ce qui a changé aujourd'hui, et dont se plaignent, en fustigeant le puritanisme ambiant, des types comme lui et ses défenseurs, c'est qu'après la libération des mœurs, la parole des victimes, elle aussi, soit en train de se libérer.
Ce qui est révoltant, c'est que, à part quelques rares voix comme celle de Denise Bombardier dans une émission de Bernard Pivot, personne ne se soit insurgé ou même étonné avant. Et subitement, au moment de la parution de ce livre, les maisons d'édition qui avaient édité des livres du prédateur en question se réveillent d'un long sommeil et les retirent de la vente.
De quel côté était/est le consentement ? Lorsqu'on parle d'"adultes consentants", il est clair que le sujet "adulte" est indispensable pour préciser les conditions du vrai consentement.

Éditions Grasset, 2020, 208 pages.

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