lundi 6 décembre 2021

Marcher et boire, inutile de choisir

Pour les amateurs de vin et de randonnées, c'est le guide idéal pour découvrir des domaines, rencontrer des vignerons, déguster leurs vins et arpenter de beaux paysages. Ou commencer par la randonnée pour finir au vignoble.
Un des derniers-nés des guides des éditions du Chemin des Crêtes se concentre sur le Sud-Est de la France : Rando-vin Provence et Corse de Romy Ducoulombier.
L'autrice est journaliste, spécialisée dans le vin et le tourisme.
Elle a sélectionné 40 domaines, de la Drôme provençale à la Côte d'Azur.
Romy Ducoulombier présente chaque fois le domaine, le vignoble, ses vins. Puis elle décrit la randonnée avec quelques informations pratiques, le tracé et le QR code pour se connecter directement sur le site Visorando.
Enfin, elle indique ce qu'il y a à voir ou à faire dans les alentours.
En attendant les beaux jours, avec les belles photos des domaines et des paysages, voilà qui donne envie !

Éditions du Chemin des crêtes, 2021, 224 pages.

jeudi 18 novembre 2021

Et l'amour dans tout ça ?

Après Sorcières. La puissance invaincue des femmes, Mona Chollet poursuit et décline sa réflexion sur le patriarcat sous l'angle de l'amour dans Réinventer l'amour. Comment le patriarcat sabote les relations hétérosexuelles.
Comme d'habitude, la journaliste part de son expérience personnelle et de sa prise de conscience. Elle décortique et clarifie ces points qui, comme souvent, nous semblaient gênants sans qu'on comprenne pourquoi.
Parfois, quand on est féministe et en couple, des contradictions peuvent rendre les relations difficiles.
Mona Chollet met en lumière l'infériorité des femmes dans l'idéal romantique en prenant comme exemple des œuvres comme Belle du Seigneur d'Albert Cohen ; comment les hommes, "les vrais", sont encouragés à se montrer violents ; comment l'amour serait une affaire de femmes ; et enfin, comment les femmes seraient des sujets érotiques.

Non, les femmes n'ont pas tort d'aimer comme elles aiment, avec audace et courage. Il n'en reste pas moins que l’asymétrie contemporaine des attitudes féminines et masculines à l'égard de l'amour pose de nombreux problèmes.

Pour faciliter les relations, nous en revenons souvent à l'injonction "Sois belle et tais-toi". Et sinon, c'est l'impasse : il faudrait choisir entre bonheur amoureux et épanouissement personnel.

Quelle fonction remplit le conditionnement des femmes à l'amour ? Même si je ne pense pas, encore une fois, que l'hétérosexualité se résume à une ruse du patriarcat, il me paraît indéniable que, en abreuvant les filles et les femmes de romances, en leur vantant les charmes et l'importance de la présence d'un homme dans leur vie, on les encourage à accepter leur rôle traditionnel de pourvoyeuses de soins. On les place aussi en position de faiblesse dans leur vie sentimentale : si l'existence et la viabilité de la relation leur importent davantage qu'à leur compagnon, en cas de désaccord sur n'importe quel sujet, ce sont elles qui seront amenées à céder, à faire des compromis ou à se sacrifier. On éduque les femmes pour qu'elles deviennent des machines à donner, et les hommes pour qu'ils deviennent des machines à recevoir.

Comment réinventer l'amour dans ce contexte de remises en question ? Peut-être par une prise de conscience de ceux qui ont aussi envie de réfléchir aux conditionnements de part et d'autre, de les déconstruire, et de se mettre à la place de l'autre. Tout le monde y gagnerait en compréhension et harmonie.
Brillant essai. Lecture indispensable.

Éditions La Découverte, collection Zones, 2021, 276 pages.

lundi 15 novembre 2021

Le chant d'Élisée

Élise sur les chemins de Bérengère Cournut est d'abord un très bel objet avec sa couverture, fascinante et lumineuse, superbement illustrée par le tableau nommé Deux haies de Corinne Pauvert.
Les grands rabats sont comme une parenthèse qui nous plonge dans l'atmosphère féerique de ce roman, entre nature et fantastique, rêve et réalité.
C'est un roman surprenant d'abord, entièrement écrit en vers libres, légers et tourmentés, d'une langue pleine de grâce et de liberté. Et peu à peu l'univers nous happe.
Élise, la narratrice, part sur les traces de son frère, Élisée Reclus (1830-1905), l'écrivain géographe, libertaire et voyageur, défenseur de l'union libre, précurseur de l'écologie (entre autres). 

