lundi 2 mars 2020

À la vôtre !

Dans Ustrinkata, même décor que dans Derrière la gare : le village suisse des Grisons, mais cette fois-ci avec un focus sur le bar L'Helvezia. Nous retrouvons aussi les mêmes personnages mais nous ne voyons plus les scènes à hauteur d'enfant. Le style n'en est pas moins vivant et poétique, réel, comme saisi sur le vif, saisissant.
Cette fois, Arno Camenisch semble avoir planté sa caméra-plume dans cette agora et capte l'ambiance, les façons de parler, de tenir sa cigarette, de la laisser dans le cendrier, de servir à boire, de boire cul sec...
Les conversations vont bon train. Ça fume et ça trinque — d'ailleurs, il paraît que "ustrinkata" vient de l'expression "boire cul sec". Et petit à petit, on comprend ce qui se trame derrière, la fin d'une époque dans le roman et la fin d'une époque en général, celle de l'enfance et notamment celle où l'on fumait dans les bars... Et surtout, pas question de boire de l'eau.
Comment ça de l'eau, dit la Tante à la grande table des habitués dans l'Helvezia, elle fixe l'Alexi, mais t'es marteau. Elle secoue la tête et glisse une Mary Long entre ses lèvres, ça j'irai pas te chercher de l'eau, vas-y toi-même si vraiment t'y tiens, tu sais où sont les verres hein, elle prend une allumette dans la boîte sur la table et elle allume sa Mary Long. L'Alexi veut se lever, le Luis lui saisit le bras, toi tu restes assis, ici personne boit de l'eau, on est pas tombé si bas, t'en veux une sur la tronche ou bien, peut-être alors que ça veut te remettre les idées en place.
Un roman qui se boit et se lit d'une traite.
Sur ce, à la vôtre !

Quidam éditeur, traduit de l'allemand (Suisse) par Camille Luscher, 2020, 106 pages.

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