lundi 10 mars 2025

Célébrons la beauté du vivant !

C'est bientôt le printemps et la plus belle saison (selon ma subjectivité) pour célébrer la beauté du vivant.
Le botaniste Francis Hallé dans ce très beau livre, La beauté du vivant, nous convie — à travers ses nombreux et propres dessins — à un voyage en quête de beauté dans le monde végétal, mycologique, animal, humain...
Sa définition (en construction) de la beauté n'est pas celles des dictionnaires, trop restrictives et se contentant de décrire l'effet sur l'être humain. La connaissance peut aussi aider à rapprocher l'homme de la nature, bien que certains scientifiques méprisent la notion de beauté.

"La Beauté du vivant doit être la jeunesse et l'audace, le bonheur et l'émerveillement qui nous font voir la nature pour ce qu'elle est, le vrai Paradis sur terre, l'antidote parfait au capitalisme débridé, et à ses productions qui nous envahissent, béton, parkings, publicité omniprésente, bruits de moteur et gaz d'échappement", écrit l'auteur en introduction.

La beauté est parfois invisible, comme l'étrange "sentiment océanique" (au sens d'infini) qui est une expérience psychique qui nous submerge un instant et donne l'impression de disparaître, ou de faire vraiment partie de la nature (ce qui devrait être notre nature).
Ce sentiment de plénitude absolue peut aussi arriver en ville, ou devant un livre comme celui-ci, mais il est plus courant de le ressentir en pleine forêt.

Actes Sud, 2024, 160 pages (22 x 32 cm), préface d'Ernst Zürcher.

dimanche 9 mars 2025

Objets intersidéral et littéraire

Le cinquième diamant d'Éric Faye est l'histoire d'un couple d'astrophysiciens et chasseurs d’astéroïdes américains qui découvre et observe un objet intersidéral inconnu.
Pendant ce temps, des phénomènes étranges se passent en Russie où des missiles sont mystérieusement mis en veille. Pour eux, c'est forcément l'œuvre des Américains. Ce n'est pas le cas, mais la CIA est sur le coup.
Y a-t-il une autre vie dans une autre galaxie ? Les scientifiques ne sont pas tous d'accord sur la découverte. Un débat télévisé — comme toujours en fonction de l'orientation et de l'habileté des invités — n'aide pas à informer clairement. Les complotistes et les religieux s'en mêlent.
Intimidations, empoisonnements, vols de documents, secrets d'État, désinformation, énigmes scientifiques, concurrence entre chercheurs, mais aussi tourments personnels et parentaux... sont autant de rebondissements et d'ingrédients foisonnants pour une intrigue passionnante.
Si le roman prend un air de roman d'espionnage, il est bien plus que cela.
Ce n'est certainement pas un hasard si le couple vit à Concord où Henry David Thoreau avait construit sa cabane.
En tant qu'ancien journaliste, Éric Faye s'appuie sur des faits et situations réels. Son roman frôle la réalité ; raison de plus pour qu'il donne des frissons...

Le Seuil, 2025, 352 pages.  

À lire aussi d'autres chroniques sur les livres de l'auteur dans ce blog :
- Fenêtres sur le Japon
- Dans les pas d'Alexandra David-Néel
-
Nagasaki
-
Malgré Fukushima - Journal japonais

samedi 8 mars 2025

Niki, artiste grandiose

Pourquoi l'artiste Niki de Saint Phalle fascine autant ? Est-ce dû à sa beauté, son histoire, son avant-gardisme, son féminisme, son talent, son succès international ?
Films, œuvres littéraires et bien sûr expositions ne cessent de lui rendre hommage, de s'inspirer de sa vie et de son œuvre, de la façon dont elle a réussi à transformer sa colère et ses blessures en art. 
Ses œuvres sont un exutoire violent comme les Tirs, puis deviennent plus gaies et colorées avec ses immenses Nanas.
Dès l'enfance, elle est décalée, incomprise partout, et ne supporte pas l'éducation rigide de sa mère. Elle-même aura du mal à être mère.
Charlotte Barberon peint un portrait kaléidoscopique et captivant de Niki de Saint Phalle dans son roman biographique En plein ventre. Elle inclut des textes autobiographiques de l’artiste.
Les chapitres chronologiques sur son parcours depuis l'enfance alternent avec des chapitres intitulés Hon, comme cette œuvre monumentale exposée en 1966 au musée d'art moderne de Stockholm qu'elle parcourt encore juste avant l'ouverture au public de l'exposition.
On y croit.

Ateliers Henri Dougier, 2025, 280 pages.

Sur Niki de Saint Phalle, lire aussi :
- Mon secret
- Comment Niki de Saint Phalle est devenue artiste.

jeudi 6 février 2025

Les filles prennent leurs pages

Le numéro 2 de FanMzine (lire l'entretien avec l'éditrice et directrice artistique Julie Legrand), la revue de création littéraire et visuelle, est sorti à La Réunion (depuis quelque temps déjà...).
Si FanMzine est un fanzine qui ouvre ses pages exclusivement aux femmes, il n'est pas réservé aux lectrices. Les lecteurs sont les bienvenus aussi, bien sûr !
L'œuvre de la couverture est signée par la talentueuse Flo Vandermeersch dont les bandes dessinées parues dans Le Cri du Margouillat sont toujours hilarantes et pertinentes (pour visiter son site, c'est par là).
Plus d'une trentaine d'autrices et artistes ont participé à ce numéro 2 sur le thème de la Terre, donc de l'écologie : nouvelles, poèmes, illustrations ou photos d'objets d'art.
Ce sont autant d'angles différents donc de surprises. L'un de mes textes préférés est Enfants de Gaïa de Catherine Coulombel.
Et bravo à toutes !