Je suis une fille, je m'appelle Élise
Je suis née il y a onze ans
Au flanc d'une colline boisée
Les pieds dans un ruisseau
La tête dans les bouleaux
Enfant des arbres, fille de l'eau

C'est donc à un voyage que nous convie l'autrice : un voyage onirique, initiatique, sauvage et féminin.
Un vent de liberté intemporelle !

Le Tripode, 2021, 176 pages.

samedi 13 novembre 2021

Vive les gentilshommes (dans ce monde de brutes) !

Propos d'un aspirant Gentleman
de Frédéric Rebet est un dictionnaire des bons mots, propos choisis, anecdotes, aphorismes, citations, conseils, histoires drôles, extraits ou listes de lectures et de films... bref, un joyeux bric-à-brac de savoir-vivre pleins de surprises, d'élégance et de drôleries.
L'auteur est un dandy bien de son temps qui œuvre dans le milieu musical et a notamment créé le label Naïves.
Malgré son intérêt pour un art de vivre parfois désuet qui était en vogue au XIXe siècle, son objectif est une ouverture d'esprit et l'intérêt porté aux autres, ce qui est tout à fait louable.
Si la culture britannique domine chez lui, il est également imprégné des française et japonaise.
"C'est aussi une ode à la singularité assumée, sans ostentation, avec l'apaisement qu'apporte le recul de l'humour", ajoute-t-il en fin d'ouvrage.

Il y a des jours "avec" et des jours "sans", et les jours "sans" il faut faire "avec".

C'est le livre sympa à offrir aux gentlemen, qui se reconnaitront, et aux autres qui en prendront de la graine, en s'amusant.

Éditions de l'Opportun, 2021, 336 pages.

dimanche 7 novembre 2021

Un roman picaresque kaléidoscopique

Le Bon, la Brute et le Renard de Christian Garcin est un roman picaresque avec un extraordinaire entrelacement d'histoires, d'enquêtes, de quêtes... et bien sûr un clin d’œil au western et au road movie.
Nous n'avons pas affaire à des cow-boys mais à un trio de Chinois qui recherche la fille de l'un d'entre eux dans le désert californien entre deux nuits dans des motels. Le trio croise, sans vraiment le rencontrer, un duo de policiers américains qui, eux, recherchent un jeune homme. Ailleurs, à Paris, un autre Chinois, "auteur réticent et enquêteur perplexe", cherche la fille de son patron.
Mais ces personnes qui ne donnent plus de nouvelles souhaitent-elles vraiment être retrouvées par ceux qu'elles ont fui ?
La recherche de personnes disparues est un thème récurrent chez Christian Garcin comme dans Des Femmes disparaissent ; ou celui des rebuts de la société comme dans Les oiseaux morts de l'Amérique. Il est aussi question de chocs des cultures : les Chinois en Amérique, un Chinois à Paris, mais aussi entre Paris et Marseille...
Pour ceux qui lisent Christian Garcin, c'est avec délectation que l'on retrouve des personnages, des lieux et des thèmes déjà croisés ou visités dans d'autres de ses livres puisqu'il tisse une œuvre foisonnante toute en souterrains et archipels (lire l'entretien).
Christian Garcin s'amuse — et nous aussi ! — dans une mise en abîme à facettes qui crée un effet de caléidoscope avec un livre dans le livre : où un de ses personnages est devenu un personnage de roman. Inversement, un personnage (qui n'a rien à voir avec l'auteur) porte le nom de Christian Garcin
Enfin, on se régale de dialogues drôles et subtils, et de références et digressions passionnantes sur toutes sortes de sujets : la poésie chinoise, la pollution, les laissés pour compte, la cause animale, etc.
Humour, réflexion et poésie sont toujours au rendez-vous.

Actes Sud, 2020, 336 pages.

D'autres chroniques sur les ouvrages de l'auteur :

- Entretien avec Christian Garcin
- Petits oiseaux, grands arbres creux

-
Selon Vincent
- Les oiseaux morts de l'Amérique
- Dans les pas d'Alexandra David-Néel

- Les vies multiples de Jeremiah Reynolds
- Jeremiah & Jeremiah
- Vétilles
- J'ai grandi
- Labyrinthes et Cie, La jubilation des hasards et Carnet japonais
- La neige gelée ne permettait que de tout petits pas
- Sortilège 
- Des femmes disparaissent
- Les nuits de Vladivostok
- Romans pour la jeunesse

