vendredi 20 mars 2020

Le Diable et le Bon Dieu

Le Prince de ce monde d'Emmanuelle Pol est un roman philosophique d'anticipation dans une période de chaos où la violence éclate au coin de la rue, comme on l'a vu pendant les attentats ou les manifestations de ces dernières années dans les capitales du monde (donc dans un futur très proche), et où les courants d'extrême droite triomphent.
Il frôle le fantastique, noir, à moins que ce soit pure hallucination de la narratrice dans sa folie sado-masochiste, sous l'emprise d'un pervers narcissique qui souffle le chaud et le froid avec un cynisme glacial.
Il est question du Bien et du Mal. Est-ce que Dieu existe ? Et le Diable ? N'est-il pas plus visible partout dans les tensions, les violences, l'injustice et les situations anxiogènes du monde ? N'est-ce pas plus facile de faire le mal que le bien ? La narratrice est persuadée d'avoir rencontré le Diable en personne.
Quand j'y repense, pourtant, quelques traits me destinaient peut-être à cette rencontre. Tout d'abord, mon excellente connaissance, grâce à mes études d'ethnologie, des différentes traditions religieuses — même si je me considérais pour ma part comme athée. Puis, ma sensibilisé particulière à la méchanceté. Je suis toujours étonnée de la profonde malveillance de certaines personnes, et des excuses qu'on lui trouve. Si l'on accueille la bonté sans se poser de questions, l'apparition du mal est généralement une surprise. Alors qu'il jouit sur terre d'une supériorité numérique évidente, le méchant interroge. Son existence réclame explications, causes, justifications. Il suffirait pourtant d'inverser le point de vue (que le mal soit la norme et le bien, l'exception) pour que tout prenne une autre tournure.
Ce livre est au début dérangeant par cette répulsion que nous inspire le mal et l'ambiguïté de la narratrice, à la fois lucide et obsessionnelle. Il est prenant et soulève des questions. Il est surtout impressionnant par sa forme nette et précise. Une belle écriture.
Son écho résonne longtemps après sa lecture, surtout en cette période étrange.

Éditions Finitude, 2020, 192 pages.

Finitude n'en finit pas de proposer des pépites :
- La soustraction des possibles de Joseph Incardona ;
- Ceux que je suis d'Olivier Dorchamps ;
- L'appel de Fanny Wallendorf ;
- Chaleur de Joseph Incardona ;
- En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut ;
- C'est tous les jours comme ça de Pierre Autin-Grenier.

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