APDV, 2024, 100 pages.
Pour se procurer ce numéro envoyer un message à Julie Legrand ou aller sur la page Paypal via Facebook)

mardi 4 février 2025

Ce fascinant Higginson, presque oublié

Christian Garcin "rencontre" pour la première fois Thomas Wentworth Higginson dans un petit livre qui rassemble un choix de lettres d'Emily Dickinson. Thomas et Emily ont correspondu pendant vingt-quatre ans. C'est notamment grâce à lui que ses poèmes à elle ont été publiés.
Par ailleurs, l'homme a traversé l'histoire des États-Unis du XIXe siècle en s'impliquant corps et âme dans de nombreuses causes dont l'abolition de l'esclavage et le droit des femmes. En son temps, il fut reconnu comme un homme de lettres, et c'est pour cela qu'Emily s'est adressée à lui.
De pasteur à colonel, son parcours est pour le moins hors du commun et force l'admiration, mais ses contemporains ou traducteurs ne sont pas toujours tendres avec lui.
C'est entre autres ce qui a poussé Christian Garcin à s'intéresser à lui et à lui rendre justice dans ce récit biographique : La vie singulière de Thomas W. Higginson

À un siècle et demi de distance, et après l'avoir côtoyé pendant plusieurs mois avant et pendant l'écriture de ce livre, je ne peux m'empêcher de le trouver assez fascinant, Higginson — fascinant, et en même temps un peu agaçant. En fait, ce type est pour moi une énigme — c'est aussi une des raisons pour lesquelles j'ai entrepris la rédaction de ce livre.

Ce n'est pas la première fois que Christian Garcin s'intéresse aux illustres ou anonymes oubliés, comme dans Les vies multiples de Jeremiah Reynolds ou les quarante portraits poétiques (dont celui d'Emily Dickinson) de Vidas et Vies volées, pour leur redonner vie.
Et la littérature, c'est rendre vivant.

Actes Sud, 2020, 336 pages.

Un entretien et d'autres chroniques sur les ouvrages de l'auteur :

- Un entretien avec Christian Garcin
-
Une Odyssée pour Denver - Un inédit de Norwich Restinghale
- Du bruit dans les arbres
Le Bon, la Brute et le Renard
- Petits oiseaux, grands arbres creux
-
Selon Vincent
- Les oiseaux morts de l'Amérique
- Dans les pas d'Alexandra David-Néel

- Les vies multiples de Jeremiah Reynolds
- Jeremiah & Jeremiah
- Vétilles
- J'ai grandi
- Labyrinthes et Cie, La jubilation des hasards et Carnet japonais
- La neige gelée ne permettait que de tout petits pas
- Sortilège 
- Des femmes disparaissent
- Les nuits de Vladivostok
- Romans pour la jeunesse

dimanche 19 janvier 2025

Le fabuleux destin de Mimo

Veiller sur elle de Jean-Baptiste Andrea est l'histoire d'un homme qui se meurt dans un monastère.
Qui est-il ? Que fait-il dans ce lieu où l'on nous dit, dès le début du roman, qu'il n'a pas prononcé de vœux comme les moines qui le veillent. Il est question aussi d'une statue aux pouvoirs extraordinaires...
Le mourant se remémore son destin exceptionnel, en commençant par son enfance pauvre et son apprentissage avec un sculpteur (moins talentueux que lui, donc jaloux).
Mais surtout, sa vie entière est traversée et bouleversée par un amour impossible, malgré de nombreuses et influentes rencontres secrètes, avec la riche Viola Orsini.
Sa malchance à elle est d'être née fille. Elle a beau être la plus intelligente de sa fratrie, elle sera cantonnée à un rôle de femme, malgré ses nombreuses tentatives pour vivre sa vie.
L'histoire se passe pendant la montée du fascisme en Italie.
Formidablement bien écrit, ce roman n'a pas volé son prix Goncourt 2013.

L'Iconoclaste, 2023, 580 pages.

Lire aussi ma chronique sur Ma Reine du même auteur.

jeudi 2 janvier 2025

Sur le divan

Bienvenue en thérapie, de la psychanalyste Hélène Vecchiali, se lit presque comme un roman, car c'est un essai accessible et passionnant qui s'appuie sur des exemples, vrais et de fictions.
Les 17 histoires de psychanalyse se sont déroulées dans son cabinet et se finissent bien, ce qui est assez réjouissant. Mais l'autrice précise bien, dans son introduction, que la "guérison" n'est pas toujours aussi évidente en thérapie. Parfois, le patient n'arrive pas à plonger dans son inconscient et à saisir les opportunités pour "dénouer" son mal-être.
À la suite de chaque récit, l'autrice replace le cas particulier dans un contexte général et théorique, en expliquant le trouble et son fonctionnement.
Enfin, pour illustrer, elle prend ensuite un exemple de fiction qu'elle analyse. On se rend compte que le cinéma n'est pas toujours très réaliste avec les troubles mentaux et leur résolution.
La psychanalyste souligne le courage des personnes, enfants et adultes, qui viennent jusqu'à elle. Son livre dévoile de ce qu'il se passe dans un cabinet de thérapeute et permet ainsi de clarifier les fantasmes et apaiser les craintes de ceux qui n'ont jamais oser franchir la porte d'un psy (deux Français sur trois).

Larousse, 2024, 320 pages.