 

dimanche 31 octobre 2021

Silver économie et cœurs en or

Après Marie Charrel qui met en lumière les femmes de plus de 50 ans, dans Qui a peur des vieilles ?, Ixchel Delaporte nous parle d'une catégorie de personnes encore plus invisibles : celles qui sont encore plus âgées, dans Dame de compagnie, en immersion au pays de la vieillesse.
L'autrice enquête sur ce monde doublement invisible : les personnes du quatrième âge et celles qui s'en occupent. L'utilisation du féminin est requise puisque ces auxiliaires de vie, comme on les appelle, sont essentiellement des femmes, souvent étrangères, des travailleuses sans diplôme et aux conditions de vie et de labeur difficiles.
Ixchel Delaporte a fait son enquête en immersion, à la manière de Florence Aubenas pour Le Quai de Ouistreham, c'est-à-dire en se faisant embaucher pour faire ce travail et en expérimenter les réelles conditions.
Un des paradoxes de ce monde invisible, c'est qu'il devient de plus en plus important : le chiffre de 2,5 millions, en 2015, de personnes âgées en perte d'autonomie devrait doubler d'ici 2050. C'est une situation taboue et paradoxale que notre société ne veut pas voir et qui touche tous les milieux : c'est notre sort à tous demain, si nous ne mourrons pas avant. Que faisons-nous pour nos aïeux et pour tous ceux qui les accompagnent ? Il est évident que ce lien social, auprès de personnes qui sont souvent en souffrance physique et psychique, est indispensable au quotidien.
Et finalement : que faisons-nous pour notre avenir ? 

Silver économie : où est l'argent ?

Le secteur, appelé silver économie (rapport aux cheveux argentés), recrute à tour de bras, mais le turn over y est aussi très important puisque ce travail, souvent ingrat de "bonne à tout faire", est peu valorisé, ce qui veut surtout dire mal payé. Le taux de burn-out y est également impressionnant car comment dire non quand on aide ou quand on a besoin de travailler pour vivre ? C'est ce qu'a vécu l'autrice, engagée à fond dans sa mission, mais arrivée au bout du rouleau.
Ixchel Delaporte soulève bien des questions en nous emmenant dans ce monde secret et intime de personnes de tous horizons et dans des situations très différentes : riches ou pauvres, à domicile ou en Ehpad, atteintes de maladies dégénératives ou isolées, veuves en proie à un deuil insurmontable, ou vieillissantes qui deviennent lentes et de moins autonomes. Elles sont souvent psychologiquement affaiblies parce que tout simplement, vieillir, se sentir diminué physiquement, c'est définitivement triste. Et c'est d'autant plus angoissant que nous nous dirigeons inexorablement dans cette voie.
L'autrice interroge aussi nos relations à nos propres parents.
C'est avec beaucoup de cœur et d'empathie qu'Ixchel Delaporte décrit ces rencontres et ce dur travail quotidien,  qui demande patience et abnégation, mais qui est également riche de confidences et de moments lumineux.
Un travail impressionnant, riche, poignant, très touchant qui devrait faire réfléchir à l'évolution de nos sociétés, à la prise en charge des personnes en perte d'autonomie et à la valorisation de celles qui les accompagnent.

La Brune au Rouergue, 2021, 224 pages.

samedi 30 octobre 2021

Ode à l'amour et aux librairies

Une nouvelle collection est née aux éditions Privat : Petit éloge amoureux de...
Voilà confiée la tâche de faire l'éloge de la librairie à Patrick Besson, écrivain, critique littéraire, membre du jury du Prix Renaudot, donc lecteur et musardeur en librairies, à Paris et ailleurs dans le monde.

"Entre les livres et moi c'est une telle passion, une telle folie, une telle tendresse."

Le livre se présente en trois parties. La première égrène les souvenirs de l'auteur en littérature : ses lectures, sa carrière, les librairies qu'il a fréquenté. Mais aussi les femmes qu'il a fréquentées. Car il s'agit d'un éloge amoureux avant tout.
Un peu désabusé, Patrick Besson n'est pas toujours tendre et élogieux avec certains libraires ou connaissances.
La deuxième partie est une nouvelle, Édith Blancpain, libraire, encore une ode à l'amour (perdu) pour une libraire. Un rien autobiographique.
Enfin, la troisième partie, En guise de post-scriptum, est une liste non exhaustive des librairies en France, classées par régions, et en Belgique.

"Le royaume des lignes droites. Les librairies : oasis dans le désert de mon adolescence. Poursuivi par la réalité assommante, je m'y réfugie autant que possible."

Éditions Privat, 2021, 184 pages.

Lire aussi ma chronique sur une autre ode aux libraires : Jolie libraire dans la lumière.